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"Alors que Marine Le Pen n’a pas ses 500 signatures, Claude Guéant a un problème de civilisation". Anne Roumanoff ne pouvait pas manquer de faire le lien entre ces deux informations...
Anne Roumanoff, sur Europe 1, est incontestablement de la trempe de sa consoeur de France Inter Sophia Aram : toutes deux parviennent - c’est un authentique exploit - à ne pas faire rire, ni même sourire en près de 3 minutes de sketch. Pourquoi donc ? Parce qu’elles jouent les éditorialistes sérieuses, oubliant d’être drôles, et nous délivrent un torrent d’eau tiède, dans la bien-pensance la plus insipide. Guéant est un salaud, Marine est une facho... c’est toujours la même musique. Vrai ou faux, ce n’est pas drôle. Jamais à rebrousse-poil, n’appuyant jamais là où ça fait mal... Or, le rire surgit le plus sûrement de la noirceur... que ces deux-là (et bien d’autres d’ailleurs) évitent soigneusement.
Il y a moins d’un mois, Roumanoff nous confiait que ses blagues sur Marine Le Pen ne faisaient plus rire personne dans ses spectacles, et qu’il lui était même arrivé de se faire huer. Elle trouve au moins dans ce brillant journaliste qu’est Bruce Toussaint un bon public, qui rit à tout et surtout à rien... Peut-être l’effet du gaz hilarant dont nous parle Dieudonné à la fin de ce sketch sur les bides, et dont userait selon lui l’humoriste d’Europe 1 ?
Soyons un instant sérieux, puisque Roumanoff l’est. Premièrement, elle n’est aucunement choquée que Marine Le Pen puisse ne pas être candidate à l’élection présidentielle. En cela, elle est sur la ligne dominante au PS et à l’UMP, comme un récent débat sur LCP l’a encore montré. Il faut dire que dans un pays qui a enterré la démocratie le 4 février 2008, jour de coup d’Etat avec la ratification traître du traité de Lisbonne, dont la copie conforme avait été rejetée le 29 mai 2005 par 55% des Français, croire encore dans l’état d’esprit démocratique de nos élites a quelque chose d’assez émouvant...
Tous les coups sont désormais permis pour que les deux mastodontes conservent leur pouvoir. Et les humoristes du système sont là pour leur prêter main forte (parmi les humoristes, je range Denisot et Aphatie, les clowns du Grand Journal... ou encore BHL, le clown en chef que la terre entière nous envie).
N’étant pas partisan de Marine Le Pen, bien qu’elle soit à bien des égards plus respectable que nombre de tartuffes au PS et à l’UMP, il me semble que son absence de la course à l’Elysée pourrait être la meilleure chose qui puisse arriver, pour ouvrir un peu plus les yeux du plus grand nombre sur l’absence de démocratie dans notre pays. Son éviction pourrait au moins avoir, espérons-le, une vertu pédagogique.
Ne partageant aucune option politique avec le royaliste Franck Abed, je pense néanmoins comme lui que le meilleur deuxième tour serait Hollande-Sarkozy, car il serait désespérant... Le FN (à 15-20%) permet en effet à des millions de Français de croire qu’une alternative est possible (alors qu’elle n’est qu’une illusion, car le FN ne gagnera jamais). En sortant le FN du jeu, il sera peut-être plus facile de faire comprendre aux gens que la démocratie n’existe plus et qu’il faut la rétablir (ou l’établir). Bref, si un royaliste peut tactiquement souhaiter voir Marine Le Pen éliminée, un démocrate peut tout aussi bien le souhaiter...
Quant à l’attaque facile contre Guéant, qui évidemment est un rabatteur de voix du FN vers l’UMP, arrêtons-nous y également un instant. Guéant nous dit que "toutes les civilisations ne se valent pas". Passons sur la récupération politique malsaine, et voyons le fond. Pour ce faire, je citerai Claude Lévi-Strauss, le plus grand anthropologue français du XXe siècle : « Il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de penser au dessus de toutes les autres, et d’éprouver peu d’attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s’éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché. Cette incommunicabilité relative n’autorise certes pas à opprimer ou détruire les valeurs qu’on rejette ou leurs représentants, mais, maintenue dans ces limites, elle n’a rien de révoltant. Elle peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources nécessaires à leur renouvellement. » – Claude Lévi-Strauss (Le Regard éloigné, Paris, Plon, 1983)
Voilà, je n’ai rien à rajouter. Oublions Guéant et ses basses manoeuvres politiciennes, et relisons les vrais grands esprits, à la fois forts et toujours nuancés. Ni choc des civilisations, ni relativisme intégral : chacun a le droit de préférer sa culture à celle des autres (et cette préférence affichée peut être la condition de sa survie), tout en respectant, dans leur différence, toutes les civilisations du monde, qui ont leur raison d’être et leur valeur. |
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