Bonjour Machiavel,
J’en viens à vos remarques :
Point 1
"Tocqueville ne pouvait pas critiquer la démocratie en Amérique tout simplement parce que ça n’a jamais existé là bas, "
---> Très sincèrement, je ne comprends pas cette remarque dans la mesure où le sujet n’est pas de savoir si l’Amérique était ou n’était pas une authentique démocratie du temps de Tocqueville mais de la critique qu’il faisait de la démocratie en général (c’est à dire dans son essence même) et de la "tyrannie de la majorité" (donc du nombre) en particulier, tout comme sa critique de la passion des peuples pour l’égalité au sens large. Et de ce point de vue, notamment sur l’importance inhérente au "nombre", il y a une convergence de vue plus qu’évidente entre Tocqueville et Le Bon.
Point 2
"vous vous axez sur la critique de l’ochlocratie (et non de la démocratie, je mets le bon mot) mais pas sur celle de l’oligarchie. Le problème avec les aristocrates, c’est la critique de l’horizontalité (qui est souvent pertinente) mais l’absence de critique de la verticalité. Moi je pense que pour critiquer les régimes modernes, il faut critiquer les deux."
---> Et bien premièrement, je vous certifie que Gustave Le Bon, (je vais préciser "selon moi" pour vous faire plaisir

) ne se contente pas d’exercer une critique seulement de l’ochlocratie (foules) mais qu’il critique AUSSI la démocratie en tant que telle. (relisez mon extrait sur le suffrage universel). D’ailleurs, si vous lisez "psychologie du socialisme", c’est encore plus net.
Deuxièmement, vous me dites que je ne mets pas l’accent sur la critique de l’oligarchie ? Je ne l’ai certes pas fait ici mais je n’ai aucun problème pour le faire dans la mesure où l’oligarchie, comme vous le savez, n’a rien à voir avec l’aristocratie (= gouvernement des "meilleurs") mais à tout à voir avec du parasitisme qui n’est qu’une conséquence de la démocratie, donc de l’horizontalité. Là où je suis en désaccord total avec vous, c’est que l’oligarchie, (du moins celle à laquelle vous pensez en me parlant de BHL et de tous les "lobbies" en général) n’a strictement aucun rapport avec une quelconque verticalité. La verticalité est une inégalité naturelle, pas une inégalité subie et injustifiée.
Point 3
Concernant l’importance à accorder à la raison, je vais certainement vous surprendre mais je n’ai pas de vraies certitudes sur ce sujet

. En fait, lorsque Eric Gueguen évoque l’importance pour les humains en général à exercer le plus possible leur ’raison’, je suis d’accord avec lui surtout à notre époque où tout devient de plus en plus irrationnel. Par exemple, au travers de nos échanges ici, je pense que seule la raison devrait importer.
Par contre, s’agissant des hommes de pouvoir, je pense que c’est bien plus complexe car, selon moi toujours, ceux qui exercent le pouvoir devraient faire partie de l’élite (toujours ma verticalité) et donc tendre vers la grandeur. Or pour tendre vers celle-ci, la ’raison’ à elle-seule ne suffit pas car il faut en plus ce petit ’grain de folie’ qui pousse l’homme de pouvoir à "forcer" quelquefois les événements, donc à prendre des risques. Pour l’illustrer, je prendrais l’exemple de Pétain et de De Gaulle. Ainsi Pétain, lorsqu’il signa l’armistice et entreprit sa politique de collaboration s’est inscrit dans une démarche parfaitement rationnelle : il a pris en compte le contexte, les rapports de force en présence et en a conclu que la seule voie possible (la moins mauvaise) pour la France était d’engager une collaboration active avec l’ Allemagne. Par contre DeGaulle, et tous ceux qui l’ont suivi dès 1940, ont agi avant tout par passion patriotique.
De même, selon moi, François hollande, quelques soient ses défauts par ailleurs, me semble être quelqu’un de parfaitement rationnel, trop même et c’est justement ça le gros problème de la France depuis 40 ans : tout est terne, fade, froid,...il n’y a plus aucune prise de risque, les politiques n’entreprennent plus rien de sérieux, ils subissent tout et gèrent le pays de manière purement comptable. De manière générale, le gros problème des politiques est qu’ils n’ont plus de sens patriotique. Or le patriotisme n’est pas rationnel. Et pourtant, c’est un sentiment qui élève les hommes dans cette verticalité qui manque tend aujourd’hui...