Ce lundi 13 août a vu "le plus grand rassemblement d'opposition depuis avril" d'après BFM. C'est l'article 28 de la future Constitution qui fait l'objet de l'hostilité des manifestants et qui stipule : « l'État assure la protection des droits de la femme, de ses acquis, sous le principe de la complémentarité avec l’homme au sein de la famille ». L'article a été voté à l'occasion de la journée de la femme en Tunisie, puisque le 13 août correspond à la date-anniversaire de la promulgation du Code du statut personnel, une série de lois votées en 1956 sous Bourguiba, peu après l'indépendance du pays, et visant à faire progresser l'égalité entre hommes et femmes. Ennahda, le parti islamiste majoritaire, dément toute mise en danger des droits des femmes, qui seraient réaffirmés dans le Préambule.
Le reportage de BFM :
Le reportage de l’Agence France Presse :
C’est bien entendu le terme flou de "complémentarité" qui fait débat, les manifestants craignant qu’il ne laisse la voie libre à des lois défavorables aux femmes comme l’écrit Moncef Dhambri pour le journal Kapitalis. Des associations comme la Ligue tunisienne des droits de l’homme ou l’Association tunisienne des femmes démocratiques ont également condamné l’article en question, comme l’indique Le Parisien. Les manifestations ont eu lieu à Tunis, mais aussi à Sfax, au sud de la capitale.
Le sujet révèle une division importante au sein du peuple tunisien. En mars dernier, Rachid Ghannouchi, le leader d’Ennahda (et par ailleurs membre du Conseil Européen de la Recherche et de la Fatwa dirigé par le célèbre Youssef al-Qaradawi), avait publiquement annoncé que son parti renoncerait à mentionner la charia dans la Constitution, malgré plusieurs manifestations prônant cette mesure. L’article 1 de la Constitution de 1959 ("la Tunisie est un Etat libre indépendant, et souverain, sa religion est l’islam, sa langue l’arabe et son régime la République") serait donc maintenu en l’état. [Source] Cela n’empêche pas de nombreux Tunisiens d’accuser Ennahda de double discours sur la démocratie et les droits de l’homme.
L’opposition au gouvernement dominé par les islamistes se fait de plus en plus vive de façon générale, puisqu’une grève générale a également eu lieu ce 14 août à Sidi Bouzid, au centre du pays, comme le relate Le Parisien. Un écho aux difficultés économiques qui continuent de toucher la Tunisie.
Pour revenir à la Constitution, l’annonce a été faite récemment que son adoption prendrait au moins 6 mois de retard et n’aurait pas lieu avant avril 2013, la faute à une absence de compromis entre les islamistes et les autres composantes de l’assemblée, écrit Le Monde : "les islamistes réclament un système parlementaire pur, tandis que les autres partis militent pour laisser d’importantes prérogatives au chef de l’Etat. Faute de compromis, un projet de Constitution sera soumis au référendum." Oui, car il n’est même pas certain qu’un référendum permette au peuple tunisien de valider la nouvelle Loi fondamentale du pays... Etienne Chouard rappelait dans un article récent, après une visite en Tunisie, que le processus constituant y est en effet bourré d’aberrations :
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