• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV Mobile

Les commentaires de Joe Chip



  • 1 vote
    Joe Chip Joe Chip 19 avril 16:49

    Ce qu’il y a de stupéfiant lorsqu’on écoute cette émission, outre la qualité de cette interview, c’est de constater l’énorme gouffre séparant l’époque France Inter de 1969 et l’époque France Inter d’aujourd’hui. Où l’on s’aperçoit à quel point la société française, seulement 24 ans après la fin de la guerre, semblait en apparence apaisée sur cette "période la plus sombre de notre Histoire" et à quel point, 50 ans plus tard, la société apparaît au contraire comme totalement hystérisée, alors que, en bonne logique, cela devrait être exactement l’inverse.

    Attention aux anachronismes et à l’interprétation rétroactive. Il y a eu en France comme ailleurs un refoulement des souvenirs de la guerre et en particulier des questions liées à la collaboration, la déportation des juifs et l’holocauste —qu’on appelait pas encore la shoah. Même en Allemagne, la guerre était peu présente dans le débat public jusqu’au début des années 70, la plupart des responsables nazis s’étaient même avantageusement reconvertis dans l’industrie, le marketing et même la justice et bénéficiaient d’une certaine complaisance de la part des pouvoirs publics...

    Et puis techniquement les historiens n’avaient pas encore eu accès aux archives, soit parce qu’elles n’avaient pas été déclassifiées, soit parce qu’elles n’avaient pas été encore dépouillées et archivées (travail très lent et fastidieux). D’ailleurs elles ne l’ont pas encore été dans leur intégralité, il y a encore des historiens qui font des découvertes dans des archives mineures qui n’ont jamais été étudiées de manière approfondie. 

    Donc bon, voir à travers ce débat sur France Inter une sorte d’âge d’or de la liberté d’expression à la radio française ou de symbole de "l’apaisement" de l’époque par rapport à la guerre, c’est succomber un peu à la facilité ou livrer une interprétation assez orientée des choses si l’on n’a pas pris la peine d’abord de resituer le contexte dans lequel on se trouve à l’époque.

    Dans les années 50-60, la priorité absolue était encore la reconstruction et la croissance économique. Quelques historiens avaient déjà commencé à travailler sur les questions "mémorielles" mais le moment où ces questions pouvaient être abordées et débattues dans les médias grands publics n’était pas encore arrivé. 

    Quant à Rebatet, bon, faut bien comprendre que ce type était au fond peu représentatif de ce qu’était Vichy ou la collaboration en France et représentait un courant hyper-marginal d’intellectuels et d’écrivains pro-allemands dont certains avaient d’ailleurs fini par un mécanisme de transfert bizarre par déclarer leur admiration envers le nouvel Etat israélien. 

    Pour mois ces gens étaient pour l’extrême-droite ce que les "maos" et les communistes staliniens étaient à l’époque pour l’extrême gauche ; des petits bourgeois idiots, quasiment naïfs, toujours impatients de se mettre au service de l’étranger et trouvant dans leur prétention littéraire et esthétique (là encore typique d’un certain état d’esprit français) un prétexte pour succomber à leur bêtise et à leur radicalité idéologique. Bref, de vrais losers, malheureusement assez représentatifs de la dégénérescence de l’esprit français durant l’entre-deux-guerres. 

    Moi Rebatet, je lui aurais pas demandé s’il avait honte mais s’il n’avait pas quand même l’impression d’avoir été un imbécile. La faute peut avoir un certain charme sur des esprits imprégnés de catholicisme. L’opprobre au sens baudelairien et la volupté qu’un esprit lettré et solitaire peut trouver dans la réprobation publique de ses actes et de son œuvre, peuvent même constituer une sorte de validation pour un type comme Rebatet. En revanche, l’erreur est moins pardonnable, y-compris et surtout par soi-même...



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 13 avril 18:52

    @Gaspard Delanuit

    Dommage que le second sens soit dans le Larousse, Robert, etc.....................



  • 1 vote
    Joe Chip Joe Chip 13 avril 10:43

    Aujourd’hui, le diplôme d’entrée "assuré" sur le marché de l’emploi, c’est le master et encore, dans les filières qui recrutent. Logique, compte tenu de la contraction du marché du travail et du fait que des générations entières accèdent à présent à des filières d’études supérieures de plus en plus dévalorisées.

    Quand on a 16 ans, il faut vraiment réfléchir à ce que l’on veut faire et délaisser certaines filières totalement saturées ("sciences humaines" pour faire vite). Si on ne se sent pas la capacité de faire des études longues, voire très longues, dans des domaines très spécifiques qui recruteront à l’avenir, il vaut mieux s’orienter vers une filière courte quitte à se laisser la possibilité de reprendre par la suite des études ou d’étoffer sa formation une fois que l’on est en emploi, car il est beaucoup plus facile d’accéder aux formations quand on est déjà salarié.

    Sinon l’asensceur social n’a pas disparu mais il est devenu individuel et non plus générationnel comme avant. Il ne faut pas non plus trop fantasmer sur le confort des boomers. Pour la plupart des gens, l’émancipation sociale voulait dire devenir ouvrier ou employé. Les statuts professionnels garantissaient et sécurisaient les parcours individuels au sein de la classe moyenne mais en contrepartie les taux étaient très élevés et les possibilités de consommation étaient en réalité beaucoup plus limitées et moins variées qu’à l’heure actuelle, y-compris chez les moins favorisés.

    La nostalgie pour cette époque s’explique beaucoup par l’égalisation et l’uniformité des conditions au sein de la classe moyenne. Entre le fonctionnaire, l’ouvrier qualifié et le cadre moyen, il n’y avait pas une énorme différence de conditions, tout le monde avait plus ou moins le même train de vie avec des standards de consommation différents. On bossait, on prenait un crédit pour acheter une maison plus ou moins grande, on s’équipait, on partait en vacances, on goûtait un peu à l’hédonisme consumériste de masse et puis on prenait sa retraite. Les systèmes sociaux compensaient encore les inéquités les plus flagrantes et l’assistanat était mieux toléré. Donc tout le monde avait l’impression de vivre correctement, même quand beaucoup de gens en réalité vivotaient ou stagnaient dans leur milieu d’origine.

    Aujourd’hui, il y a une précarisation de la petite classe moyenne avec un phénomène de déclassement générationnel et culturel tandis qu’une autre partie, "intégrée à la mondialisation", a vu son niveau de vie fortement progresser. Le culte de la méritocratie et l’hétérogénéité des conditions amènent les gens à se comparer favorablement ou défavorablement sur le marché de l’emploi mais aussi dans d’autres domaines (compétition sexuelle sur les sites de rencontre) : les "gagnants" estiment de manière légitime qu’ils ont mérité leurs avantages tandis que les "perdants" intériorisent douloureusement leur échec dont la société les rend individuellement responsables. Si vous n’y arrivez pas, c’est que vous manquez, de talent, de travail, de motivation, etc., à moins que vous n’apparteniez évidemment à une "minorité".

    Voilà pourquoi la société des trente glorieuses, avec sa croissance, son homogénéité, sa stratification statutaire et sociale rassurante, ses ouvriers, ses employés, ses cadres, ses profs respectés, ressemble aux yeux de certains à un paradis perdu alors qu’on était en réalité plus proche du village des Schtroumpfs.

    Est-ce que les gens accepteraient réellement de signer pour revenir à cette époque si on le leur proposait ? J’en doute. L’individualisme a trop profondément pénétré les mentalités et les gens, y-compris les plus pauvres, n’accepteraient sans doute pas de revenir dans le moule contraignant de la société des "boomers". Pas plus qu’ils n’accepteraient de réduire leur niveau de consommation ou de mettre un salaire dans un frigo.



  • 2 votes
    Joe Chip Joe Chip 6 avril 10:03

    @Conférençovore

    La sociologie du mouvement GJ ou de ce qu’il en reste a complètement changé ; au départ, c’était une révolte antifiscale de la petite classe moyenne laborieuse de province, puis le mouvement a été phagocyté par l’extrême-gauche militante en se déplaçant à Paris. Une partie importante de la base a été aussi démobilisée quand Macron a ouvert le portefeuille en octroyant 17 milliards d’euro d’aides et de primes.
    Aujourd’hui ce n’est plus qu’une des "marques" de la contestation sans lendemain, assez marginale d’ailleurs. Si j’étais complotiste, je dirais que la gauche radicale a bien manoeuvré pour la récupérer et la vider de tout contenu, même si les GJ du départ ont signé leur défaite politique en refusant obstinément de se doter de représentants sérieux.

    Pour la majeure partie des Français, les GJ sont désormais synonymes de bordel et de violences contreproductives, y-compris d’ailleurs sans doute pour une partie des premiers GJ qui se réunissaient sur les ronds-points en province.



  • 3 votes
    Joe Chip Joe Chip 19 mars 13:21

    La particularité française, ce n’est pas d’avoir opté pour un modèle répressif voire "dictatorial" de la gestion de l’épidémie, mais de ne pas avoir choisi clairement entre cette voie et un modèle plus libéral, ou plutôt de n’avoir gardé que les inconvénients des deux modèles. Bilan, on confine sans vraiment confiner, et on laisse les gens libres, mais uniquement d’aller au boulot.

    On voit bien que les pays qui ont le mieux su gérer la crise sont ceux qui ont appliqué le modèle "asiatique" collectiviste, efficace mais autoritaire et ceux qui ont fait très tôt le choix des nouveaux vaccins à ARN messager. On pourrait rajouter le modèle dit suédois, mais en réalité ce modèle repose sur des particularités culturelles et géographiques difficilement réplicables ailleurs (plus faible densité urbaine, distanciation sociale habituelle et spontanée, responsabilité individuelle). Je me place ici uniquement dans une perspective statistique sur l’évolution de la gestion de l’épidémie dans les différents pays.

    En gros, soit on applique un confinement strict mais d’une durée limitée en appliquant très rigoureusement la politique de traçage, au détriment du respect des libertés individuelles ; soit on ne confine pas ou peu en comptant sur la responsabilité individuelle et l’intégration des mesures sanitaires (Suède) ou sur le déploiement rapide de la vaccination (Angleterre, USA). Tous ces modèles impliquent une organisation sociale performante et réactive, au-delà des échecs ou des difficultés rencontrées.

    La France est malheureusement dans un groupe de pays qui a pratiquement tout raté depuis le début :

    inaction politique et inertie administrative dans les premières semaines de l’épidémie 

    — incapacité à déployer une couverture suffisante et rapide en masques et en gel, y-compris dans les hôpitaux et les ehpad

    premier déconfinement non préparé et raté ; rentrée scolaire effectuée dans des conditions totalement aléatoires

    — stratégie du "tester, tracer, isoler" jamais vraiment appliquée : on a juste laissé les gens s’autotester gratuitement et n’importe comment pour pouvoir revendiquer des "millions" de tests qui n’ont concrètement servi à rien, faute de suivi et d’organisation

    approche pusillanime et démago de la vaccination présentant les Français comme des complotistes antivaccins irrationnels, en fait cela permettait de justifier les retards de l’administration et l’indécision de l’exécutif

    Les raisons de ces ratés sont multiples mais la situation actuelle n’est que la conséquence d’un déclin amorcé depuis plusieurs décennies qu’il devient difficile de nier, quel que soit le domaine considéré. La France a juste réussi la politique de distribution des aides économiques, mais je ne sais pas si cette spécificité est un motif de fierté particulier par rapport à d’autres pays beaucoup plus efficaces dans la gestion de l’épidémie.

    Et nous voilà donc revenu à peu de choses près au même point que l’année dernière, avec les mêmes problématiques. Et ça ne sert à rien d’accabler uniquement les gouvernements qui passent leur temps à courir après une opinion changeante et contradictoire.



  • 2 votes
    Joe Chip Joe Chip 14 mars 13:38

    @sls0

    Du Décathlon made in France looooooooool

    Mon vieux les vraies marques made in France (c’est à dire avec l’intégralité du processus de production situé sur le territoire français) se comptent en dizaines, et ce sont systématiquement des petites enseignes dont les produits visent une clientèle à fort pouvoir d’achat.

    Les marques grand public ne proposent pas de made in france, c’est juste du marketing.

    Attenion à la com’ des marques françaises comme Décathlon et le Coq Sportif qui misent à fond sur le côté tricolore mais dont la quasi-totalité de la gamme est fabriquée à l’étranger, avec dans le meilleur des cas l’atelier de conception ou l’assemblage final parfois installés en France pour pouvoir mettre en avant le "made in France".

    C’est facile, il suffit de coller un drapeau bleu blanc rouge sur n’importe quel pantalon fabriqué avec du coton made in india et produit en Tunisie, rien ne l’interdit.

    Les seuls labels garantissant une production 100% française sont répertoriés sur le site "marques de France", il n’y a aucune marque bon marché ou grand public : 

    https://www.marques-de-france.fr/logo-made-in-france/

    Evidemment ces marques sont toutes artisanales et visent une clientèle "bobo" ou csp+ car qui peut mettre 150 euros dans un jean, 250 euros dans un pull en laine de mouton des Pyrénées ou 30 euros dans une paire de chaussette ou un slip "made in france". Et là je suis encore sur les produits de base, les prix peuvent monter très vite sur le made in france. En fait c’’est une étiquette de niche pour justifier un prix de vente élevé pour des produits qualitatifs mais qu’on peut trouver dans le commerce, à qualité de fabrication équivalente, pour moins cher. Après, faut savoir si acheter un jean made in france à deux fois le prix est autre chose qu’un acte symbolique ou une manière de se donner bonne conscience.  
    Bref, le made in france, pour le moment, c’est une offre qui répond à une demande très spécifique, une sorte de snobisme sympathique aux accents "vintage" misant sur la nostalgie hyper-référencée et décalée de bobos à fort pouvoir d’achat, mais rien de plus. Ca fait vivre quelques petits producteurs locaux, c’est déjà bien mais on est en valeur absolue sur des parts de marché infinitésimales très loin de ce qu’il faudrait atteindre pour relancer sérieusement la production française.

    Il faut arrêter de raconter n’importe quoi, ce n’est pas demain la veille que le smicard moyen pourra s’habiller des pieds à la tête en made in france, en fait ça n’arrivera jamais. D’une part, les marques ne renonceront jamais à l’attractivité des pays à bas coût de production et à la main d’oeuvre bon marché (avec l’argument social "on les a tirés de la grande pauvreté"), et d’autre part, le consommateur ne renoncera jamais aux prix bas tout simplement parce qu’il n’en a pas les moyens ni l’envie, privilégiant la quantité et le renouvellement à la qualité et à la durabilité des vêtements.



  • 3 votes
    Joe Chip Joe Chip 8 mars 11:42

    @yoananda2

    Donc en résumé nous sommes d’accord, c’est ton prisme "racial" qui t’amène à interpréter l’info d’une certaine manière et à penser que la PQR permet au moins à ce filtre-là ou à cette sensibilité d’exister.

    Je ne vois pas en quoi le fait que des Karim ou des Stéphane soient cités dans les colonnes des faits divers est un indicateur de la "complicité" supposée des journalistes de PQR dans le signalement des individus. Je pense vraiment que tu fais une projection sur de simples conventions éditoriales qui peuvent différer en fonction du médium ou du public visé.

    Par exemple si un crime est commis dans mon voisinage ça va m’intéresser de connaître l’identité de la personne dans la mesure où je serai peut-être amener à la croiser dans ma vie de tous les jours. Forcément la perspective n’est pas la même dans la presse nationale où l’information sera présentée avec des termes plus génériques : un homme a fait ci, un crime a été commis dans tel ou tel village... 
     
    J’ai pas porté de jugements de valeur il me semble (même si évidemment je ne suis pas d’accord avec toi), j’ai juste rappelé le contexte légal et les règles qui prévalent dans la presse écrite (à ma connaissance). 

    Après, tu as un point commun avec les "gauchistes", c’est que tu n’acceptes pas la positivité de la loi française. Eux, ils pensent par exemple qu’il y a ou devrait y avoir une automaticité du droit de sol, donc ils vont tordre la loi et inventer des éléments de jurisprudence pour expliquer qu’un étranger multirécidiviste a les mêmes droits qu’un Français sur le territoire national et ne peut pas être expulsé. La loi n’a en fait à leurs yeux aucune légitimité et devrait être constamment interprétée à l’aune de leur subjectivité politique ou de ce qu’ils considèrent comme des principes intangibles ou supérieurs. 
    Toi, tu considères que la nationalité n’a pas d’importance et que la race et la génétique devraient servir de guide à l’organisation de la société mais aussi à nos comportements individuels (je sais, je schématise, mais c’est l’idée de base) et comme toujours, tu as recours à des simplifications et des métaphores naturalistes grossières (comparaison avec les meutes et races de chiens, etc.) pour présenter ta vision du monde comme légitime et "naturelle".
    Moi, j’ai une vision politique de la société, ça ne veut pas dire pour autant que je nie les dimensions culturelles ou identitaires de la vie en société, ou que je considère les gens comme des "pages blanches". En ce qui concerne la "race", je ne vais quand même pas me forcer à juger quelqu’un en fonction de la couleur de sa peau et des traits culturels et psychologiques qui sont censés y être associés. Et pas seulement pour des raisons politiques ou idéologiques. Si je le faisais, j’aurais déjà des sérieux problèmes dans la vie de tous les jours. Vous me faites marrer les identitaires du net, vous vivez tous dans une piaule isolée au fin fond de la campagne où vous n’avez jamais aucune interaction avec des noirs et des arabes, ou quoi ? Vous évitez ces personnes dans la rue ou au travail pour ne pas avoir à les dévisager ou les stigmatiser ? Je suis désolé, même si je le voulais je ne pourrais pas faire ça, c’est un luxe de châtelain misanthrope à la Renaud Camus, de vieux bourgeois ou de retraité lepéniste. 
    Donc la plupart du temps, je juge les gens en fonction de leur comportement même si d’autres critères entrent naturellement en jeu (l’habillement entre autres). Après, t’es libre de faire ce que tu veux, mais quoique tu penses, la loi des hommes sera toujours là, et c’est valable pour les identitaires de gauche aussi, il ne suffit pas de fermer les yeux pour se réveiller un jour dans un monde idéal débarrassé des méchants blancs ou des immigrés.  



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 7 mars 23:25

    @yoananda2

    Alors j’ai mal compris mais tu opposais la PQR et la presse nationale dans le traitement de l’insécurité et des faits divers impliquant des minorités "visibles", ce qui n’est pas le cas. La PQR relate davantage les faits divers parce qu’elle traite par définition l’information locale mais il n’y a aucune différence avec la presse nationale en termes de déontologie ou de traitement de l’information. 

    A mon avis tu fais une confusion entre nationalité et origine. Quand un étranger est impliqué, le journal doit normalement préciser sa nationalité, ça fait partie de l’information au même titre que les circonstances, la date, le lieu... Si l’individu est Français, alors il n’y a pas lieu de préciser ses origines familiales ou ethniques réelles ou supposées, ce qui pourrait d’ailleurs être considéré comme illégal en France. 

    Evidemment, certains médias extrapolent l’information qui les intéresse (origines ethniques) à partir du nom de l’individu ou d’autres informations données par l’article. Et c’est pour cette même raison que certains journaux décident parfois de changer les noms quand les faits impliquent des Français, pour éviter que ces personnes ne soient ensuite désignées comme étrangères. Evidemment, les mecs d’extrême-droite y voient nécessairement une volonté de "cacher" l’origine des gens ou une partie de l’information, tout particulièrement quand il s’agit d’une agression ou d’une attentat, mais en fait les journalistes ne font que respecter la loi en ne donnant le cas échéant que la nationalité de l’individu.

    Reste évidemment l’ambiguïté avec la double-nationalité. Quand un franco-algérien commet un délit, les médias vont avoir tendance à cacher la nationalité algérienne alors qu’ils désigneront systématiquement quelqu’un qui possède la double nationalité franco-américaine comme "franco-américain". Sans doute parce que la double-nationalité américaine est perçue comme une information neutre ou positive, alors que la double-nationalité algérienne renvoie dans l’imaginaire collectif à la colonisation, aux problèmes liés à l’immigration, à la délinquance dans les cités, etc. 
    Ou alors ils vont le préciser dans un second temps, c’est souvent le cas après un attentat. On apprend un ou deux jours après les faits que c’était "encore" un type qui avait la double-nationalité algérienne, marocaine, ou autre.
    Là encore, cela va donner l’impression à certains que la presse cherche délibérément à occulter la "vraie" nationalité (l’origine quoi) ce qui n’est pas forcément le cas. Certains journalistes ou journaux cherchent sans aucun doute à relativiser l’origine ethnique des individus mais on ne peut pas vraiment le leur reprocher puisque c’est l’esprit même de la loi française. A l’inverse, de nombreux médias (de droite) ont commencé à prendre l’habitude d’utiliser des périphrases pour indiquer l’origine des individus quand les faits sont particulièrement marquants, en précisant par exemple qu’ils sont "issus de l’immigration" ou même "de la diversité" quand on veut mettre en avant leur origine ethnique de manière positive. 

    Donc pour moi il n’y a pas réellement de gommage ou de différence, c’est plus de l’ordre de la subjectivité ou du ressenti. 
    Un identitaire verra forcément dans l’euphémisation de l’origine une tentative de manipulation de l’information visant à cacher la réalité. Pourtant, dans la plupart des cas, ce n’est pas vraiment le traitement de cette information comme "parti-pris" qui est en jeu, mais bien la sensibilité particulière du lecteur qui interprète l’info en fonction de sa propre grille de lecture. De la même manière, un "gauchiste" verra dans toute mention de l’origine la volonté de discriminer ou d’amalgamer. Donc on est plus dans le processus d’informer au sens strict, mais dans les représentations, les imaginaires et les fantasmes.
    J’ai l’impression que la plupart des journaux essaient surtout d’éviter les emmerdes, les procès et les polémiques. A titre personnel, je trouve qu’il est discutable et inutile d’insister sur l’origine des gens. Déjà parce que dans la plupart des cas, les gens ont "compris" et effectué d’eux-mêmes les rapprochements en fonction du lieu, du prénom, etc. Inutile donc d’en rajouter quand une information est donnée de manière implicite. Ensuite parce que la règle qui consiste à indiquer la nationalité quand la personne est étrangère mais de ne pas préciser l’origine quand la personne est française me paraît adaptée et suffisante, sauf pour la double-nationalité. Dans ce cas-là les journaux devraient simplement donner l’info pour ne pas alimenter la défiance et les soupçons d’une partie de l’opinion qui est persuadée que l’on chercher à lui cacher la réalité. Enfin parce que le mode de traitement de l’information ne peut pas tenir compte de la subjectivité des uns et des autres. Je suppose que si on lit tous les deux le même prénom, la même nationalité, on en tirera pas forcément la même info. Tu verras un "signalement", un gauchiste verra une "stigmatisation" là où je verrai une simple description. 



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 7 mars 15:58

    @yoananda2

    Ce n’est vraiment pas le sentiment que j’ai en lisant la PQR. Je n’ai pas d’exemple comme ça d’articles de la presse régionale où l’on trouve des références directes à la couleur de peau ou à l’origine ethnique ou culturelle d’une personne (sauf quand celle-ci est étrangère évidemment). L’info en règle générale n’est pas ou peu éditorialisée, contrairement à la presse nationale ou aux grands journaux d’opinion.
    L’"extrême-droite" a appris effectivement à décrypter les rubriques faits divers pour corroborer sa vision de la société en proie à la partition et à la violence ethnique mais l’information est rarement reprise telle qu’elle a été publiée, ou extrapolée.

    A titre perso, je ne connais aucun titre de PQR qui ait une ligne éditoriale plus droitière que des titres comme Valeurs Actuelles ou même que le Figaro, sans parler de CNews qui est sur une ligne conservatrice.

    On part encore une fois sur du hors-sujet. Au niveau du professionnalisme et du traitement de l’info, il n’y a pas lieu de différencier la presse nationale et régionale, les journalistes qui y travaillent sont issus des mêmes formations, ils traitent techniquement l’actualité de la même manière en s’adaptant à leur lectorat, donc les griefs que l’on peut trouver aux uns sont souvent valables pour les autres. D’une manière générale, l’info est moins éditorialisée dans la PQR qui est lue par des gens de toute tendance politique. Peut-être que le mot neutralité n’est pas le plus adéquat puisqu’il est effectivement toujours très facile de répondre que la neutralité pure n’existe pas.
    Mais il n’y a pas une presse nationale "gauchiste" et une PQR "droitarde" qui alimenterait les théories d’extrême-droite, ça c’est une vision caricaturale qui ne correspond pas à la réalité. A titre perso, je pense même que l’inverse est vrai puisque les jeunes diplômés d’école de journalisme, qui sont sociologiquement plutôt de gauche, font souvent leurs classes en PQR. Il me semble d’ailleurs que Laurent Obertone, qui a travaillé longtemps en PQR, expliquait la même chose à l’époque de la publication de la France Orange Mécanique. Dans le milieu journalistique, on lui avait d’ailleurs beaucoup reproché sont exploitation des faits divers.



  • 5 votes
    Joe Chip Joe Chip 7 mars 11:46

    @sls0

    Je n’ai pas besoin que vous m’"expliquiez l’histoire" puisque nous avons sans doute accès aux mêmes informations et que je ne vous reconnais aucune autorité ou expertise particulière dans ce domaine. De plus, je ne vois pas le rapport entre le contexte de l’agression interprétée à votre sauce et ce que j’ai dit précédemment.
     
    "atteinte à la vie privée" parce que le journaliste les a repérés alors qu’ils préparaient une baston... C’est tout ce que vous inspire cette histoire "pas trop claire"...
    Pour quelqu’un qui passe son temps à critiquer les complotistes, je trouve que votre "analyse" coche toutes les cases de la rhétorique complotiste : doute systématique, accumulation de détails et déconstruction "photographique" de l’évènement, insinuations, interprétations, rejet à priori de la version des médias le tout sans donner aucune source alternative ("’union journal local, j’en sais plus que RMC") 

    La remise en cause à priori du professionnalisme ou de l’objectivité des "journalistes locaux" n’est pas non plus un argument, c’est une opinion. Si vous connaissiez d’ailleurs un peu mieux le milieu de la PQR, vous sauriez que le "politiquement correct" règne dans les colonnes de ces journaux, et tout particulièrement dans la présentation des "faits divers" qui observe toujours une neutralité stricte, au grand désespoir d’ailleurs de l’extrême-droite qui y voit la volonté de cacher ou d’atténuer la réalité de l’insécurité quotidienne ou du "grand remplacement." La PQR a d’ailleurs la réputation dans ces milieux d’être un repère de gauchistes sortis d’école de journalisme. 

    Je vous incite par exemple à consulter la couverture des polémiques récentes sur les déclarations de la ministre au sujet de "l’islamo-gauchisme" dans le journal l’Union, vous constaterez qu’on est très loin du journal de droite ou de la démagogie sensationnaliste : 

    https://www.lunion.fr/id234922/article/2021-02-20/islamo-gauchisme-la-ministre-frederique-vidal-dans-la-tourmente?from_direct=true

    Bref, cette attaque sur l’Union visant à discréditer de manière générale la presse locale et en particulier le travail de ce reporter agressé, est assez basse et sans objet. 
      
    En outre vous avez recours à un autre artifice rhétorique typique de la pensée conspirationniste, le "whataboutism" : à chaque fois qu’on oppose des éléments rationnels et factuels à vos contre-vérités, vous faites diversion sur un autre sujet ou en changeant d’approche sans répondre aux arguments qui vous ont été opposés précédemment.

    Vous avez commencé par vous abriter derrière votre version du "droit" en confondant mesure de police administrative (expulsion du territoire) et mesure judiciaire (interdiction de territoire) tout en affirmant que la justice française n’avait pas autorité pour ordonner l’expulsion d’un étranger, ce qui est faux. On ne peut que vous conseiller d’arrêter d’avoir recours à des notions de droit que vous ne connaissez pas ou que vous maîtrisez mal.
    Cet argument d’autorité n’ayant pas fonctionné, vous vous livrez ensuite à une reconstitution assez indécente et orientée des faits reposant sur une série de spéculations autour d’une soi-disant "atteinte à la vie privée" de ces petits jeunes interrompus par le photographe en plein deal ou préparatifs de bagarre. Outre l’inversion grossière de la charge, et même si tout cela paraît anecdotique au regard de la violence déchaînée contre le photographe, on pourrait comme ça vous répondre que le droit à l’intimité ne couvre pas les activités illégales sur la voie publique, et que le droit à l’information s’exerce dans ce type de situation. Dans ce domaine, il y a même une prééminence du droit à l’information (c’est à dire de la liberté d’expression), reconnue par la loi. 

    "atteinte à la vie privée" "coups et blessures sans préméditation", "charge et décharge", "pas trop claire au niveau culpabilité"

    Etiez sur place ? Etes vous en charge de l’enquête ? Travaillez-vous pour la police ou la justice ou avez-vous accès au dossier ? Si c’est le cas il faut fournir vos références ou donner très clairement vos sources. Si ce n’est pas le cas, il vaut mieux assumer votre parti-pris et ne pas vous cacher derrière des éléments de "droit" que vous instrumentalisez pour construire une thèse basée sur une interprétation subjective des faits, comme le ferait tout bon complotiste.
     
    Et qu’est-ce que cela change à la situation ? Cet homme n’aurait pas dû se trouver le territoire français à ce stade, c’est tout le fond de cette histoire et tenter de faire diversion sur une "atteinte à la vie privée" de la part du photographe ou le caractère "non préméditée" de l’agression qui viendrait remettre en cause la gravité des faits ou semer le doute quant au maintien ou non de cette personne sur le territoire, ne peut conduire que dans une impasse.



  • 5 votes
    Joe Chip Joe Chip 6 mars 22:40

    @sls0

    J’avais commencé par élaborer une longue et fastidieuse réponse mais c’est inutile.

    Vous racontez n’importe quoi, vraiment, ou vous ne savez pas de quoi vous parlez, ou vous êtes de mauvaise foi. Vous étiez parti sur l’expulsion administrative, maintenant vous êtes sur l’ITF... quant à l’argument du "si Philippot le dit..", bon, moi je suis pas Philippot, je m’en fous de ce qu’il raconte ou de sa récupération.

    L’entrée et le séjour irrégulier en France est un motif d’ITF. Par ailleurs une ITF n’est pas assortie à la "gravité" des faits mais à la qualification comme crime ou délit (ici, vols, violences en réunion, non exécution de TIG, etc.). Les infractions à la législation sur les stupéfiants et la multirécidive constituent des circonstances aggravantes qui auraient dû motiver une ITF à de multiples reprises.

    La notion de gravité ne peut entrer en compte que dans des situations très précises définies dans l’article 131-30 du code pénal (étranger exerçant l’autorité parentale et subvenant aux besoins d’un enfant, résidence habituelle et régulière en France depuis l’âge de 10 ans, ou d’une durée de plus de 15 ans...)

    Autrement dit, un étranger en situation irrégulière qui commet des délits sur le territoire français est expulsable, c’est ce qui dit positivement la loi, et les exceptions prévues ne concernent pas ce cas précis. C’est logique et simple à comprendre.

    Le fait qu’une sorte de jurisprudence relativiste se soit peu à peu substituée à la loi et imposée comme "impératif catégorique" dans l’esprit de nombreuses personnes en rendant illégitime tout contrôle des frontières ou toute expulsion d’étranger en situation irrégulière sur le territoire, quel que soit le cadre d’application de la loi, ou le cas échant en compliquant le cadre pour rendre toute expulsion impossible, n’y change rien.



  • 6 votes
    Joe Chip Joe Chip 6 mars 19:16

    @sls0

    Même d’un point de vue strictement juridico-juridique, vous racontez n’importe quoi. En effet, l’homme en question était en situation irrégulière sur le territoire français (info du ministère de l’intérieur) car le droit à l’installation en France n’est pas automatique mais conditionné pour les étrangers munis d’un titre de séjour européen :

    https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F1375

    Il y a des démarches à effectuer et des conditions à remplir pour obtenir une carte de séjour en bonne et due forme. Apparemment, ce n’était pas le cas avec cet étranger en situation irrégulière qui, ne pouvant travailler en France, était donc dans l’incapacité de subvenir à ses besoins, et aurait par conséquent dû être l’objet d’une mesure d’Interdiction du Territoire Français, laquelle, contrairement à la mesure d’expulsion, est une mesure pénale prononcée par le juge : 

    https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F2784

    L’ITF est prononcée par un juge pénal contre un étranger qui réside en France et qui a commis un crime ou un délit. Elle peut intervenir comme peine principale ou, le plus souvent, comme sanction complémentaire à une peine de prison ou une amende.

    Je suppose qu’il est moralement satisfaisant d’inventer des arguties juridiques pour donner un vernis de rationalité à des dysfonctionnements flagrants de la justice qu’il n’y a pourtant aucune raison de justifier ou d’accepter. Pouvez-vous me citer un seul pays démocratique qui appliquerait ce genre de loi et laisserait des délinquants étrangers se maintenir en toute impunité sur leur territoire ? Cette affaire sordide révèle clairement ce que tout le monde sait, de manière intuitive ou rationnelle, à savoir que le justice française, pour tout un ensemble de raisons (matérielles, politiques...) ne fait pas/plus normalement son travail et que d’innombrables exceptions et complaisances ont fini par donner l’impression à certains que la loi n’existait pas ou, à défaut, qu’elle ne devrait jamais être vraiment appliquée (au prétexte parfois qu’elle ne serait pas applicable).

    Mais en l’occurrence, la loi existe, et ce type aurait dû en réalité être expulsé après avoir commis sa première infraction. Ca ne devrait même pas faire l’objet d’un débat. La seule question à poser est par conséquent : pourquoi la justice n’a-t-elle jamais ordonné cette ITF ?

    Les propos du type de LFI sont d’ailleurs d’une absurdité déconcertante ("Il a sa place en France autant que n’importe quel récidiviste" lol) mais montrent bien l’ampleur du déni sur ces questions au sein de la gauche. Balancer comme ça que la nationalité française n’a aucune importance au regard de la récidive et qu’il n’existe pas de base en droit pour différencier des nationaux et des étrangers dès lors qu’ils sont (irrégulièrement) présents sur le territoire est un mensonge flagrant ou une méconnaissance partisane de la loi française.



  • 2 votes
    Joe Chip Joe Chip 3 mars 01:30

    Sur le en même temps macronien, j’ai pas tout à fait la même analyse. J’y vois moins une forme de cynisme politicien que de volonté un peu infantile d’être tout et son contraire, ou plutôt d’être tout à la fois, un peu comme un enfant qui pourrait s’imaginer un instant dans le rôle du voleur puis l’instant d’après dans celui du flic, avec la même intensité. 

    Il y a aussi chez lui un truc classique des manipulateurs qui consiste à renvoyer à l’interlocuteur l’image qu’il souhaite avoir en face de lui. On a donc plusieurs avatars de Macron qui s’adressent à des segments différents de l’opinion : le Macron qui parle aux jeunes, le Macron qui parle à l’électorat FN, le Macron libéral, le Macron étatiste... Je crois même que Macron est sincère quand il dénonce le privilège blanc et quand il critique les thèses décoloniales. Comme un acteur est sincère dans chacun de ses rôles. Tout ça est d’ailleurs confirmé par les gens de son entourage qui décrivent souvent sa personnalité comme une énigme.



  • 3 votes
    Joe Chip Joe Chip 3 mars 00:45

    @maQiavel

    Les personnes qui, aux USA, dénoncent la situation de la liberté d’expression dans certains campus sont loin de toutes appartenir à la droite conservatrice ou de s’inscrire dans les thématiques de cette dernière (notamment dans la dénonciation du "marxisme culturel" qui est plutôt l’apanage de la droite libertarienne).
    A vrai dire, la plupart sont aujourd’hui de gauche, du moins parmi celles qui s’expriment dans les médias. Il y a une double inquiétude sur la partition identitaire de la société (même aux USA) et sur le dévoiement des luttes progressistes et sociales au profit d’une lecture exclusivement ou prioritairement raciale ou genrée de la société. 
    Une histoire a mis récemment en perspective ces inquiétudes, quand un concierge et un agent d’entretien ont été immédiatement mis à pied après avoir été accusés de racisme par une étudiante noire d’un campus féminin élitiste à 78000$ de frais de scolarité annuels. Un simple quiproquo avait été interprété par cette dernière comme un acte discriminatoire remettant en cause sa présence dans l’établissement. En gros, elle mangeait dans un espace réservé aux femmes et avait été confondue de loin avec un homme par le concierge vieillissant, qui avait demandé à l’agent d’entretien de lui faire quitter les lieux. Arrivé sur place, l’agent d’entretien comprit aussitôt la méprise et s’excusa auprès de la jeune femme.
    On n’a même pas voulu les entendre avant que l’accusation ne se dégonfle et que l’administration ne soit contrainte de les réintégrer, sans un mot d’excuse, mais non sans que leur réputation ait été détruite.
    Cet argument du détournement des luttes sociales n’est certes pas neuf, dans une certaine définition orthodoxe de la gauche, mais il a été ravivé ces dernières années aux USA, notamment au sein de la gauche socialiste mais aussi par des sociologues qui voient les taux d’illettrisme et de consommation de drogues exploser dans le prolétariat jeune et blanc, bien plus que dans les autres catégories ethniques. Or, une analyse intersectionnelle bornée finira toujours par conclure que ce petit blanc illettré n’a pas subi d’oppression "systémique" et est par conséquent moins à plaindre, par exemple, qu’une femme noire travaillant comme secrétaire dans une société dont les postes de direction seraient majoritairement occupés par des hommes blancs. Les plus cyniques ou blasés diront même qu’il a mérité son sort (car ces "woke" sont aussi des fondamentalistes de la méritocratie, croyant que toute position dans la société ne peut être qu’héritée à défaut d’avoir été méritée) ou qu’il a fait mauvais usage de son privilège blanc et ne mérite donc aucune compassion ni même un regard objectif ou neutre sur sa situation. Pourtant le fait que des "petits blancs", comme on appelle désormais tous les blancs pauvres, y-compris en France, se retrouvent dans cette situation démontre assurément le rôle essentiel joué par l’environnement dans le destin social d’une personne. Les antiracistes sincères devraient donc se saisir de cette réalité pour proposer une vraie "déconstruction" des stéréotypes raciaux. D’autres, aux USA mais aussi en Angleterre, ont même proposer de cibler cette population pauvre, blanche, souvent rurale ou périurbaine, par une politique éducative déterminée, un peu comme cela avait été fait dans les ghettos noirs. Evidemment, ces propositions ont aussitôt été taxées de racisme. 

    Donc, plus que de l’extrémisme, c’est une forme de mauvaise foi ou de double langage qui est reprochée à cette gauche identitaire, qui d’un côté prétend déconstruire les identités, tout en les essentialisant de l’autre à des fins politiques.

    Je n’ai pas examiné les statistiques à ce sujet, mais si on devait se borner à l’étude des statistiques officielles, alors il faudrait par exemple conclure qu’il n’existe en France aucun climat "anti-musulman" puisque les agressions quantifiées contre les musulmans sont en recul global depuis plusieurs années, au point que certaines officines islamistes ont tenté de monter des affaires d’islamophobie de toute pièce, ou inventé des faux témoignages de musulmanes pour la presse anglo-saxonne (j’ai par exemple appris dans le new york times qu’en France les femmes voilées n’avaient pas le droit d’aller à l’école et subissaient quotidiennement des lynchages). 
    L’étude que tu cites ne semble d’ailleurs pas prendre en compte l’auto-censure, qui est comme tout le monde le sait le principal mode de censure dans les milieux où certaines opinions peuvent valoir l’opprobre ou un licenciement à ceux qui les profèrent. Or, il est par définition impossible de quantifier ou de qualifier cette auto-censure, qui se traduit le plus souvent par des adaptations ou des renoncements subtils que le sujet ne ressentira même pas comme une forme de contrainte (puisqu’elle est intériorisée et assimilée à travers le comportement).

    Le phénomène, en tout cas, est bien réel, et assez symétrique de l’identitarisation de la droite. Les identitaires de droite sont plus dangereux car ils sont moins éduqués et en règle générale plus pauvres que les identitaires de gauche qui peuvent sévir dans leur bulle cognitive. Il y a aussi une dimension sectaire assez spécifique à la droite américaine dans ces milieux où l’on confond Jésus et Donald Trump dans un joyeux bordel millénariste.
    Le problème c’est que cette bulle est visiblement devenue dominante et assez exclusive dans certains domaines (sciences humaines essentiellement, mais pas que).



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 2 janvier 23:54

    Je voulais dire que tout ce qui se passe de l’autre côté de l’atlantique arrive ici, en léger différé... 



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 2 janvier 23:51

    @Qaspard Delanuit

    Le ’marxisme culturel’ n’est pas un concept politique mais une théorie du complot issue de la droite conservatrice américaine qui n’a absolument rien à voir avec ce dont je parle. 

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Marxisme_culturel

    Les gens qui dénoncent le soi-disant "marxisme culturel" ne "déplorent" aucunement la substitution d’un paradigme essentiellement économico-social par un paradigme subjectiviste axé sur les questions d’identité. Au contraire, ils insistent pour dire qu’il s’agit de la simple continuation d’un courant de pensée d’origine européenne visant à détruire la culture occidentale, enfin américano-centrée, wasp, chrétienne, etc. 

    Pas la peine de préciser que je ne souscris à rien de tel et que pour moi il n’existe aucune conjuration de gauchistes multiculturalistes ayant juré la perte de l’Occident. D’ailleurs, de mon point de vue, la gauche identitaire américaine et la droite conservatrice américaine sont les deux faces de la même pièce. Le fait que ce paradigme soit en train de s’imposer en France, aussi bien à gauche qu’à droite montre à quel point nous sommes en voie d’américanisation accélérée ; tout ce qui se passe ici arrive de l’autre côté de l’atlantique, en léger différé. Après tout, on pourrait s’attendre à ce que des réacs authentiques cultivent des références "nationales" (Bernanos, Maurras, Joseph de Maistre, voire Charles Baudelaire ou Chateaubriand) au lieu de recycler et de ressasser toutes les lubies de la droite libertarienne américaine (pro-trumpisme, Qanon, critique du "marxisme culturel"...).

    Ce que vous faites s’appelle un biais de projection ou de faux consensus 
    (sous la forme du syllogisme : "Jean-Marie Le Pen dit que le soleil se lève, vous venez de dire que le soleil se lève, par conséquent vous devez être lepéniste"). Je vous laisse libre de vos pensées et de vos convictions, merci de me laisser libre des miennes sans y voir une confirmation ou une corroboration de vos propres idées.



  • 1 vote
    Joe Chip Joe Chip 2 janvier 22:28

    Déjà, de quoi on parle quand on dit "la gauche" aujourd’hui... il est pratiquement devenu impossible de définir ce terme sur le plan économique ou même social : il n’y a plus de prolétariat au sens marxiste du terme, il n’y a même plus de classe moyenne ou de salariat vraiment homogène mais une "atomisation" des conditions qui rend toute lecture de classe difficile, raison pour laquelle d’ailleurs une partie de "la gauche" s’investit maintenant dans les luttes identitaires, là où les lignes de fracture sont claires et visibles, même lorsqu’elles sont en grande partie subjectives : résultat, alors que "la gauche" marxisante n’avait que le mot "réel" à la bouche il y a 40 ou 50 ans, aujourd’hui c’est la subjectivité qui prime dans l’analyse de la société et des rapports de force, et pas n’importe laquelle, la subjectivité revendiquée, assumée comme parti pris légitime. C’est déjà une énorme différence par rapport à la gauche historique qui faisait du dépassement jusqu’au refoulement parfois excessif de la subjectivité (associée à l’idéalisme bourgeois trompeur) la condition même du combat politique. Ca peut d’ailleurs aller très loin, certains militants de gauche américains défendent ouvertement l’idée de déconstruire une partie de la réalité historique en d’en livrer une version délibérément mensongère 
    pour correspondre à leur vision idéologique de la réalité, en protestant, par exemple, contre tel jeu vidéo se déroulant dans la Bohême médiévale dans lequel on ne verrait aucun noir (ce n’est pas un délire de ma part, ça a existé), ou en demandant le remplacement systématique de tel ou tel personnage associé au canon du récit héroïque occidental par un personnage issu d’une minorité visible, et ce en dehors de tout contexte ou cohérence historique. 
    Et quand la question sociale est posée, elle est presque systématiquement mise à côté de la question de "l’origine" au sens identitaire du terme qui est même devenue la question première pour une partie de "la gauche". Aux USA certains sociologues s’alarment par exemple que l’augmentation exponentielle de la consommation de drogues dures ou de l’illettrisme au sein du "prolétariat blanc" soient quasiment devenues des tabous pour une partie de la gauche américaine. Les socialistes américains sont d’ailleurs assez critiques aujourd’hui envers les tenants des "identity politics" auxquels ils reprochent d’avoir bradé la question sociale au profit de luttes faisant parfois le jeu des capitalistes.
    Et en France, plus personne à gauche (à part peut-être un Piketty de manière assez abstraite et théorique et un Lordon dans un registre confidentiel et un peu sectaire) ne parle réellement d’économie, du niveau des salaires, de la généralisation de la précarité... en revanche il est chaque jour question dans les médias (et bien sûr sur les réseaux sociaux) de religion, de race et d’identité, Macron d’ailleurs prenant bien soin de brosser les uns et les autres dans le sens du poil avec son "en même temps". Car autant il était difficile de confondre défense du capital et défense du prolétariat sans se compromettre intellectuellement ou idéologiquement, autant l’identité est un critère beaucoup plus fluide et subjectif qui permet de balancer d’un côté ou de l’autre en fonction de l’actualité ou du public visé, rendant ainsi possible toutes les manipulations. Un coup je dénonce ces gauchistes adeptes du chaos reprenant les thèses indigénistes et coloniales, un coup je te balance en interview une petite périphrase sur le "crime de l’humanité" de la colonisation et le privilège blanc. Le pire c’est que cette incohérence marche sur le plan politique, un peu comme si les gens avaient acté le fait que la politique ne pouvait plus consister qu’à dire aux uns et aux autres ce qu’ils avaient envie ou besoin d’entendre. Ainsi se côtoient dans l’espace publique des discours opposés que tout le monde finit par tenir pour un peu vrai, chacun reconnaissant dans la subjectivité de l’autre le reflet inversé de sa propre subjectivité. Un Macron peut ainsi dénoncer simultanément la culture de la victimisation tout en affirmant l’existence du privilège blanc, sans que cela ne dérange personne. C’est un peu comme si je disais que les gens qui croient aux extraterrestres sont des mythomanes délirants, tout en concédant qu’il y a sans doute une part de vérité dans les histoires d’ovnis et de petits hommes verts (ou gris, pas d’essentialisme...). 
    Donc aujourd’hui, c’est difficile de dire ce qu’est un pauvre, un prolétaire, ou un homme (ou une femme, pas de sexisme) de gauche en se contentant de citer des indicateurs économiques objectifs. En revanche tout le monde voit ou croit savoir ce qu’est un "musulman", un "français de souche", voire un "bobo" qui est devenu un terme identitaire fustigeant des habitus culturels identifiés à une partie de la classe moyenne urbaine. 



  • 4 votes
    Joe Chip Joe Chip 21 décembre 2020 17:07

    @ZardoZ

    Par ailleurs les économies réalisées par la réforme des systèmes existants permettraient sans doute de financer une bonne partie de ce revenu.
    Mais le vrai verrou est psychologique. L’homme est tellement conditionné par le travail depuis l’existence des sociétés organisées que la seule idée de ne plus devoir travailler pour vivre constitue aux yeux de certains une proposition anthropologique impossible à accepter. On présume donc que l’homme, délié de cette obligation du travail se mettrait à dégénérer, à ne plus rien faire, à sombrer dans une oisiveté abrutissante. 

    En réalité un nombre grandissant d’économistes constate qu’une part de plus en plus faible du revenu des ménages est consacrée à la consommation utilitaire. Par conséquent, on ne pourra pas continuer à baser l’organisation sociale sur ce mode de production révolue où le travail permet la consommation et inversement. 
    L’automatisation et l’Intelligence Artificielle vont également supprimer la plupart des fonctions exécutrices, manuelle ou intellectuelles, libérant de l’obligation du travail une part grandissant d’individus qui ne pourront pas tous êtres reclassés ou reformés.
    Ensuite, beaucoup d’économistes dénoncent aussi le remplacement du travail d’autrefois (qui apportait un salaire mais aussi un statut dans la société) par les "bullshit jobs" ou boulots précaires qui n’ont parfois aucune utilité sociale sinon de maintenir superficiellement des gens dans l’emploi. 
    Comme il n’y a plus assez de travail pour tout le monde, on parle désormais de maintenir les gens dans l’employabilité, et donc en gros, on entraîne les gens à être de "bons" chômeurs, qui remplissent docilement leur fiche à la fin du mois, enregistrent leurs démarches, suivent des formations et des ateliers bidons qui coûtent en réalité beaucoup plus qu’ils ne rapportent. Plus rien ne justifie ce paternalisme institutionnel.
    La vérité c’est qu’on ne sait pas ce que feront les gens avec ce revenu universel. Certains en profiteront pour vivoter dans leur coin, c’est certain, et après tout, cela existait déjà avant que le principe du salariat s’impose. Des tas de gens, riches et pauvres, vivaient sans occupation statutaire ou suivie. 
    Mais beaucoup en profiteront sans doute pour reprendre des études, se consacrer à des activités peu lucratives mais socialement utiles sans avoir besoin de recourir à des administrations complexes (et coûteuses). Les plus ambitieux continueront de s’investir dans une carrière ou à vouloir gagner de l’argent ou acquérir un statut plus élevé. 
     Donc oui je pense qu’on y viendra naturellement, et que ce revenu universel accompagnera d’autres évolutions, notamment sur le plan démographique et environnemental. 



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 21 décembre 2020 16:30

    @Tchakpoum

    Rapport avec la situation ?

    Je suis content que vous soyez en bonne santé grâce au vinaigre de cidre, ceci étant dit, je crois que vous ne comprenez pas ce qu’est la vaccination : on ne vaccine pas pour protéger des individus, ou pas directement, mais pour "construire" une immunité de groupe que le virus finirait par engendrer naturellement mais après une période de temps indéfinie.
    De ce point de vue, il est parfaitement légitime de dire que le vaccin peut comporter des risques pour l’individu tout en conservant son intérêt sanitaire à
    l’échelle du groupe. Cela illustre parfaitement ce que je disais sur l’individualisme et l’aversion aux risques. Je ne dis pas ça pour vous accabler, nous sommes tous concernés.
    Et je ne crois avoir entendu nulle part que la vaccination était un remède miraculeux. 



  • vote
    Joe Chip Joe Chip 21 décembre 2020 16:20

    @yoananda2

    analyse de surface de la situation. Descriptive, clinique même je dirais : on dirait un médecin qui vient poser des mots savant sur un symptôme, genre "mal de gorge" devient "dysphasie" ...

    Proposez votre analyse "profonde" alors. Ce ne sont pas des arguments.