Un rare sens de la langue, une perfection de l’écriture doublée d’un art de la formule d’une redoutable efficacité ; le grand style du rythme de la phrase française dans toute sa pureté. Ici, pas de lourdeur, de mots rares et savants, de pédantisme de littérateur, de démonstrations forcées ou d’interminables phrases indigestes : la prose Voltairienne (bien moins son théâtre) est un modèle du genre.
Je ne résiste pas à l’envie de citer ici le début cette célèbre lettre (mais il y en a tant d’autres de savoureuses) dans laquelle il répond à Rousseau (qui reste mon favori, mais comment ne pas reconnaître le talent de l’Arouet ?) :
"J’ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain ; je vous en remercie ; vous plairez aux hommes à qui vous dites leurs vérités, et vous ne les corrigerez pas. Vous peignez avec des couleurs bien vraies les horreurs de la société humaine dont l’ignorance et la faiblesse se promettent tant de douceurs. On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre Bêtes. Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j’en ai perdu l’habitude, je sens malheureusement qu’il m’est impossible de la reprendre. Et je laisse cette allure naturelle à ceux qui en sont plus dignes que vous et moi. Je ne peux non plus m’embarquer pour aller trouver les sauvages du Canada, premièrement parce que les maladies auxquelles je suis condamné me rendent un médecin d’Europe nécessaire, secondement parce que la guerre est portée dans ce pays-là, et que les exemples de nos nations ont rendu les sauvages presque aussi méchants que nous. Je me borne à être un sauvage paisible dans la solitude que j’ai choisie auprès de votre patrie où vous devriez être."