@MaQ
Bon ça y est, me revoilà pour de bon

En fait, je me répète mais, en prenant tranquillement le temps de relire nos échanges, je vous assure que je ne vois vraiment pas d’énormes différences entre nos deux "visions" de l’individualisme. Sincèrement. D’après ce que je crois comprendre, vous tiquez principalement sur la notion de "liens" qui est effectivement différente entre nous, puisque vous bornez ces liens aux "liens sociaux" tandis que moi j’y ajoute ce que j’appelle une composante verticale de transcendance dans l’amour que l’on porte à sa communauté d’appartenance.
Mais au global, honnêtement, on a eu des désaccords beaucoup plus prononcés que ça au cours de nos différents échanges, ne trouvez-vous pas ? Je vous rassure : je ne cherche pas absolument à être d’accord avec vous là-dessus (je m’en fous éperdument) mais c’est vraiment mon sentiment.
Maintenant, en vous relisant et toujours à propos de ces fameux liens, j’ai de plus en plus la nette impression de comprendre la raison pour laquelle vous y voyez un désaccord entre nous. Et de manière générale quand je vous lis sur différents sujets, j’ en suis de plus en plus convaincu :
Mon cher Machiavel, vous êtes fondamentalement, à mes yeux,
un humaniste
.
Or, lorsque vous avez tenté, à plusieurs reprises, de m’expliquer en quoi votre vision de l’individualisme différait de la mienne, j’ai fini par en déduire que c’est la notion d’humanisme et non de l’individualisme (même si l’une est la conséquence de l’autre comme je vais le montrer) que vous aviez fondamentalement à l’esprit.
Je m’explique ; l’humanisme est aussi, selon mon vocabulaire, une horizontalité car il place l’homme (comprendre le genre humain) au centre de son paradigme. Et effectivement, l’homme générique ne désigne pas forcément une unité (= individu) comme l’individualisme mais peut tout aussi bien désigner une collectivité humaine ayant des liens sociaux de type horizontaux. Et je suis persuadé (mais vous allez évidemment m’affirmer le contraire) que c’est cela que vous avez présent à l’esprit.
Cela dit, encore une fois, l’humanisme n’est qu’une étape dans le processus d’individualisation, puisque après avoir distendu les liens verticaux des sociétés (nature, divinité, patriotisme,...), l’individualisme finit par distendre progressivement les liens horizontaux (liens sociaux entre les individus) pour réduire progressivement le prisme de la société à son unité élémentaire = l’individu !
Ensuite, je reviens sur quelques remarques :
"Dieu est un moyen d’avoir une vie terrestre heureuse, de s’ enrichir ( la théologie de la prospérité ) et le salut n’ est même plus une fin en soi."
---> Alors là, j’avoue que vous m’en bouchez un coin ! Vous êtes vraiment la première personne qui me dise ça ! En ce qui me concerne, je ne connais pas l’évangélisme américain, mais je connais en revanche très bien le milieu évangélique français qui, pour certaines communautés de type "charismatique", est complètement calqué sur le modèle des communautés américaines ! Et je peux vous garantir que ces communautés n’ont que "Dieu", le "Saint-esprit" , la "conversion" ou encore le "baptême du Saint-esprit" à la bouche. Ce sont les seules communautés chrétiennes que je connaisse qui ne pensent qu’à cela 24h/24. Alors si maintenant vous me dites qu’elles se foutent du Salut

!!!
"Mais pour l’anarchiste, ce qui compte, ce sont les liens sociaux, la solidarité, le partage avec ses semblables.
L’américain moyen n’en a rien à foutre de tout ça, et selon ma définition de l’individualisme (et selon celle de la plupart des gens), l’anarchiste est bien moins individualiste que l’ américain moyen !"
---> Je suis en désaccord total avec ça ! L’américain moyen est libéral et anti-égalitariste tandis que le français moyen est antilibéral, égalitariste ET individualiste.
Ce que vous appelez "partage", les américains appellent ça ’assistanat’ à partir du moment où ce partage est d’ordre public. Par contre, en terme de rapports privés, les américains sont beaucoup plus généreux que les français.
Je ferais volontiers le parallèle entre les communautés protestantes françaises de type luthériennes/réformées avec les communautés de type évangéliques très libérales où les premières ont des discours très axés sur les "actions sociales" mais dont les églises sont vides car les membres ne tissent aucun lien de fraternité entre eux, tandis que les secondes ne parlent que très peu de liens sociaux mais remplissent leurs églises et établissent de vrais liens de fraternité. N’êtes-vous pas frappé des liens fraternels dans les églises évangéliques qui sont effectivement plutôt de tendance libérale ? Comment expliquez-vous que les églises "traditionnelles" qui ont plutôt un discours de "gauche" (social) se vident alors que les églises évangéliques sont pleines à craquer ?