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Le « schwarze Terrorist » Addi Bâ à l’honneur au cinéma ...

Arrivé en France en 1937-1938 dans la famille d'un percepteur colonial, Addi Bâ séjourne un an à Langeais en Indre-et-Loire avant de rejoindre Paris. Il s'engage dans l'armée française en 1939 où il fait partie du 12e régiment de tirailleurs sénégalais. Fait prisonnier, il parvient à s'échapper et rejoint avec d'autres le maquis des Vosges ; il est arrêté le 18 novembre 1943 par les Allemands lors de l'attaque du maquis du camp de la Délivrance. Torturé, il ne parle pas. Il est fusillé le 18 décembre 1943 à Épinal sur le plateau de la Vierge, en même temps que le chef du maquis Marcel Arburger.

 

Le réalisateur : « J’ai été ému par le parcours de ce garçon »

 

De la brève mais intense histoire d’Addi Bâ, Gabriel Le Bomin a fait un film. Pour Nos Patriotes sorti le 14 juin, le réalisateur a posé ses caméras à Épinal, Gérardmer, Saint-Dié : « J’ai été ému par le parcours de ce garçon, fait d’engagements successifs », explique le réalisateur qui a déjà tâté de la guerre dans ses précédents films, la Grande et les autres.

 

« Il aurait pu quitter la France, via les filières vers le Sud, raconte Gabriel Le Bomin, il est resté pour résister ». C’est aussi le rapport à l’autre qui a motivé le cinéaste : « C’était très particulier, ce Guinéen arrivant dans les Vosges à une époque où l’autre, l’étranger était celui de la vallée d’en face, imaginez un Africain ! »

 

 

Ce 15 juillet 1943, des officiers de la Wehrmacht s’agitent, hurlent, menacent sur le parvis de l’Eglise de Tollaincourt, dans les Vosges. Les nazis s’acharnent sur un corps déjà au bord de la mort. Tout le village est là, malgré les chiens, malgré la violence des coups de crosse, malgré l’excitation sanguinaire. Et ce leitmotiv, entêtant : « Le terroriste noir, le terroriste noir ! ». Le prisonnier est chargé dans un fourgon, en route pour la torture. « Quand l’infernal convoi disparut au tournant du pâquis, chacun regagna son chez-soi en silence, d’un pas d’enterrement ».

 

Sous la plume de Tierno Monénemba, c’est Germaine Tergoresse qui parle. Elle avait 16 ans lorsqu’Addi Bâ le Guinéen a chamboulé la vie de la petite commune. Soixante ans après, elle raconte avec sa verve, ses expressions maladroites, sa sincérité déroutante cette époque édifiante où « la France avait cessé d’être une République pour devenir une petite chose quelconque et clandestine ». Germaine n’a rien oublié. Elle se souvient de ce jour de 1940 où L’Etienne a découvert un « pauvre nègre » endormi au pied d’un arbre. Elle se souvient de sa honte d’avoir dit à sa mère : « Il y a un mois qu’il arpente nos rues ; il devrait enfin enlever son masque ». Elle se souvient de sa silhouette devenue familière, de son uniforme et de ses tournées en bicyclette. Elle se souvient de la popularité du soldat perdu, de ses conquêtes, des jalousies et aussi de « ses longs silences dont aucune brûlure ne pouvait le sortir ».

 

Par ce témoignage émouvant, Tierno Monénemba rend un hommage touchant à ces « frères obscurs que personne ne nomme », selon les mots de Sédar Senghor. « Addi Bâ n’est pas un cas isolé, assure l’auteur, Prix Renaudot 2008. Les figures noires ont du mal à trouver une place dans notre histoire française ».

 

Le destin d’Addi Bâ, décoré en 2003 à titre posthume de la Médaille de la Résistance, mérite pourtant qu’on s’y arrête. Né en Guinée, arrivé en France en 1937, adopté par un percepteur colonial, il s’engage en 1939 dans le 12 e régiment de tirailleurs sénégalais. Au printemps, il monte au feu. Dans les Ardennes, puis dans la Marne où son bataillon tombe. Fait prisonnier à Neufchâteau, il s’évade. Mais refuse de fuir. Le maire de Tollaincourt, vétéran de 14, lui fournit de faux papiers.

 

Le jour, il est un commis de ferme dont la droiture et la générosité sont louées par tous. La nuit, le jeune musulman sillonne la campagne, transmet des messages, recrute des patriotes, évacue un Britannique dont l’avion a été abattu. Voilà comment, avec Marcel Arbuger, il créera un des premiers réseaux de résistance vosgien, le maquis de la Délivrance, composé de réfractaires au STO.

 

Trahi, Addi Bâ est arrêté, incarcéré, torturé et condamné à mort. Qui l’a donné ? Refusant le manichéisme, Tierno Monénembo ne répond pas. Tout est si compliqué dans ce pays où l’on trouve « des nègres résistants, des Français traîtres à la patrie, des Allemands amoureux de Berlioz, de Baudelaire et du beaujolais, des gendarmes du côté des proscrits ». Neigeait-il ce 18 décembre 1943, lorsqu’Addi Bâ l’Africain fut fusillé ? L’Histoire ne le dit pas. Dans son roman magistral, l’auteur assure qu’en ce matin brumeux, « on pouvait voir les ailes des anges frôler les clochers d’Epinal ».

 

Source : http://www.estrepublicain.fr/actualite/2012/09/13/der-schwarze-terrorist

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Addi_B%C3%A2

 

http://www.dna.fr/culture/2017/06/21/la-tombe-du-soldat-connu

 

Tags : Cinéma Guerre




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2 réactions à cet article    


  • vote
    psychorigide psychorigide 25 juin 10:17

    Putain de film ! smiley


    • vote
      juluch juluch 25 juin 17:37

      Un de ces oubliés de l’histoire...il n’y a pas eu que Jean Moulin.... smiley



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