Le Non Accelerating Inflation Rate of Unemployment (NAIRU) est le
taux de chômage minimum qui n’accélère pas l’inflation. C’est un concept
très présent dans les travaux des économistes. Ses traductions
françaises sont bien moins parlantes que sa version anglo-saxonne : taux
de chômage d’équilibre (rare) ou taux de chômage structurel (plus
courant, bein que rarement explicité)
> Le concept est issu des travaux d’un économiste : en 1958,
William Phillips montre qu’historiquement, on observe une relation
inverse entre augmentations salariales et chômage. Quand l’emploi se
fait rare, les salariés sont sous pression et modèrent leurs vélléités.
La menace du chômage rend plus docile… C’est ce que semble montrer la
Courbe de Phillips
> La découverte fait florès, les travaux se succèdent. En 1968,
Milton Friedman, économiste monétariste (libéral), introduit le Taux de
Chômage Naturel. Il y aurait dans la société un taux de chômage en
dessous duquel les gouvernements ne devraient pas essayer de descendre,
car alors, leurs efforts seraient vains et ne conduiraient qu’à relancer
l’inflation. Trop peu de chômage serait mauvais pour la lutte contre
l’inflation…
> Le NAIRU est introduit en 1975 par Lucas Papademos et Franco
Modigliani. Il vise à priori à nuancer la brutalité du « mur de
Friedman ». A un niveau élevé, on pourrait lutter contre le chômage,
mais en se rapprochant du NAIRU, les risques augmenteraient de voir
l’inflation se relancer. Problème : où se situe le NAIRU ? Les économistes
sont bien incapables de le calculer avec précision ! Pourtant, ils ne se
privent pas de l’utiliser régulièrement…
> Dans les années 60 et surtout 70, les profits des entreprises
sont érodés par une inflation qui augmente et un rapport de force en
leur défaveur (encore accru après les mouvements sociaux posts 68). Les
détenteurs de patrimoines et les prêteurs de capitaux sont pénalisés par
une inflation à deux chiffres. L’offensive du courant économiste
libéral (à partir de la fin des années 60) va arriver à point nommé pour
renverser la vapeur.
> Le NAIRU et le chômage qui l’accompagnent vont devenir une
variable d’ajustement permettant de faire pression sur les conditions du
marché du travail. Celui-ci redevient globalement défavorable aux
salariés en même temps que le chômage augmente, en particulier au cours
des années 80 et 90. En 20 ans, la part de la richesse nationale qui
revient aux salariés recule en France de 10% par rapport à celle allant
aux détenteur de capitaux. Les conflits du travail (grèves
principalement) diminuent de 86% en 20 ans. Le chômage et la précarité
créent de la peur et modifient les termes de la négociation
employeurs-salariés. Sur la même période, l’inflation officielle a chuté
considérablement… pendant que le chômage augmentait non moins
considérablement !
> Le NAIRU est aujourd’hui extrêmement utilisé. Sur Google, tapez
NAIRU et vous obtiendrez plus de 170 000 pages. Allez sur le site du
Sénat, et vous y trouverez en effectuant une recherche plusieurs
dizaines de documents utilisant ce concept. L’Organisme de Coopération
et de Développement Economique (OCDE) qui est une institution éminemment
influente de par ses recommandations économiques, réalise de nombreuses
estimations du NAIRU. Sur le site de la Banque Centrale Européenne
(BCE), gardienne de l’Euro, pas moins de 200 documents avec ce terme
vous seront servis. Normal car la BCE a pour UNIQUE OBJECTIF la lutte
contre l’inflation (c’est défini dans ses statuts). Selon l’OCDE et et
BCE, le taux de chômage qui stabilise l’inflation en Europe serait
aujourd’hui de l’ordre de 10%… En 1997, les NAIRU estimés pour chaque
pays pouvaient être considérables (jusque 19% de la population active en
Espagne !)
>> ET POURTANT, EN AVEZ VOUS DEJA ENTENDU PARLER ?
> L’essor au cours de la dernière décennie de la sphère financière
a renforcé l’obsession de la lutte contre l’inflation. Les profits
financiers sont allergiques à l’inflation, car celle-ci érode la valeur
de l’argent… de ceux qui en détiennent beaucoup !
> Ceci explique notamment que le NAIRU soit un concept aussi
présent dans les travaux et les recommandations des économistes, surtout
lorsque ceux-ci exercent des fonctions importantes au sein
d’établissements financiers privés…
> Le chômage est toujours présenté comme un « Fléau », un
« Cancer », contre lequel tous jurent de mener combat. L’emploi est la
priorité du gouvernement, cela fait des décennies que nous entendons
cela. Mais un phénomène aussi durable et massif dans le temps ne peut
exister sans un choix délibéré. L’explication selon laquelle le problème
serait un manque de croissance est fallacieuse. Celle qui vise
actuellement à stigmatiser les chômeurs en les rendant en quelque sorte
responsable de leur sort est cynique… En laissant supposer que le
chômeur est un fraudeur et un profiteur, on renverse la charge de la
preuve et on fait diversion en dédouanant le système de toute
responsabilité, et encore plus de toute intentionalité.
> La régulation de l’économie par l’inflation a été remplacée par
une régulation par raréfaction de l’emploi. La croissance potentielle
visée par la BCE inclut dès le départ l’hypothèse d’un taux de chômage
supérieur au NAIRU. Le volant statistique de chômeurs correspondant au
NAIRU est dès le départ exclu, il est considéré comme « non
mobilisable » puisque priorité va à la lutte contre l’inflation.
> Le chômage un Fléau ? Sans doute pour ceux qui le vivent ainsi
que pour les salariés qui en ressentent la pression. Mais cela montre que le chômage est avant tout un outil de pression
sur le marché du travail. Un chômeur travaille pour ainsi dire, et à son
insu, à tirer l’inflation vers le bas. L’utilisation opérationnelle du
NAIRU lui attibue au moins ce rôle, sans le lui reconnaître
officiellement bien sûr. Car le NAIRU n’est pas vraiment politiquement
correct. Ce qui explique sans doute son absence du débat public qui
contraste singulièrement avec son omniprésence dans les travaux des
économistes.
Comme signalé très justement plus haut, " lachons du lest "
Chacun doit pouvoir s’exprimer ici librement, et Agoravox est, je le rappelle, un espace de débat civique et civilisé ne devant relater , en théorie comme en pratique aucun abus diffamatoire, injurieux etc......................
Essayons donc d’appliquer en personnes responsables cette chartre
Cordialement a tous