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Commentaire de Schweizer.ch sur Bernard Friot sur le salaire universel à CSOJ - Agoravox TV

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Commentaire de Schweizer.ch

sur Bernard Friot sur le salaire universel à CSOJ


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Schweizer.ch 13 juin 2013 10:47

« Le seul intérêt d’un dirigeant, c’est son réseau de relation dans les salons privés, leur valeur ajouté s’arrête strictement là, et ils sont beaucoup trop payés pour une compétence restaurant/golf (je caricature un peu). » (Dubitatif)


 Friot est contagieux, je vois, et c’est logique de la part d’un gourou. Mais, personnellement, je préfère le portrait du patron que Jaurès publiait dans la "Dépêche de Toulouse" du 28 mai 1890, sous le titre "DIRIGER" :


« Il n’y a de classe dirigeante que courageuse.

« A toute époque, les classes dirigeantes se sont constituées par le courage, par l’acceptation consciente du risque.

« Dirige celui qui risque ce que les dirigés ne veulent pas risquer.

« Est respecté celui qui, volontairement, accomplit pour les autres les actes difficiles ou dangereux.

« Est un chef celui qui procure aux autres la sécurité, en prenant sur soi les dangers.

« Le courage, pour l’entrepreneur, c’est l’esprit de l’entreprise et le refus de recourir à l’Etat  ; pour le technicien, c’est le refus de transiger sur la qualité ; pour le directeur du personnel ou le directeur d’usine, c’est la défense de la maison, c’est dans la maison, la défense de l’autorité et, avec elle, celle de la discipline et de l’ordre.

« Dans la moyenne industrie, il y a beaucoup de patrons qui sont à eux mêmes, au moins dans une large mesure, leur caissier, leur comptable, leur dessinateur, leur contremaître ; et ils ont avec la fatigue du corps, le souci de l’esprit que les ouvriers n’ont que par intervalles.

« Ils vivent dans un monde de lutte où la solidarité est inconnue.

« Jusqu’ici, dans aucun pays, les patrons n’ont pu se concerter pour se mettre à l’abri, au moins dans une large mesure, contre les faillites qui peuvent détruire en un jour la fortune et le crédit d’un industriel.

« Entre tous les producteurs, c’est la lutte sans merci ; pour se disputer la clientèle, ils abaissent jusqu’à la dernière limite, dans les années de crise, le prix de vente des marchandises, ils descendent même au dessous des prix de revient.

« Ils sont obligés d’accepter des délais de paiement qui sont pour leurs acheteurs une marge ouverte à la faillite et, s’il survient le moindre revers, le banquier aux aguets veut être payé dans les vingt-quatre heures.

« Lorsque les ouvriers accusent les patrons d’être des jouisseurs qui veulent gagner beaucoup d’argent pour s’amuser, ils ne comprennent pas bien l’âme patronale.

« Sans doute, il y a des patrons qui s’amusent, mais ce qu’ils veulent avant tout, quand ils sont vraiment des patrons, c’est gagner la bataille.

« Il y en a beaucoup qui, en grossissant leur fortune, ne se donnent pas une jouissance de plus ; en tout cas, ce n’est point surtout à cela qu’ils songent. Ils sont heureux, quand ils font un bel inventaire, de se dire que leur peine ardente n’est pas perdue, qu’il y a un résultat positif, palpable, que de tous les hasards il est sorti quelque chose et que leur puissance d’action est accrue.

« Non, en vérité, le patronat, tel que la société actuelle le fait, n’est pas une condition enviable.

« Et ce n’est pas avec les sentiments de colère et de convoitise que les hommes devraient se regarder les uns les autres, mais avec une sorte de pitié réciproque qui serait peut être le prélude de la justice ! »


« Vous préférez qu’on aille tous dans le mur… » (Dubitatif)


 Parce que vous croyez que Friot nous évitera le mur, le cas échéant ? Pourquoi pas Beppe Grillo, pendant que vous y êtes ?


 « …pour votre petit confort mental alors qu’on a de moins en moins de travail et de ressources à partager. » (Dubitatif)


 Ce n’est pas tellement mon petit confort mental qui est en cause que les délires mystiques de certains utopistes, qui non seulement ne tiennent aucun compte de la nature humaine, mais encore nient son existence, parce qu’ils y sont contraints pour faire tenir leurs aberrantes théories debout.


« Friot propose que chacun soit le propriétaire de son espace et de ses outils de travail. Le boulanger possède sa boulangerie, les ouvriers possèdent leur usine. » (Gaspard Delanuit).


Ce qui me rappelle ce petit morceau d’humour soviétique, qui figure dans un certain nombre de recueils : un ouvrier est planté devant un établissement industriel qu’il contemple, et il dit "Que j’en sois propriétaire, ça, je le comprends, mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi je viens de me foutre à la porte..."


« Mais beaucoup de profiteurs (faisant du profit avec le talent et le travail des autres) se nomment frauduleusement entrepreneurs sous prétexte qu’ils possèdent l’entreprise... » (Gaspard Delanuit).


 Beaucoup ? Carton garanti au "Café du Commerce" avec un adverbe de ce genre... Alors quelle proportion de dirigeants et quelle proportion d’emplois touchés par ce phénomène dans l’ensemble du pays ?


 « Quand Friot parle de parasitisme, il parle surtout de gens qui gagnent 200 à 400 fois un salaire minimal de travailleur... » (Gaspard Delanuit).


 Et bien, il doit le préciser parce que le "Café du Commerce" le prend au premier degré, et ne va pas plus loin. Mais, après tout, c’est peut-être ce qu’il escompte, Friot...


 A cela, Jean-Marie Rouart a très opportunément rappelé, à ce frénétique de l’égalitarisme, le rôle décisif des élites d’un pays : "La France est constituée par quoi ? Elle est constituée par qui ? Elle est constituée par tous les grands entrepreneurs, tout ce qui a constitué la richesse et même la civilisation... de Louis Renault, de l’automobile, de l’aviation, ce sont de grands inventeurs, de grands industriels."


 Rouart complète Jaurès et, dans le même temps, il rejoint le comte de Saint-Simon, qui écrivait à la fin du XVIIIe siècle, ou au début du XIXe : « Si la France perdait subitement ses cinquante premiers savants, ses cinquante premiers artistes, ses cinquante premiers fabricants, ses cinquante premiers cultivateurs, la nation deviendrait un corps sans âme, elle serait décapitée. Si elle venait au contraire à perdre tout son personnel officiel, cet événement affligerait les Français parce qu’ils sont bons, mais il n’en résulterait pour le pays qu’un faible dommage. »


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