"Le tribunal correctionnel de Bobigny a commencé lundi à entendre les
acteurs présumés d’une filière d’immigration clandestine depuis le
Maroc, dont, fait rare, un avocat accusé d’être devenu leur complice.
« Faute de pouvoir lutter efficacement contre l’immigration
clandestine, on s’attaque à l’avocat (...) qui a brûlé des centaines
de procédures de la police aux frontières (PAF) », c’est-à-dire qui a
fait libérer quantité de sans-papiers suite à des erreurs de forme
commises par les forces de l’ordre, a lancé en marge de l’audience Me
Michel Stansal, l’un des avocats de Me André Mikano, qui risque 10 ans
de prison.
Passeurs, fonctionnaires convaincus de corruption, petites mains :
sept personnes se sont présentées au tribunal. Peu diserts, les
premiers prévenus ont fourni des explications contradictoires,
auxquelles Me Mikano a réagi par de larges sourires lorsqu’elles
semblaient le dédouaner. Cet avocat du barreau de Bobigny comparaît pour
aide, en bande organisée, à l’entrée et au séjour irrégulier de
sans-papiers marocains, arrivés entre 2007 et 2010 à l’aéroport de
Roissy Charles-de-Gaulle.
Il a déjà passé un mois et demi en prison
Fait rare pour un avocat mis en cause dans l’exercice de ses
fonctions, il a passé un mois et demi en prison, au printemps 2013, pour
une affaire très similaire, toujours à l’instruction et impliquant
des sans-papiers philippins. Le barreau de Bobigny, qui estime que
l’audience de lundi touche au « principe » même du métier d’avocat, l’a
alors soutenu, refusant de le suspendre de ses fonctions.
Dans l’affaire jugée depuis lundi, des sans-papiers payaient
plusieurs milliers d’euros à leurs passeurs au Maroc pour des billets
d’avion pour le Brésil avec un changement à Paris. A Roissy, guidés par
téléphone portable dans les coursives et parfois au-delà à travers
les pistes de l’aéroport, ils tentaient d’échapper aux contrôles de la
police aux frontières (PAF) pour entrer illégalement en France.
S’ils étaient interpellés, c’est Me Mikano qui devait oeuvrer à leur
libération en assurant leur défense au tribunal de Bobigny, moyennant
parfois 1.500 euros versés en liquide. Selon l’accusation, écoutes
téléphoniques à l’appui, Me Mikano était « l’avocat attitré » de cette
filière d’immigration clandestine, pour laquelle il travaillait
« sciemment ». Ses honoraires étaient fixés « à l’avance » par le réseau,
avant même qu’il ne connaisse l’identité de ses clients."
Cet avocat aussi aurait mérité d’être entendu par les journalistes de la dissidence.
Mais ça n’a pas intéressé beaucoup de monde. Il aurait fallu qu’il se fasse approcher de Dieudonné ou de Soral...