Machiavel n’a pas éliminé la morale
de sa pensée, elle est foncièrement présente dans ses écrits et
notamment le Prince.
En effet, l’élimination de la morale
de l’action politique ne peut se faire qu’a postériori, lors d’une
analyse et d’une critique sur une action achevée dans le temps et
quand l’action politique est positive et dégage un succès notable
ou pour expliquer pour le moins un échec. C’est à dire que
l’analyse se fait par un sujet extérieur et neutre...
Le prince est conscient de son action,
et il peut la juger morale ou non, mais ce n’est pas la moralité ou
non de l’action qui le détermine, mais son utilité...
Focaliser sur l’utilité d’une action,
ne veut pas dire que l’action est devenue amorale.
Quand l’action politique est en
déroulement, personne ne peut présager de sa réussite ou de son
utilité, (d’autres paramètres entrent en jeu, comme la fortune
entre autres, selon Machiavel), mais le jugement moral est par contre
tout à fait possible et même indispensable de la part et de ceux
contre qui s’exerce cette action politique, qui ne manqueront pas de
la décrire comme un mal, et de la part de ceux en faveur desquels
elle s’exerce qui ne manqueront pas de la louer....
la morale est au centre de toute action
humaine, et a fortiori d’une action politique.
Sinon, n’importe qui peut justifier des
meurtres, des trahisons, des guerres juste pas l’absence de morale et
par la nécessité de s’en détacher (c’est Nietzsche qui fait la
généalogie du bien et du mal et refuse de souscrire à la
hiérarchie moralisante ou la moraline des faibles vis à vis des
forts ou plus exactement du surhomme.)
Chez Mahciavel, la fin justifie les
moyens, mais à condition que la fin soit réussie, soit un succès...
si c’est pour déclencher une guerre civile, le chaos, tuer et se
faire tuer, il est indéniable que dans ce cas, il y a fort à parier
que le jugement n’est pas seulement moral, mais aussi d’opportunité,
de perspicacité, de finesse, d’intelligence etc....
on peut se détacher de la morale pour
juger une action politique, mais à condition que celle-ci soit
achevée, ayant donné un résultat évaluable et quantifiable.... et
c’est ce que fait Machiavel vis à vis de l’action politique mais de
manière purement théorique, en posant des principes utilitaires en
vue d’un objectif qui est la prise du pouvoir et sa conservation.
Il est donc à mon sens impossible
d’évaluer une action politique en cours, surtout les actions
d’individus dont nous n’avons aucune information pratique et
particulièrement concernant leur stratégie, leurs intentions
politiques etc...on peut relire les
guerres puniques ou les
guerres des Péloponnèse, juger l’action politique de certaines
figures historiques, parce qu’il y a une distance non seulement
historique mais aussi empathique, et il n’y a plus d’impact direct de
l’ordre du symbolique et du signifié, par contre, des conflits
actuels sont porteurs de charge symbolique et signifient des messages
culturelles et religieuses d’une grande importance dans l’imaginaire
des populations, ce sont là des faits et des phénomènes dont
Machiavel a souligné l’importance dans l’action d’un prince, Il ne
faut pas susciter les haines par exemple, et surtout il faut accorder
aux gens la possibilité d’oublier.... et ce sont là des aspects de
nature hautement morale....
voici un lien qui donne des
explications sur les notions de la fortune et la vertù
http://www.philolog.fr/les-notions-de-fortune-et-de-virtu-chez-machiavel-2/
par ailleurs, le prince qui a écrit
l’antimachiavel a annexé la Silésie,
et ce n’est pas avec peace and love...