Que le fruit de millénaires de réflexion puisse être réduit à néant, tellement trituré entre les mains d’enfants trop gâtés qu’il en vient à pourrir et rendre sa chair impropre à la consommation si ce n’est sous forme de compote, ne me surprend guère. Nous sommes à un carrefour critique où cette connaissance s’éloigne de plus en plus vite de ce à quoi elle devrait en principe mener, le bonheur. En cela nous sommes bien à la fin d’un cycle comme le décrivent de nombreux analystes de tout bord, où une connaissance nouvelle n’en sublime plus les précédentes mais au contraire la toise de son éphémère certitude alors même qu’elle n’existerait pas sans les antécédentes, un peu comme quand une reprise d’une chanson des années 70 fini invariablement en bouillie et en miaulements d’une chanteuse de rn’b qui ne comprend pas le sens des mots qu’elle prononce et le masque en ajoutant systématiquement des tremolos interminables et faussement harmonieux à chaque fin de phrase.
Cette érosion du savoir ne touche pas seulement le peuple que l’on abruti à grands renforts d’images mais également les élites. Elles nous rend aussi impotents que les candidats de cette émission télé qui, seuls sur leur île, ne parviennent pas à allumer un feu ; émission qui s’acheva avec la mort tragique d’un candidat et le suicide du médecin, tout un symbole...
Je ne peux pas vous en vouloir parce que vous grandissez dans une époque où les références sont aussi ces individus faits de plastique (comme cette Nabila à laquelle vous me renvoyez comme pour vous rassurer ou encore ce rappeur qui ne cesse de répéter "cliquez, cliquez, bande de s..." que j’ai eu le déplaisir de découvrir récemment), ces maîtres que vous trouvez si brillants ne pouvant que luire en comparaison de l’indigence de ces êtres qui vous font office d’environnement. Etre le contemporain de cette chute que vous avez la lucidité malgré tout de voir arriver, ce qui vous conforte dans l’illusion d’avoir compris ce que vos contemporains ignorent, est une source d’angoisse permanente, et vos coups d’épée dans l’eau pour trouver un coupable idéal un simple mécanisme de défense contre cette agression.
La mémoire de vos disques aura beau être saturée de ce que vous pensez être des connaissances alternatives et révolutionnaires vous ne pourrez pas éternellement en étendre les capacités, pas plus que ces hommes qui ont cru qu’en construisant une tour qui atteindrait le ciel ils pourraient défier Dieu.
Probablement cet enfermement que vous travestissez en libération est-il nécessaire. Le temps bien utilisé pourrait bien être votre meilleur allié dans cette recherche de réponses. Bonne chance.