Mon Dieu, des journalistes qui laissent un invité déployer une idée et des arguments sans l’interrompre, ou qui ne pensent pas qu’un développement de plus de 5 secondes nuira à la compréhension de l’auditeur.
Bourdieu, reviens... ton rêve est possible dans certains médias.
C’est sans doute l’événement
politique le plus étrange que j’aurai vécu. Je suis obligé de dire que
j’ai bien ri, ensuite, alors même que le sujet est très sérieux. Dans le
véhicule du retour, l’un des nôtresfut pris d’un fou-rire
inextinguible en évoquant la mine de panique et de ridicule de Marine Le Pen
s’agitant avec ses papiers et faisant mine de lire son journal. Sur France 2,
Madame Le Pen s’est tiré une balle dans le pied devant six millions de personnes
avant de s’assommer elle-même. Je ne sais pas qui lui a suggéré cette tactique
stupide ni pourquoi elle l’a appliquée alors qu’elle ne m’a pas semblé manquer
de flair politique jusque-là. Je vous renvoie au récit d’Alexis Corbière qui
se trouvait à mes côtés toute la soirée. Autour de moi, le groupe des
spécialistes du Front National dans mon équipe se frottent les mains. Pour eux,
je leur en donne acte, Madame Le Pen n’a jamais été le visage d’une nouvelle
extrême-droite. Et dans le registre traditionnel de l’extrême-droite elle serait
loin d’être la plus performante. Pour eux donc, la soirée marque le tournant de
la carrière de Marine Le Pen à la tête du Front National. C’est son premier
revers lourd, humiliant et public. Tout ne peut qu’aller plus mal pour elle
désormais. Non de notre seul fait mais du fait de ses limitations visibles comme
dirigeante et comme porte-parole de sa propre mouvance. Ce point doit être
éclairé.
La banalisation
du Front National à laquelle elle aspirait est un échec. Je pense que sur
ce point nous avons joué un rôle décisif en brisant l’ambiance de sidération qui
l’entourait du fait de la contamination des idées hostiles aux musulmans dans de
larges sphères de la bonne société. Dorénavant, de tous côtés la machine est en
train de s’inverser. A l’exception notée de « L’Express » où elle garde un
solide appui, tout le reste de la presse est en train de tourner.Face à ce retour de bâton Marine Le Pen est sans stratégie de rechange.
Elle a joué son va-tout. En même temps elle s’estcoupée d’une
partie de ses bases qui n’a jamais accepté le prix à payer pourcet
objectif fumeux de « dédiabolisation ». Son engagement à revenir aux
« fondamentaux du FN » dans une maigre salle comme celle qu’elle a réunie à
Strasbourg sonnait comme un aveu de distance que les commentateurs ont laissé
passer sans le noter. Mais pas nos analystes. Nous en avons tiré les
conséquences.
Mon cap d’entrée
avec elle sur le dossier de l’égalité homme-femme m’a permis d’entrer au
cœur du rideau de fumée qui masque les contradictions d’orientation au FN. Notre
intérêt tactique est donc de la laisser clouée là où elle est : dans cet « entre
deux » asphyxiant pour le FN. Car sa tactique de quête de respectabilité l’a
coupé de ses bases militantes actives et de ses milieux sociaux d’élection sans
la rapprocher d’une capacité de relève sur la droite à la peine avec Sarkozy.
Face à nous, cette position c’est tout bénéfice. En premier lieu son programme
commun avec Sarkozy la situe dans le camp le plus détesté du point de vue de
ceux qui s’opposent au système. Nous avons vu la contre-performance se jouer
sous nos yeux. Même si nous avons été très exaspéré du ton et du contenu des
propos d’Henri Guaino face à elle, force est de reconnaître que celui-ci l’a
bien scotchée dans un espace commun et même équivalent à certains moment. Les
« je vous donne raison », « vos mots me parlent » de Guaino ont certes permis à
Madame Le Pen de reprendre son souffle sur le plateau. Mais cette bienveillance
l’a asphyxiée. Là encore elle n’a rien vu venir du fait de l’aveuglement qu’elle
s’inflige dans sa quête de respectabilité. Si bien qu’elle a fini par féliciter
Guaino et se réjouir du fait que l’échange avec lui était « très agréable ».
Comme candidate « anti-système » on fait mieux. En second lieu, tout ce qui met
à nu les pénombres de Madame Le Pen l’oblige à se révéler à contre-emploi.
Ainsi de la
question du droit à l’avortement « réservé » à celles qui peuvent se le
payer. Fin janvier, Marine Le Pen avance devant la rédaction de Rue 89 sa
proposition de déremboursement de l’IVG. Le directeur de campagne de Madame Le
Pen et n°2 du FN, Louis Alliot, est allé encore plus loin dans l’émission « Mots
croisés » du lundi 30 janvier en osant évoquer ce qu’il appelle les « IVG de
confort ». L’indignation que de tels propos soulèvent quand on les découvre fait
partie du plan de communication. Vous allez voir pourquoi. A nos yeux c’est ici
l’égalité humaine dans la capacité à disposer de son corps qui est mise en
cause. Avec Madame Le Pen seuls les riches pourraient avorter. Que feront les
femmes qui n’ont pas les moyens financiers d’avorter ? Devront-elles recourir
aux « faiseuses d’anges »comme cela été le cas pour des milliers
de femmes dans le passé ? Ici, Marine Le Pen promet aux femmes les moins
argentées un retour en arrière de 30 ans. En effet, après la loi Veil de 1975
légalisant l’IVG, c’est François Mitterrand qui avait permis en 1982 de
concrétiser ce droit en décidant de son remboursement par la Sécurité sociale.
Nous, ça nous indigne ! Mais à l’extrême-droite aussi. Pour la raison
diamétralement inverse ! Car vu avec un œil de sympathisant du Front National,
le tableau est tout autre. Voici ce qu’il découvre : après avoir passé 38 ans à
combattre le droit à l’avortement, le Front National l’accepte. Qu’il s’agisse
de le réserver à celles qui peuvent se le laisser payer ne change rien pour eux.
Ils ont passé les quarante dernières années à combattre non pas le
remboursement ou non, mais le droit à l’IVG lui-même.Aborder le
thème coupe Madame Le Pen sur ses deux rives : celle de la respectabilité et
celle de ses bases.
Même
situationà propos du « salaire parental » qu’elle propose
du bout des lèvres. C’est une idée aussi vieille que l’extrême-droite : les
femmes à la maison avec les enfants ! Mais ce dispositif serait créé selon elle
« dès que les finances publiques » le permettront. Hum ! Marine Le Pen dit
permettre à chaque « parent » de « choisir » d’arrêter son activité
professionnelle pour s’occuper de ses enfants. Pour cela ce parent disposerait
d’une allocation équivalente à 80% du SMIC, pendant trois ans, à partir du
deuxième enfant. 80% du SMIC net cela représente 878€ par mois. A comparer. Car
le seuil de pauvreté pour une personne seule avec deux enfants est de 1 526€, et
de 2000€ pour un couple avec deux enfants. Voilà ce que propose réellement
Marine Le Pen : une allocation inférieure au seuil de pauvreté ! Comme
incitation au retour à la maison il y a mieux !
Ce n’est pas la
seule arnaque de son projet sur le sujet. Voyez plutôt. Aujourd’hui, un
parent seul avec deux enfants et ne travaillant pas, peut prétendre au RSA. Il
reçoit alors 1016€ si l’un des enfants a moins de 3 ans. Soit 330 euros de plus
que le « salaire parental » de Madame Le Pen ! Marine Le Pen propose donc moins
que ce qui existe aujourd’hui ! En fait, son « salaire parental » plongerait de
nombreuses familles dans une situation de plus grande précarité. Encore une
fois, les femmes seraient les premières victimes de cette précarité. Les femmes
seules avec enfants représentent en effet plus de 85% des familles
monoparentales. Et dans un couple, c’est bien plus souvent la femme plutôt que
l’homme qui arrête de travailler pour s’occuper des enfants. Ainsi, au point de
départ, il s’agit seulement d’une traditionnelle politique du retour des femmes
à la maison. C’est le refrain « social-familial » des politiques réactionnaires
depuis toujours. A l’arrivée, il s’agit juste d’une pauvre arnaque de type
Sarkozyste : échanger ce qu’on a contre pire ! Dans ces conditions allumer la
lumière sur ce projet révulse sur deux fronts. D’abordtous ceux
qui s’opposent à la réduction du rôle des femmes aux tâches familiales qui
interdit leur émancipation professionnelle. Pas une once de respectabilité et de
dédiabolisation à attendre de ce côté sitôt que le projet est connu. Mais dans
cette version Sarkozyste, il écœure aussi le gros réactionnaire nataliste et
nuptialiste traditionnel de l’extrême-droite classique.
Un sujet qui l’a
aussi bien mise mal à l’aise est l’affaire de la citation de Robert
Brasillach faite parJean-Marie Le Pen lors de la réunion à Lille
du Front National. Je n’y reviens que pour expliquer de quoi il retourne avec
assez de soin pour que chacun de mes lecteurs situent de quoi nous parlions sur
le plateau de France 2. Madame Le Pen me donnait des leçons sur ce que doit être
le comportement « convenable » d’un candidat à la présidence de le République.
Je lui ai répondu que le comportement correct d’un candidat est de hurler, de se
lever et de quitter la salle quand on cite un collabo antisémite en exemple dans
une réunion où l’on se trouve. Samedi 18 février à Lille, Jean-Marie Le Pen a
conclu son discours par une citation de Robert Brasillach. Cette citation a été
chaleureusement applaudie par le public composé de militants et cadres du Front
National. Madame Le Pen, présente dans la salle n’y a rien trouvé à redire.
C’est très grave ! C’est indigne. Voici pourquoi, afin que nul n’en ignore.
Robert
Brasillach a été condamné à mort et fusillé pour « intelligence avec
l’ennemi ». C’était un collabo patenté. Je le dis pour que ceux qui pensent que
Madame Le Pen défend la France sachent que son parti applaudit un traître à la
patrie. Pire, sous le régime du maréchal Pétain, Brasillach dirigeait le journal
antisémite « Je suis partout » édité à 250 000 exemplaires. Le plus important
journal de la collaboration. C’est dans ce journal infâme qu’il a notamment
écrit le 25 septembre 1942 : « Il faut se séparer des Juifs en bloc et ne
pas garder les petits ». Enfin, pour être complet, voyons les dernières
paroles de Brasillach. A son procès, il affirme : « Je n’ai rien à regretter
de l’intention qui m’a fait agir ». Et avant d’être fusillé, le 6 février
1945, il déclare à son avocat : « C’est aujourd’hui le 6 février, vous
penserez à moi et vous penserez aussi aux autres qui sont morts le même jour, il
y a 11 ans », en référence à la tentative de coup d’Etat fasciste du 6
février 1934.Madame Le Pen accepte donc sans broncher qu’on cite
dans ses meetings un fasciste, collabo, appelant au crime antisémite de masse,
nostalgique d’une tentative de coup d’Etat.
Pour se
défendre, Madame Le Pen explique qu’il faut « détacher l’œuvre de
l’homme ». Cet argument ne tient pas. Je m’explique. D’abord, Jean-Marie Le
Pen fait des discours depuis suffisamment longtemps pour savoir qu’on cite
autant une œuvre que son auteur. C’est donc toujours un choix politique de
citer. Jean-Marie Le Pen a donc délibérément et politiquement choisi de citer
Brasillach. Ensuite, le discours de Jean-Marie Le Pen est un discours de
stratégie politique dans un week-end militant qui comporte un important volet de
"formation" des militants du FN. Il termine son discours en parlant de la
question de "l’Honneur" et c’est à ce sujet qu’il cite Brasillach et son poème «
L’enfant d’honneur ». Pour ce qui est des enfants, on sait ce que Brasillach
pensait. Quant à l’honneur d’un collabo, on se demande bien ce que cela
peut-être. Le texte cité par Jean-Marie Le Pen est extrait du recueil « Les
poèmes de Fresnes » de Brasillach. Tous les poèmes de ce recueil ont été écrits
en prison en 1945. Brasillach a écrit ce poème après avoir été condamné à mort
et une semaine avant son exécution. C’est donc un testament littéraire et
politique. Il est donc impossible de « séparer » les deux pour reprendre le mot
de Madame Le Pen … et de Robert Brasillach. J’en reste là pour cette fois-ci.
Melenchon a dit qu’il laisserait Hollande se débrouiller avec ses électeurs pour les convaincre et que ceux-ci n’étaient pas des moutons à qui on donne des consignes. Maintenant, soulmandred a tout dit. Historiquement, la gauche se désiste pour la gauche ou le moins à droite. Depuis quand est-ce étonnant que celle-ci fasse barage à l’extrême droite ?????? C’est démentiel quand même.
Enfin, vous qui vous la jouez tous contre le bipartisme je vous trouve bien fataliste quant au fait que ce soit hollande devant meluche.
Ridicule, l’argumentaire du frontiste de base, c’est Mélenchon est un "insulteur public", mais c’est le seul qui dans ses meetings s’éreinte à critiquer de manière fine le programme névrosé du FN. Arguments après arguments.
Ensuite il caractérise avec humour pour marquer les esprits. Punt.
Les petits enfants du FN boudent parce qu’on est pas gentil avec leur madame, et oui Méluche va pas utiliser des mots fleuris pour démonter l’imposture Le Pen.
Bien entendu que la gauche se désiste toujours pour la gauche ou le moins à droite.
Ca a quoi d’anormal ?
En outre, cette critique adressée à melenchon présuppose que ce serait le FN le parti du peuple et de l’anticapitalisme et que le front de gauche devrait appeler à voter pour Le pen. C’est ridicule. Melenchon se présente au premier tour pour passer devant Hollande. En outre, il a déjà dit que ce serait à Hollande de se débrouiller pour convaincre ses électeurs s’il passait au second tour, et qu’il n’irait dans aucun autre gouvernement que le sien.
Au fait, si c’’était un simple rabbateur de voix (pff), il n’y aurait pas eu tant de mépris et de petits mots lachés à l’égard de Melenchon par les caciques du PS.