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Commentaire de Conférençovore

sur La nation selon Tatiana Ventôse


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Conférençovore Conférençovore 28 février 22:47

Le terme "nation" ferait peur, ferait "trembler pleins de gens"... Oh non, Tatiana, les gens ne se prennent pas la tête depuis des siècles.

Elle attaque bien la gamine puisqu’elle ne se pose pas la question de qu’est-ce que la nation mais... se demande de QUI il s’agit. Je passe sur la forme de la vidéo (des coupures toutes les 5 secondes qui rendent le visionnage désagréable au possible... visionnage que j’ai quand même dû m’infliger pour pouvoir faire cette critique de sa vidéo.

Le premier et énorme problème est qu’elle fait démarrer la nation à... 1792. Non pas que ce soit faux en soi, mais cette absence totale de référence aux siècles précédents est particulièrement frappante. C’est simple : avant, il n’existe rien. Les Français étaient, certes, "sujets" du roi, mais n’étaient-ils que cela ? Est-ce que la Révolution a réellement changé la condition du métayer et a fait de lui un citoyen ? Sa vision de la nation est pour le moins... romantique. Il faut attendre la minute 16’30" pour que Tatiana débunke Tatiana : "bien sûr ne me faites pas dire qu’il n’y a rien avant ça...". Ah ouf...

La constitution française du 3 septembre 1791 est un texte, promulgué deux ans après la DDHC et les articles de Constitution de 1789, est la première constitution écrite qui transfère la souveraineté du roi à la Nation mais il est particulièrement naïf de croire qu’il s’agit du peuple. C’est en réalité la victoire de la bourgeoisie, classe montante tout au long du 18ième. 

Pour Tatiana, la nation est un "concept chaud et vivant", "une vision", "un projet", en "mouvement perpétuel", "que chaque individu, chaque génération vient enrichir dès lors qu’il se sent y appartenir"... et si elle ne traite pas ici de la nation considérée comme un Etat/pays, alors elle devrait parler de peuple : c’est très surprenant (façon de parler) parce que Tatiana montre une copie d’écran de l’article de wikipédia (qu’elle a donc lu) mais omet sciemment la toute première phrase qui est pourtant explicite et l’aiderait à répondre à sa propre question ("c’est qui ?") : "Le sens moderne de nation est assez proche de celui de peuple, mais ajoute souvent l’idée d’État (souhaité, autonome ou indépendant). En effet, un peuple peut se concevoir, ou non, en tant que nation, et, à ce titre, se doter, ou non, de la structure d’un État."

De là, elle traite deux aspects :
* La nation ethnique (d’essence germanique), à savoir un groupe d’individus qui partagent une même culture, une même langue... soit un environnement commun parce que ce dernier se transmet effectivement par le sang
* la nation au sens civique, au sens français donc, qui serait en opposition avec la précédente et juste une idée, un sentiment d’appartenance à un être collectif.

Et là, cela se corse parce que pour Tatiana, "la nation française ce n’est pas une race, ce n’est pas langue, ce n’est pas une religion, ce ne sont pas des frontières". Et de nous expliquer que parce qu’il existe "des tas de langues différentes en France, on ne pourrait pas dire que c’est l’unité linguistique qui fait l’unité de la nation française". De même les frontières "[évolueraient] au fil des années (...) et donc ce n’est pas ce qui [permettrait] de définir ce qu’est exactement la nation", comme si le territoire français (au-delà du cas particulier des territoires d’outre-mer, des ex-colonies et de l’Alsace-Lorraine) avait considérablement changé ces dernières décennies au point qu’il serait impossible de s’en servir comme point d’appui.
Voici une carte de France qui date de la mort de Louis XI :
http://www.cosmovisions.com/cartes/VL/029c.htm

Et la voici il y a 2 millénaires...

http://www.cartesfrance.fr/histoire/cartes-gaule-romaine/carte-gaule-romaine.html

Quant à la question de la langue, vu que Tatiana a été prof en banlieue, pas longtemps hein... il est amusant de constater que celle qui pense que la nation n’est pas une langue s’est également plainte que nombre de ses jeunes élèves n’en maîtrisait pas la langue...

Evidemment que la nation est une unité territoriale, surtout si elle a été relativement constante dans le temps (nous ne sommes pas en train de parler du Mali là...) mais pour elle, c’est très simple : la nation n’est qu’une idée, un concept né de la Révolution française, un "sentiment d’appartenance à la communauté". L’"on peut être Français parce que l’on pense français". 

Hors de question de se demander ce qu’il arrive si l’on a une partie importante de la population qui n’a pas ce "sentiment d’appartenance à la communauté (comprendre nationale)" mais juste un sentiment d’appartenance à d’autres pays, à leur culture d’origine et à leur communauté ethnique. On serait tenté de demander à cette chère Tatiana : "Que proposes-tu au juste ? Les forcer à avaler des pilules bleues, blanches et rouges ?"

Ce qui est amusant c’est aussi qu’elle cite Renan qui nous dit que "L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble (...)" sans voir que certaines pop ne partagent aucun des deux et tout en transformant ce passé en... "mythologie". Eh oui, votre généalogie a beau remonter à des siècles, elle ne serait qu’une mythologie, un mythe... mais se rendant bien compte qu’il y a un soucis, (elle confond avec le roman national) elle se sent obligée de rajouter qu’en même temps, cette mythologie "doit quand même se construire sur des réalités". Ah ouf... On ne saura pas lesquelles (un indice : sang, culture, langue, territoire...) et il faut attendre les 2/3 de la vidéo pour que Tatiane se pose enfin LA question : "veut-on véritablement faire perdurer cet héritage en commun" ? Alors on s’attend à ce qu’elle parle de la situation actuelle (eh oui, Renan parle aussi de ce présent...) mais... en fait non... et il faut attendre la minute 25’51’’ pour qu’elle repose enfin la question. Alors on s’attend de nouveau à ce qu’elle parle de cette situation contemporaine, du fait que la nation en tant que peuple, ne tient plus parce que les gens qui la constituent ont de moins en moins des choses en commun, voire plus rien du tout, contrairement à il y a un 1/2 siècle. Bah non, encore perdu ! Pour Tatiana, le seul problème est l’absence de représentativité des élus, le fait que institutions sont les lieux "où se perpétuent ds privilèges que l’on avait aboli il y a 200 ans", ce qui sont effectivement des pbs mais le sujet initial était la nation en tant que peuple... pas les élites.

Il est très intéressant aussi de constater que, pour Ventôse, la nation est une foi. Elle a aussi une vision très... française (arrogante donc) des autre pays, des autres nations qui, eux, contrairement à nous, n’auraient pas choisi et donc ne pourraient pas "s’élever aussi bien collectivement qu’individuellement". Lol. Et de clamer : "On est Français gars !" et asséner "On est pas des sujets, on est des citoyens". Et il suffirait que miraculeusement l’on (re)trouve cette "foi" pour que nous ayons de nouveau un projet commun.

Conclusion : On a là un exemple typique de ce que produit la gauche. Du concept, des incantations sur fond de déni, d’occultations sans doute volontaires dans son cas. La nation c’est le peuple. La France est France parce qu’il y a des Français de France, de même que le Japon est devenu ce qu’il est parce qu’il est peuplé de Japonais. Non, Tatiana. Les citoyens "noublient pas" qu’ils forment une nation mais voient très bien qu’une partie croissante d’entre eux (et cela va au-delà de la question des extra-européens) estiment que la nationalité n’est qu’une carte plastifiée dans leur poche.

Et puis qui a généré cette "honte" dont elle parle au juste ? Qui n’a eu de cesse de ternir l’image de notre passé et qui continue ardemment de le faire si ce n’est, entre autres, les gens de gauche qui rêvaient autrefois d’internationalisme, conspuant les frontières et croyant mordicus, eux aussi, que la nation n’était qu’une idée ? Qui s’écorche la langue rien qu’à l’idée de chanter la Marseillaise si ce n’est la famille pol de Tatiana ? Qui se fout de la gueule de Jeanne d’Arc bras-dessus bras-dessous avec une Gabonaise naturalisée de fraîche date incapable de dire "vivre la France" sans s’étouffer ? Qui a transformé notre nationalité en un simple coup "de tampon" et une entrée dans un registre d’Etat civil ?

En 2021, être Français, n’est plus que cela. Alors évidemment, il y a des Français de toutes origines qui se sentent réellement français, de même qu’il existe des FDS qui ne se sentent pas Français bien qu’ils en aient la nationalité mais quel est le projet pour remédier à cela ? C’est simple : Tatiana pense qu’il suffit de formuler les choses pour "donner corps à cela"... Plu d’une 1/2 heure de vidéo pour ça...


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