Qu’est ce que la « vraie » subversion ?
Bonne question, vaste débat, je n’entends pas en faire une vérité générale, cela part de mon ressentit aussi, mais appuyé sur une analyse que j’entends objective.
Déjà qu’est ce que la « subversion » : l’action de bouleverser, de détruire les institutions, les principes, de renverser l’ordre établi.
Il faut donc savoir quel peut être l’objet de la subversion, c’est l’ordre établi. Qu’est-ce que l’ordre établi, aujourd’hui en France ? Vaste question, mais qu’on peut circonscrire à partir d’exemples pratiques.
Quelle est la politique économique du pays depuis des décennies ? Le libéralisme économique, qui ne se contente pas d’être un choix économique mais qui constitue le sommet de notre pyramide juridique : les Traités européens : Traité de Rome, Maastricht, Nice, Amsterdam, Lisbonne... Le droit économique européen, liberté de circulation des personnes, des marchandises, des capitaux, des services, constitue le corpus dans lequel doit se mouler la politique des gouvernements nationaux. Il n’y a pas de choix politiques qui vont en dehors de ça. L’intervention économique de l’Etat ne peut ainsi pas « fausser » la concurrence privée, des secteurs traditionnellement publics (en France) doivent être libéralisés etc.
Quels sont les représentants politiques qui se partagent le pouvoir depuis des décennies ? L’UMP et le PS dans leurs formes actuelles. On pourrait rentrer dans le détail, mais ces partis bénéficient également de l’essentiel du financement public et ce de façon disproportionnée.
D’où vient la majorité de notre législation depuis des décennies ? De l’Union européenne, Commission et Conseil. Les pouvoirs législatifs nationaux sont dans l’obligation de transcrire le droit européen dans les droits nationaux, avec plus ou moins de liberté, mais de façon toujours encadrée. Je ne sais plus quelle est la proportion de l’activité législative française qui est de la pure transcription de normes européennes, je crois qu’on est dans les 80/90%.
Quelle a été la plus grande atteinte à la démocratie en France dans la période récente ? En ce qui me concerne c’est la ratification du Traité de Lisbonne qui constitue un coup d’Etat puisqu’il passe outre la volonté du peuple clairement exprimée.
Concernant le pouvoir médiatique, la plus grande opération de propagande récente ? Pour moi encore, c’est la propagande médiatique en faveur du oui au Traité constitutionnel européen de 2005 (« Les nouveaux chiens de garde » de Serge Halimi donne une idée de la chose). Bon, bien sûr il y a l’élection présidentielle. La propagande du référendum, prouve l’importance du résultat pour le système. De même, la façon dont on a passé ce traité dans les autres pays européens prouve qu’il y a une volonté de passer outre toute volonté populaire qui irait à l’encontre des plans de l’élite. L’unanimité si criante des médias qui est allé à l’encontre de la population, c’est un ordre établi.
On peut multiplier les exemples. A présent, s’agissant de la subversion, a contrario, qu’est ce qui n’en est pas, qui sous l’apparence de la subversion est en fait de la fausse subversion qui ne s’attaque pas au vrai pouvoir.
S’attaquer au pape, au catholicisme, comme s’est fréquent dans les médias, chez Guillon ou la presse pseudo-subversive de gauche, est-ce subversif ? Le pape a-t-il encore une réelle influence en France ? Ou bien, justement parce qu’il est inoffensif, on peut s’en prendre au catholicisme à volonté sans craindre une riposte et ce pour perpétuer un semblant de subversion qui est aujourd’hui d’arrière garde et un leurre.
En matière de liberté d’expression, domaine dans lequel les comiques devraient avoir une certaine légitimité, a-t-on entendu un Guillon ou un Porte critiquer la loi Gayssot qui institue un délit d’opinion et un nouveau dogme d’Etat, et qui est largement contestée par les juristes.
Les comiques officiels ont-ils une quelconque idée de la liberté d’expression ?
Bref, je crois qu’il y a une façon de s’en prendre au pouvoir sur des questions qui ne sont pas secondaires ou marginales, et qui est une façon de faire de la vraie subversion qui nécessite cependant de savoir de quoi l’on parle, savoir quels sont les vrais pouvoirs, qui prend les décisions.
La libéralisation de la poste, ce n’est pas Sarkozy (qui est un guignol qui fait de la com’ sur tous les sujets mais ne fait absolument pas de vraie politique), c’est l’UE, par exemple. Mais pour ça il faut localiser le problème.
Bref, les gens qui s’intéressent un peu les connaissent, les sujets où il y a matière à subversion, ils n’ont pas disparu, mais on voit bien qu’on essaye de nous faire croire que le libéralisme libertaire post-mai 68 est le seul point de vue à partir duquel on peut critiquer le système, alors qu’il est devenu lui-même un système cf. Philippe Val le pote à Sarko.
Vous nous dites que Guillon et Porte sont virés parce que subversif ? Certainement sont-ils subversif du point de vue de Sarko ou DSK, mais cela ne prouve que le considérable recul en matière de liberté d’expression aujourd’hui atteint en France. Une mini pseudo-critique, la moindre contradiction n’est plus supportée par le pouvoir. S’ils ont été subversifs ça n’est qu’accessoirement pour moi, de manière limitée.
Dernier exemple pour finir, le sketch de Guillon sur DSK au FMI, à mon sens le plus réussi, en tout cas celui que j’ai trouvé le plus drôle, et bien il a porté sur quoi ? La critique de cette institution capitaliste avec à sa tête un pseudo-socialiste ? Non, il fait rire avec les liaisons extraconjugales de DSK. Je ne dis pas que ce n’est pas drôle, mais ce n’est pas très subversif.
De même, jamais on n’attaquera DSK pour les propos qu’il a tenu par rapport à Israël, aussi énorme pour un candidat à la présidentielle (française et non pas israélienne) soient-ils.
Bref, pour la subversion, c’est pas vraiment du côté des comiques que ça se passe. J’espère avoir fait comprendre mon propos.