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Retour sur... les victimes des émeutes de 2005

Retour sur... les victimes des émeutes de 2005

 

Jean-Jacques le Chenadec, Salah Gaham, Jean-Claude Irvoas et Alain Lambert. Ces noms ne vous disent probablement rien. Rassurez-vous c'est « normal ».

 

Le 27 octobre 2005, à Clichy (banlieue parisienne), des habitants revenant d'un match de foot contactent la police pour signaler une tentative de vol sur une baraque de chantier. La police dépêche un véhicule de la BAC sur place pour constater l'éventuel délit. La police tente d'interpeller plusieurs jeunes gens en marge de cette vérificaion. Deux d'entre eux, Zyed et Bouna, dont les prénoms sont connus de la France entière, s'enfuient, se cachent dans un transformateur EDF et meurent électrocutés. Le soir même la rumeur de la responsabilité de la police se répand et les attaques envers la police et les pompiers commencent localement. 3 jours plus tard une grenade lacrymogène est jetée près d'une mosquée dans des circonstances troubles. S'en suivent 20 jours d'émeutes confinées au début aux localités concernées puis étendues à toute la France. 56 policiers blessés (d'autres bilans évoquent le double), près de 9000 véhicules incendiés, d'innombrables dégradations et incendies de bâtiments publics ou privés (écoles, gymnases, entrepôts, commerces, médiathèques) et de mobilier urbain. Inutile de revenir là-dessus, tout le monde a vu ces images qui ont fait le tour du monde et nombres d'entre nous ont même assisté à ces déprédations en bas de chez eux.

 

Malgré ce bilan lourd, beaucoup, politiques en tête, ont soufflé à l'issue de ces 3 semaines. « Ouf, aucune victime chez les émeutiers ! Vous imaginez ce qu'il en aurait été si il y en avait eu ? » pouvait-on entendre à demi-mot dans les discours des élus locaux et nationaux.

 

Aucune ? Vraiment ?

Hormis les policiers, les milliers de propriétaires des biens incendiés, les centaines de personnes misent au chômage technique par ces déprédations (sans parler du contribuable bien entendu), en effet, il n'y a pas eu de victimes. Ah si... nos 4 inconnus qui ne bénéficieront jamais de ces grandes « marches pour la dignité et la justice », qui n'auront droit à aucune compassion (si ce n'est locale), pas plus de la République que de ses administrés ou des partis politiques d'extrême gauche (ivres de rage... d'avoir loupé le coche du grand soir) et encore moins des médias et autres associations si promptes à désigner les cadavres à pleurer, éternelles victimes d'une police présumée coupable, sinon d'agissements, au moins d'arrières-pensées racistes.

 

C'est donc d'elles que ce billet d'humeur agacé par l'hypocrisie ambiante et le deux poids quatre (comme le nombre de victimes) mesures permanents dont je voudrais parler. Que l'on ne se trompe pas, les familles de ces deux garçons décédés sont à plaindre. Mais qui plaint celles de nos quatre quasi-anonymes, authentiques victimes, elles, de ces émeutes ? Quels élus nationaux se sont préoccupés du sort des familles de ces gens ? Quelles associations donneuses de leçons en ont parlé ? Quels médias s'en sont souciés si ce n'est pour alimenter leur rubrique des chiens écrasés ?

 

Parlons donc de Salah Gaham, jeune gardien d'immeuble mort asphyxié tandis qu'il tentait héroïquement de porter secours à des étudiants pris aux pièges par un incendie.

Dans cette nuit du 2 au 3 novembre 2005, 3 voitures sont incendiées dans le hall du "forum" de Planoise, à Besançon. Rapidement la fumée et les gaz toxiques montent par les cages d'escalier et la centaine d'étudiants se retrouvent directement menacés d'asphyxie. Salah Gaham se saisit d'un extincteur et affronte directement les flammes. Ce dramatique incendie fera 14 blessés, dont une jeune étudiante taïwanaise gravement brûlée, et une autre personne qui s'est jetée du troisième étage pour échapper à une mort certaine et qui a pu être soignée. Les pompiers interviennent rapidement mais Salah Gaham, ayant avalé trop de fumée, s'est écroulé sur place. Ils tenteront de le réanimer mais en vain. Selon la fiche wikipédia de cet événement, la presse nationale n'a jamais évoqué cette tragédie qui a traumatisé des dizaines de personnes.

Salah Gaham, originaire d'Algérie, n'avait que 34 ans. Le square en face des lieux, à Besançon, porte désormais son nom, ainsi que la salle du « Forum ». Salah Gaham fut la première victime des émeutes, et hélas pas la dernière.

 

On peut faire un parallèle entre Salah Gaham (oui j'écris son nom, en entier, et à plusieurs reprises, pour qu'à l'issue de cette lecture vous le reteniez) et Alain Lambert, gardien du lycée de la Plaine-de-Neauphle à Trappes (78).

Alain Lambert est également mort asphyxié tandis qu'il tentait d'éteindre l'incendie d'une voiture déclenché par quatre « jeunes ». C'est au milieu de la nuit du 21 novembre 2005 qu'Alain Lambert est réveillé par un incendie au pied de son appartement. Lui aussi muni d'un extincteur (après avoir tenté avec de l'eau) tente d 'éteindre les flammes qui calcineront 6 véhicules (dont le sien). Les pompiers interviennent et Alain Lambert regagne son domicile mais s'écroule. Son autopsie révélera que ce sont bien les fumées toxiques inhalés qui ont empoisonné le quinquagénaire.

Les propos de Pierre-Emmanuel, son fils, en disent longs : « (…) ils [NDA : les incendiaires par la suite arrêtés] ne s'imaginent pas les conséquences de leurs actes. Mon père est mort ! Toute la famille a été bouleversée. A cette terrible peine se sont ajoutés des déboires matériels. J'ai dû changer de voiture et pourtant, je ne gagne certainement pas plus que les incendiaires. Certes, ces jeunes ont dû être dépassés par les conséquences. Ils ne s'imaginaient pas être à l'origine de la mort d'un homme. Mais je leur en veux terriblement. Il faut qu'ils paient ».

Les coupables sont passés aux aveux. Ivres et défoncés au shit ce soir-là l'un d'eux explique « C'était les émeutes, on voulait faire comme les autres…  ».

Alain Lambert avait 53 ans. Aucun portrait de cet homme n'a jamais été fait dans la presse tandis que des centaines d'articles ont été consacrés à Zyed et Bouna. C'est le point commun qui unit dans l'au-delà Alain Lambert et les trois autres victimes. 2 jeunes meurent par accident et des centaines d'articles sont écrits, des manifs en pagaille organisée, mais Alain Lambert, mort des suites d'un incendie criminel qu'il tentait, comme Salah Gaham, de maîtriser n'a pas eu le droit au dixième de cette indignation.

 

Jean-Jacques le Chanadec est mort le 7 novembre 2005, victime d'un coup de poing donné par le « jeune » Salaheddine Alloul alors que lui aussi (M. Le Chanadec, pas l'autre qui n'a pris que 5 ans de prison dont il n'a probablement guère fait plus de la moitié) tentait d'éteindre un feu de poubelle avec l'aide d'un de ses voisins. Une altercation éclate avec les « jeunes » et l'individu déjà nommé frappe au visage Jean-Jacques le Chanadec, 61 ans, qui tombrera dans le coma avant de décéder deux jours plus tard. Jean-Jacque le Chanadec (en photo ci-après) était ouvrier à la retraite. Il avait pour seul tort de ne pas vouloir que l'on incendie sa poubelle. Jean-Jacques le Chanadec a laissé sa veuve Colette inconsolable et pleine de questions sans réponses. Lors du procès les témoins (complices ?) multiplieront les témoignages contradictoires avec un climat d'insolence envers « le vieux » comme ils l’appelaient. Le coupable niera les faits mais admettra avoir frappé le voisin avec qui Jean-Jacques le Chanadec était intervenu.

 

Le plus choquant (si on ne l'est pas déjà avec les trois premières victimes) est sans doute le cas de Jean-Claude Irvoas, battu à mort le 27 octobre 2005, à Epinay-sur-Seine, alors qu'il prenait en photo un lampadaire pour sa société de mobilier urbain et son compte personnel. Sous les yeux de sa compagne et de sa fille restées dans la voiture, Jean-Claude Irvoas est pris à partie par trois individus qui ont tenté de lui dérober son appareil photo. Malgré la vidéo-surveillance et les témoignages qui sont en contradiction avec les constations du légiste, il demeure certain que Jean-Claude Irvoas s'est écroulé à la suite d'un coup (si ce n'est plus) porté à la suite de cette altercation qui n'aura duré que 90 secondes. Les lieux étaient bien connus pour le trafic de cannabis et l'un des accusés était guetteur tandis qu'un autre dealer. Le principal accusé était connu pour ses accès de violence sur sa propre compagne.

Jean-Claude Irvoas était âgé de 56 ans, père de famille sans histoire. Sa fille témoigne.

 

De ces quatre victimes il n'y a que peu de traces d'hommages. Je précise que je ne suis pas identitaire et ne partage pas cette récupération (de présumé "racisme anti-blanc" évoqué ci-après) mais que ce sont pratiquement les seuls à s'être émus de cette situation. Ce lien est donc une démonstration tout autant que l'expression d'une désolation du constat de l'indifférence quasi généralisée à l'endroit des 4 victimes des émeutes de 2005.

Qu'elles reposent en paix.

 

 

Je n'ai pas trouvé de vidéo pour rendre hommage (ou simplement parler d'eux) à Salah Gaham et Alain Lambert et pour Jean-Jacques le Chanadec, je n'ai que cette séquence où des voisins relatent qui était ce monsieur.

 

 

Sources  : trop long à lister et les éléments ici sont tous facilement vérifiables. 

 

Tags : Drame Banlieue Violence



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4 réactions à cet article


  • 6 votes
    Qiroreur Qiroreur 1er avril 12:20

    Jean-Jacques Le Chanadec. Un autre article d’AV en a parlé. Des sites comme fdesouche aussi, sites dont je ne partage pas la ligne, mais à ce niveau d’indifférence et de mépris pour ces 4 malheureux ça n’a aucune importance.


    • 3 votes
      SimpletQurieux SimpletQurieux 1er avril 17:05

      Merci pour eux.


      • vote
        Zatara Zatara 1er avril 21:44

        • 1 vote
          Zatara Zatara 1er avril 21:51

          @Zatara
          donner sa vie pour sauver celle de quelques autres (et puis quoi encore !) ou se faire sauvagement agressé (ah mais oui mais sans intention de donner la mort les copins)... z’auraient mieux fait de se prendre un coup de matraque dans le cul.....

        

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