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Le drame du rap

Quel rapport à l'altérité est construit par le mode énonciatif dominant dans le rap ? Héritier de la tradition du "clash", ce dernier pose toujours un Moi puissant s'adressant à un "tu" méprisable, point de contraste idéal à la force du "je". Ludique dans son origine, il convient tout de même de s'interroger sur les dérives possibles d'un tel schéma.

Le rythme, qui emporte malgré soi, et l'imagerie soigneusement pensée pour gagner à l'esbroufe les plus naïfs spectateurs, méritent également notre attention, car ils expliquent en bonne partie le succès des moins méritants.

Enfin, il n'est pas inintéressant de se pencher sur les contradictions qui parsèment l'idéologie dominante dans ce rap-là, marques de mauvaise foi qui ne peuvent que semer la confusion dans les esprits les moins formés.

C'est à ces questions que j'ai consacré la vidéo à découvrir ci-dessous :

Tags : Musique Art




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19 réactions à cet article    


  • 1 vote
    Conférençovore Conférençovore 7 mai 14:01

    Très intéressant.

    Cette opposition de sujets "je-nous vs tu/ils" est primordiale et puise sa source dans l’origine sociologique des paroliers de cette musique. A l’origine nous avions un mouvement de jeunes issus des minorités noires (et très vite Latino pour les EUA) qui n’avaient comme référentiels musicaux, en terme d’identification, pas grand chose. Ils avaient ce Funk "festif" et assez "commercial’" dans lequel ils ont puisé malgré tout pas mal de sons (d’où le G-Funk), la Soul, le Blues, un Jazz qu’ils ne comprennemaient pas trop et qui était en plus devenu une musique de Blancs, bref en réalité rien qui ne parlait de leur monde à eux. A l’origine ils n’avaient donc rien : pas d’instruments, ce qui est une rupture anthropologique majeure dans la musique (des scientifiques ont retrouvé des instruments de musique datant du paléolithique fabriqués à partir d’os...), du moins aucun instrument qu’ils ne maitrisaient, pas de maitrise d’une langue, pas d’univers corporel (de danse ; le smurf des débuts est franchement risible) et pas grand chose à exprimer si ce n’est un malaise profond. Il faudra plusieurs années pour voir apparaître trois "instruments" : le beat-box, un usage détourné de la platine avec le scratch et le flow, le phrasé en français, trois instruments dont certains on devellopé une véritable maitrise pour le coup, mais plus tard. Aux balbutiements, au début/milieu des années 80, sur le plan instrumental c’est d’une pauvreté sidérante à tous les niveaux. Dans les années 90, il y a eu un net progrès dans les paroles, dans les choix des sons, le flow, la maitrise des platines, l’écriture et la structure des morceaux qui était bien plus travaillée. A mon sens c’est le sommet du rap : Cypress Hill, le Wu Tang, toutes les productions de DJ Muggs, etc. En Fr on a Minister Amer, les 2 premiers NTM, IAM qui va se construire une identité avec un délire autour de l’Égypte antique ("l’école du micro d’argent" est un grand album) et bcp d’autres. Il y avait du talent, une énergie, de la créativité et même ceux qui n’étaient pas friands du style l’admettaient.

    J’evoquais l’opposition mais il faut aussi comprendre que cette musique et leurs publics respectifs ont été très vite en opposition unilaterale : le métal, musique très élaborée (pour ceux qui veulent de la haute complexité, écoutez Atheist, Death, Carcass, Benediction, Napalm Death...) et clairement une musique de Blancs, musique avec des instrumentistes incroyables de talent (Dave Lombardo, le batteur de Slayer, va par exemple collaborer avec pas mal de jazzmen par la suite... honnêtement, on a des purs génies dans ce style), des paroles parfois d’une rare finesse (pour les complotards de 2020 : regardez la pochette de l’album Rust in Peace de Megadeth et écoutez cet album : c’est un chef d’œuvre), tout était incroyablement travaillé, des logos aux pochettes d’album en passant par le décorum des concerts (Iron Maiden a donné dans le grandiose à ce niveau), bref ce métal contrastait totalement avec cette musique boom-boom sans mélodie. Et autant les dodos pouvaient apprécier de bons groupes de rap un peu plus fins que les simples zivas-on-nike-tout, autant le métal était et est resté totalement étranger aux "jeunes de banlieues". Il y avait même des paroles très hostiles à cette musique (Salif par exemple) alors qu’il n’existait rien de tel chez les métaleux. Au contraire même puisqu’il y a eut parfois collaboration (Anthrax et Public Enemy, G’n’R avec Cypress Hill, Aerosmith...).

    Les métalleux, dans années 80-90, on pouvait en rencontrer parfois dans des concerts de rap. L’inverse était et est toujours rarissime.

    Cette opposition peut, attention, cela ne va pas être politiquement correct... se résumer à une question d’intelligence. A mon sens il y a des rappeurs très intelligents (comme Booba) et de grands artistes mais ce sont des mercateux bien souvent et ils ont l’intelligence de comprendre à quel public ils s’adressent. Pour maitriser certains instruments et pour apprécier cette maîtrise, a contrario, il faut une intelligence tout court. Chez les dodos, on trouve du totor pas très fin, mais beaucoup de gens qui écoutent autre chose aussi, dont du classique. La parenté est évidente entre certains groupes de métal et ce style (et pour cause...)... Même des petits groupes comme Sadist ont pondu des monuments comme "Above thé light".

    Bref, oui, le rap, en gros depuis la fin des années 90 est redevenu aussi pauvre qu’à ses débuts. Ils semblent tous interchangeables et leur message est globalement malsain (ultra-libéral, amoral, égocentré, primitif et non pas "primaire"). Une musique pour abrutis contemporains toute origine confondue en somme, raison pour laquelle elle est muse en avant.


    • 1 vote
      lacartouche 7 mai 16:25

      @Conférençovore
      Oui, je dirais que dans une certaine mesure, l’âge d’or du rap a correspondu à l’âge d’or du sample (dont la pratique est devenue très compliquée à cause des droits d’auteur).
      La facilité avec laquelle les jeunes rappeurs peuvent être exposés aujourd’hui par les réseaux sociaux joue aussi un rôle dans l’abaissement général du niveau ; à l’époque, il fallait davantage faire ses preuves pour que sa voix puisse résonner au-delà des murs de sa chambre.
      Le public était aussi plus averti et moins prompt à relayer le premier venu.


    • vote
      Conférençovore Conférençovore 7 mai 18:10

      @lacartouche Ce n’est pas une question de "droits", ni même de "réseaux sociaux", les gens qui créent n’en n’ont jamais rien eu à foutre. Ton analyse est intéressante mais est, comment dire... dématérialisée.

      Laisse-moi te poser une question centrale : pourquoi diable t’intéresses-tu à cette musique sans intérêt ? Pourquoi y consacrer x dizaines de minutes quand on a ce genre de trucs sous la main ?

      https://youtu.be/aUyxuicneTc

      Merci pour le topic néanmoins.


    • 1 vote
      lacartouche 7 mai 19:53

      @Conférençovore
      Les labels en ont eu assez de payer des fortunes en droits d’auteurs, raison pour laquelle le sample a presque disparu de la production mainstream.

      Je m’intéresse à cette musique parce que j’en ai été moi-même un grand consommateur et que je pense qu’elle constitue (une partie du moins) un vrai problème :)


    • 1 vote
      Laconicus Laconicus 7 mai 20:07

      @lacartouche

      Ce qui serait intéressant, c’est de comprendre comment vous avez pu en être un grand consommateur et en être à présent sorti au point d’en comprendre la grossièreté et la nocivité. Est-ce seulement une question de maturité ? 


    • 1 vote
      lacartouche 7 mai 20:34

      @Laconicus
      De maturité pour une certaine part je suppose oui, et cela a aussi sûrement à voir avec mon développement personnel. Quand on prend goût à certaines choses, d’autres par comparaison deviennent bien ternes :)


    • vote
      Conférençovore Conférençovore 7 mai 20:46

      "Ce qui serait intéressant, c’est de comprendre comment vous avez pu en être un grand consommateur et bla bla"

      Non, ce n’est pas intéressant parce qye c’est juste évident. Ce qui l’est davantage est pourquoi il ne s’intéresse pas à autre chose, notamment sa propre culture.


    • vote
      Laconicus Laconicus 7 mai 23:54

      @Conférençovore

      Cela aurait pu être dû à des circonstances très particulières, comme le fait d’avoir été extrait d’un certain milieu par les événements de la vie, ou bien la rencontre déterminante avec un musicien, ou encore la confrontation avec un drame de l’existence, etc. 


    • vote
      Laconicus Laconicus 7 mai 23:55

      Ou un exorcisme.   smiley


    • vote
      tobor tobor 10 mai 01:31

      @Laconicus
      J’en connaît un autre qui a fait le même parcours, "fan" mono-maniac depuis l’adolescence pour en sortir à 21 ans et ouvrir son champs musical.
      J’ai moi-même vécu ça avec le punk et la new-wave, méprisant tout le reste au point d’avoir l’oreille fermée. Puis, avec la petite vingtaine, après être sorti des secondaires, il était inconsciemment évident que le sectarisme limitait considérablement le champs des possibles, surtout au fil de nouvelles rencontres. Alors on fait preuve d’un peu de curiosité devant la variété (non, pas la variétoche !) déployée et accessible en ce monde !
      C’est sans-doute une des étapes d’élévation de soi.

      Le rap et la techno ont clôturé quelques décennies d’identification des jeunes à des mouvements musicaux (c’était depuis le rock’n’roll un vecteur important qui déterminait un "clan" auquel on appartenait, idée de clan qui attire et rassure les ados) et n’y sont certainement pas pour rien. La techno, être dans sa bulle, quelques machine ou juste son computer et c’est bon, ouvre la voie au technologique et au ...confinement.
      Et le rap s’occupe du monde extérieur, méprisant, haineux, violent, des clans de bad-boyz avec des codes, générant l’insécurité mais aussi la baisse du niveau de langage car les djeunz kiffent à donf trop grave ! Et là aussi, si la street c’est tout des rapeux, reste son ...confinement.



      • 3 votes
        Norman Bates Norman Bates 8 mai 01:00

        La vidéo incluse dans cet article est chaudement saluée par cet excellent orateur dont l’histoire du rap en 6 minutes vaut le déplacement... smiley

        https://www.youtube.com/watch?v=TqBSaKT4B0Q


        • vote
          beo111 beo111 8 mai 16:36

          @Norman Bates

          Effectivement. je le trouve juste peu limite lorsqu’il aborde le cas Public Enemy. D’accord c’est pas bien de critiquer le King. Mais de là à dire que c’est une pub pour Nike je trouve que c’est abusé.



          • vote
            Scalpa Scalpa 8 mai 12:56

            https://www.youtube.com/watch?v=awQ5ueYkZsg

            Un rappeur pas comme les villes

            • vote
              ZardoZ ZardoZ 8 mai 14:31

               Le rap c’est de la merde


              • 1 vote
                beo111 beo111 8 mai 16:42

                "Excellente vidéo basée sur l’étude de langue. Étude qui ouvrira sans doute son auteur à d’autres thématiques. Des débuts que nous encourageons."


                • vote
                  tobor tobor 10 mai 14:37

                  Analyse très pertinente !
                  Je serais curieux d’un décodage semblable appliqué à Hollywood et au caca insufflé dans les esprits par ce biais...


                  • vote
                    Pierre Régnier 24 mai 17:09

                    J’ai écouté cette vidéo après avoir écouté la suivante du même auteur. Je la trouve aussi importante.

                    Une chose me surprend tout de même : cet auteur, de grande intelligence, utilise le mot "musique" pour parler de chansons, comme le font la quasi-totalité des journalistes des "grands" médias destructeurs du langage signifiant.

                    Je comprends, quand on aime la chanson de qualité, qu’on n’ait pas envie d’y inclure ce genre de chose mais la qualifier de musique me semble aggraver encore la destruction culturelle, qui est tout de même la principale contribution du rap à l’actuelle société.

                    Parler de "discours", comme dans la seconde partie de la vidéo, me semble moins déformateur.



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