"La réalité est bien plus simple : ce sont les princes et les lettrés byzantins qui ont apporté en occident des bibliothèques entières à la chute de Constantinople."
Pas seulement.
De Beat Kappeler, dans le quotidien "Le Temps" (Genève) du 10 mai 2008, sous le titre "Voir Saint-Gall et comprendre l’Europe" ;
A qui l’Europe doit-elle sa culture et sa science précoce, qui se basait sur l’Antiquité ? Aux moines du couvent de Saint-Gall des années 750 et suivantes, par exemple. Le débat fait rage de savoir si l’Europe a dépendu de la transmission de ce savoir par le détour des traductions dans le monde islamique. Des intellectuels politiquement corrects se précipitent pour l’affirmer et pour contrer la thèse de l’indépendance intellectuelle européenne, publiée par Sylvain Gouguenheim.
Et bien, il ne faut pas ergoter longuement - les témoignages matériels d’une transmission autochtone et indépendante en Europe même reposent dans la fameuse bibliothèque du couvent de Saint-Gall. Je les ai vus de mes propres yeux lors des expositions bisannuelles de ses trésors, au cours des quarante dernières années. Il s’agit, par exemple, de pratiquement tous les écrits de Saint-Augustin, né en 354 dans l’Afrique du Nord romaine, et du catalogue de toutes ses œuvres. Les traductions d’Aristote par le romain Boèce, né en 480, se trouvent à Saint-Gall. Mieux, elles ont été traduites en un allemand ancien par le fameux moine Notker dit « l’Allemand », né en 950.
La synthèse du savoir antique en sciences, réalisée par l’anglais Beda Venerabilis, né en 672, a été collectionnée par Saint-Gall à partir de l’an 750. Et l’œuvre d’Isidore de Séville (http://www.cesg.unifr.ch), né en 560, une somme du savoir scientifique antique, se trouve à Saint-Gall en des versions datant de l’an 650 environ. Ces écrits d’Isidore, sous le titre grec d’Ethymologiae, ont été cités dans pratiquement chaque œuvre scientifique du Moyen Age. La très riche abbaye de Saint-Gall les copiait à tour de bras pour les envoyer et les troquer partout. Elle en conserve un exemplaire magnifique réalisé en 760 par le moine Winithar.
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