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Education Nationale : Lara Croft et Roland Barthes pour faire travailler les élèves

L'Education Nationale : monument en péril ? En tout cas, un vaste chantier dont on ne sait plus par quel bout commencer...

 

Mara Goyet (Professeur dans un collège) et Antoine Prost (Historien de l'éducation) font le point sur le modèle éducatif français, qui semble bon à rénover de fond en comble, à commencer par l'école primaire...

 

 

Mara Goyet et Antoine Prost s’accordent d’entrée sur un point : la priorité doit se porter sur l’école primaire. Les difficultés rencontrées par les élèves au collège n’étant que la suite logique d’un mauvais apprentissage en primaire...

 

Mara Goyet, professeur dans un collège, confirme que « ça vient de bien avant... Et nous, nous ne faisons que organiser le chaos, et le bordel... des cautères sur jambe de bois... »


Antoine Prost parle d’une « civilisation du QCM : je sais plein de choses et je ne comprends rien... ». Pour lui, « une seule chose est importante : Le travail des élèves. C’est la seule chose qui forme ! (...) Il faut faire travailler les élèves, les mettre en contact avec la réalité. »


La « Force de la culture » et la « curiosité des élèves » sont les points cruciaux de la motivation à réussir, selon Mara Goyet. D’où sa description humoristique du professeur idéal, mêlant les atouts de Lara Croft à ceux de Roland Barthes...
 

 

Thèmes évoqués au cours de l’émission du 5 juin 2012 sur france culture :


Rythmes scolaires ;
Formation des maîtres (IUFM, stages...) ;
Evaluation des enseignants ;
Inspections ;
Chefs d’établissement ;
Enseignants / individualisme des enseignants ;
Modèles étrangers (Finlande, Danemark) ;

Résultats (« catastrophiques ») / Niveau des élèves (« vraiment préoccupant »)
Notes / Annotations (La nécessité de « faire refaire les devoirs qui n’ont pas la moyenne » selon Antoine Prost)

...


Vers la fin de l’entretien, Mara Goyet semble constater que les enseignants se sentent rarement responsables des mauvais résultats de leurs élèves. « Coupables mais pas responsables... ». Vaste débat en perspective...

 

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Mara Goyet
Professeur dans un collège
Auteur notamment de : Tombeau pour le collège (Flammarion, 2008)



Antoine Prost
Historien de l’éducation
Auteur de : Regards historiques sur l’éducation en France, XIXème-XXème siècles (Belin, 2007)

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En complément :

 

Interview de Mara Goyet (Le Point - août 2008) par Christophe Labbé et Olivia Recasens : Une prof jette l’éponge

 

« Elle a grandi dans les beaux quartiers, fut élève en khâgne au lycée Fénelon pour devenir professeure d’histoire-géographie, et s’est retrouvée dans un collège « sensible » de Seine-Saint-Denis. Une expérience narrée dans un best-seller paru en 2003. Aujourd’hui, Mara Goyet quitte sa ZEP et revient à Paris. Un échec personnel, que la jeune prof raconte dans « Tombeau pour le collège » (1). Désabusée, elle y explique pourquoi le modèle républicain ne peut pas fonctionner en ZEP. Tout en décochant ses flèches sur les enseignants, les parents, les syndicats, et sur elle-même.

Interview

Le Point : Pourquoi jetez-vous l’éponge ?

Mara Goyet : Il n’y a pas eu d’incident déclencheur. Ma demande de mutation s’est imposée d’elle-même. Paradoxalement, cette dernière année s’est plutôt bien déroulée. C’est d’ailleurs ce qui m’a permis de percevoir nos limites d’enseignant, l’ennui et la lassitude éprouvés par les élèves brillants, le niveau des autres. Bref, l’immense gâchis. L’Education nationale ressemble à un chauffage central en panne où chaque professeur essaie de se chauffer en fermant la porte. Il est vrai que les difficultés que nous vivons ne nous portent pas à la solidarité... J’ai aussi commencé à sentir que ma conception un peu surannée de la fonction est devenue un handicap. Dans les collèges très difficiles, c’est la présence qui semble compter et non la prestance. Il faut des professeurs moins accrochés au mythe de l’enseignement républicain. Qui sachent mouiller leur chemise, animer une classe, déroger parfois. Et ça, je n’en suis pas vraiment capable.

« Je peux recevoir une beigne en classe », écrivez-vous, et « désormais, il faut tenir compte de cette éventualité ». Comment expliquez-vous cet effritement du respect ?

Les professeurs sont à peu près respectés en classe : les élèves prennent les cours, font les contrôles, répondent aux questions, disent bonjour. Le professeur en tant qu’individu est mille fois plus respecté que le policier, par exemple. C’est la respectabilité de la profession qui s’est dissoute comme un sucre dans l’eau. La crise de l’autorité a fait sauter des barrières, des distances. Y compris dans la tête des profs. Du coup, le seuil de tolérance monte d’un cran chaque année. De la familiarité on passe vite à l’insolence, voire à des comportements plus graves. Surtout, l’enseignant n’est plus vraiment soutenu par les parents, ni par sa hiérarchie. Cette solitude fragilise, elle rend vulnérable.

Vous dites que désormais la seule chose qui obsède les professeurs, c’est la question de l’autorité, et qu’elle prime tout le reste, y compris les résultats scolaires des élèves, qui sont devenus secondaires...

En salle des profs, les discussions tournent essentiellement autour de la question : en avoir ou pas, y arriver ou pas. Le récit des exploits de l’autorité est aussi l’instrument raffiné du sadisme corporatiste. Nous parlons beaucoup moins des résultats de nos élèves de ZEP, car nous ne savons plus vraiment qu’en penser. Nous relativisons, prenons des pincettes, mettons en perspective afin d’éviter de voir la réalité en face. Et puis, si nous sommes encore capables de « tenir nos classes », la question du niveau nous dépasse, parce qu’elle semble insoluble. La question de l’autorité, ou même de l’école en général, permet de trembler, de fulminer, de s’angoisser, de dénoncer, de rassurer, de rivaliser de postures idéologiques, de « démagogiser » au risque de perdre de vue la complexité de la situation.

Dans votre livre, les parents en prennent pour leur grade. Ceux qui contestent les décisions des enseignants seraient, selon vous, en partie responsables de l’échec de l’école. N’y allez-vous pas un peu fort ?

Non. Trop de parents défendent quoi qu’il arrive leur enfant devant le prof. Parents et professeurs doivent faire front. S’ils doivent s’opposer, c’est en douce, dans le dos des élèves. Pour que cela marche, il faut que chacun, à un moment, accepte plus ou moins d’avaler son chapeau : les parents, quand ils pensent qu’une heure de colle n’est pas justifiée ; le prof, quand il a des doutes sur la façon dont les parents élèvent leurs enfants. J’en ai assez de devoir tout justifier. Je refuse d’être moins bien traitée qu’une bonne d’enfant.

Vous fustigez les syndicats enseignants dont les slogans et les motifs de grève cacheraient des « non-dits ». Qu’entendez-vous par là ?

Les syndicats ne parlent jamais de nos difficultés réelles. Imaginez le Snes lançant un mouvement de grève parce que les élèves ne font pas leurs devoirs ou ne disent pas merci quand on leur donne un polycopié ! Le discours syndical est l’écran de fumée qui dissimule le désarroi du corps enseignant. En même temps, c’est un moyen facile d’exprimer ce mal-être sans fâcher personne.

Face à des collégiens qui ne comprennent pas la moitié des mots prononcés en classe, comment fait-on ?

C’est le plus terrible. On colmate, on rafistole, on continue à faire cours, on déploie des dispositifs . Mais notre impuissance est accablante. En dix ans, j’ai assisté, pour ne prendre qu’un exemple, à une chute de la capacité à s’exprimer par écrit. Que faire quand six élèves de sixième affichent un niveau d’expression écrite proche de celui d’un élève de CE1 ? On oscille entre l’envie de retrousser les manches pour tenter de leur faire sortir la tête hors de l’eau et le déni...

On entend dire que cohabitent une éducation pour les riches qui continue à former des élites et une éducation pour les pauvres qui ne joue plus son rôle d’ascenseur social ?

Sur le papier, les programmes sont les mêmes pour tous. Mais, en ZEP, il ne suffit pas de faire de bons cours. Il faut s’occuper d’enfants qui accusent pour certains un immense retard culturel ou linguistique. C’est pourquoi nous sommes tiraillés entre l’exigence de faire comme ailleurs, c’est le minimum de respect que l’on doit à ces élèves, et la nécessité de faire complètement autrement pour y arriver. Le grand écart est acrobatique.

Vous accusez les responsables politiques de « bêtise » et de « légèreté ».

Les responsables politiques n’ont pas de solution à nous proposer. Alors ils s’occupent, ils font des réformes. La question du service minimum, par exemple, à laquelle ils ont consacré tellement de temps, est dérisoire. Ce n’est pas ça qui va ressusciter le mourant. Cela les dépasse autant que nous. C’est pourquoi je ne suis pas virulente à leur propos : ils sont paumés, parfois légers, et je n’aimerais pas être responsable de tout cela.

Vous écrivez que vous êtes sortie de cette expérience en ZEP « adulte et pleine de doutes ». N’est-ce pas la définition du citoyen ?

Si le collège forme les profs, c’est déjà ça ! En ZEP, j’ai eu la chance de sortir de mon milieu, d’en finir avec la fascination ou la crainte qu’inspire la banlieue. J’ai évité le lyrisme de gauche et le « martial » de droite. L’enseignement en ZEP m’a donné un angle d’attaque pour penser, comprendre la société. C’est une chance. J’ai donc appris à avoir un point de vue et j’ai appris à me méfier des discours idéologiques tout faits. C’est une éducation politique. C’est, en fait, une éducation tout court. »

 

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# Brighelli : "Espèce de connard, viens faire cours une semaine !"

 

# Nico Hirtt : la marchandisation de l’enseignement

 

# Perte d’autorité des profs - Mara Goyet

 

Je tombe sur ce passage très intéressant à mon goût, en lisant Collèges de France, de Mara Goyet :

"Ces frontières ont disparu. L’élève est un enfant comme un autre et le prof un adulte comme un autre. L’armature symbolique, génératrice d’une forme de distance qui est aujourd’hui insupportable à beaucoup mais permettait une considération mutuelle, a volé en éclats. Un élève traite un camarade d’enculé à deux pas de vous ; si vous vous en offusquez, il vous répond de manière désarmante que ce n’est pas vous mais son camarade qu’il a ainsi insulté, et qu’il ne faut donc pas vous en chagriner. La transparence et la proximité qui devaient rendre nos rapports plus authentiques et plus sincères nous mettent tous à poil, et c’est vaguement gênant. (...)
Celui qui n’est pas sévère ni combatif ne dispose plus de l’arsenal symbolique qui limitait les dégâts : on lui dit de fermer sa gueule, on le traite de connard, on lui lance des objets. Tout repose donc en majeure partie sur le charisme et la personnalité des adultes du collège. Ce qui est assez problématique et nous conduit dans d’angoissantes impasses. Comment en effet recréer du symbolique ? (...) De plus, comment restaure-t-on l’autorité, comment redonne-t-on une dimension prestigieuse à une fonction ?"



Effectivement, si le prof est un adulte comme un autre (ou une personne comme eux ?), vu comme ils parlent parfois à leurs parents, il y a du souci à se faire... Si de plus le prof est, pour les parents, un adulte comme un autre, et qui plus est sauvagement envié (merci les médias !), il devient une sorte de cible sur laquelle se défouler.
Finalement, n’avons-nous plus que le recours d’être des profs du Cercle des poètes disparus ?
Mais comment revenir à un terrain plus sain ???

(...)

Lire la suite ici

 

Tags : Politique Société Education Enfance Enseignement Culture




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3 réactions à cet article    


  • 1 vote
    Folken ASFolken 6 juin 2012 20:24

    Je préfère la Lara Croft des jeux vidéos...


    • 2 votes
      Leonard K Leonard K 7 juin 2012 09:14

      Une précision apportée par Charlotte C. : Mara corrige ses copies dans sa baignoire... 
       

      • vote
        lemanu lemanu 7 juin 2012 20:28

        Très intéressante vidéo. 100% d’accord avec Antoine Prost, mais, l’autre, là... la Mara Goyet... consternante d’ego.



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