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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le Marquis de Sade

Le Marquis de Sade

« Il ne nous reste plus que le meurtre à examiner dans la seconde classe des délits de l’homme envers son semblable, et nous passerons ensuite à ses devoirs envers lui-même. De toutes les offenses que l’homme peut faire à son semblable, le meurtre est, sans contredit, la plus cruelle de toutes puisqu’il lui enlève le seul bien qu’il ait reçu de la nature, le seul dont la perte soit irréparable. Plusieurs questions néanmoins se présentent ici, abstraction faite du tort que le meurtre cause à celui qui en devient la victime.

 

1. Cette action, eu égard aux seules lois de la nature, est-elle vraiment criminelle ?

 
2. L’est-elle relativement aux lois de la politique ?

 

3. Est-elle nuisible à la société ?

 
4. Comment doit-elle être considérée dans un gouvernement républicain ?
 
 
5. Enfin le meurtre doit-il être réprimé par le meurtre ?

 

Nous allons examiner séparément chacune de ces questions : l’objet est assez essentiel pour qu’on nous permette de nous y arrêter ; on trouvera peut-être nos idées un peu fortes : qu’est-ce que cela fait ? N’avons-nous pas acquis le droit de tout dire ? Développons aux hommes de grandes vérités : ils les attendent de nous ; il est temps que l’erreur disparaisse, il faut que son bandeau tombe à côté de celui des rois. Le meurtre est-il un crime aux yeux de la nature ? Telle est la première question

posée.

Nous allons sans doute humilier ici l’orgueil de l’homme, en le rabaissant au rang de toutes les autres productions de la nature, mais le philosophe ne caresse point les petites vanités humaines ; toujours ardent à poursuivre la vérité, il la démêle sous les sots préjugés de l’amour-propre, l’atteint, la développe et la montre hardiment à la terre étonnée.

Qu’est-ce que l’homme, et quelle différence y a-t-il entre lui et les autres plantes, entre lui et tous les autres animaux de la nature ? Aucune assurément. Fortuitement placé comme eux, sur ce globe, il est né comme eux ; il se propage, croît et décroît comme eux ; il arrive comme eux à la vieillesse et tombe comme eux dans le néant après le terme que la nature assigne à chaque espèce d’animaux, en raison de la construction de ses organes. Si les rapprochements sont tellement exacts qu’il devienne absolument impossible à l’oeil examinateur du philosophe d’apercevoir aucune dissemblance, il y aura donc alors tout autant de mal à tuer un animal qu’un homme, ou tout aussi peu à l’un qu’à l’autre, et dans les préjugés de notre orgueil se trouvera seulement la distance ; mais rien n’est malheureusement absurde comme les préjugés de l’orgueil. Pressons néanmoins la question. Vous ne pouvez disconvenir qu’il ne soit égal de détruire un homme ou une bête ; mais la destruction de tout animal qui a vie n’est-elle pas décidément un mal, comme le croyaient les pythagoriciens et comme le croient encore les habitants des bords du Gange ? Avant de répondre à ceci, rappelons d’abord aux lecteurs que nous n’examinons la question que relativement à la nature ; nous l’envisagerons ensuite par rapport aux hommes.

Or, je demande de quel prix peuvent être à la nature des individus qui ne lui coûtent ni la moindre peine ni le moindre soin. L’ouvrier n’estime son ouvrage qu’en raison du travail qu’il lui coûte, du temps qu’il emploie à le créer. Or, l’homme coûte-t-il à la nature ? Et, en supposant qu’il lui coûte, lui coûte-t-il plus qu’un singe ou qu’un éléphant ? Je vais plus loin : quelles sont les matières génératrices de la nature ? de quoi se composent les êtres qui viennent à la vie ? Les trois éléments qui les forment ne résultent-ils pas de la primitive destruction des autres corps ? Si tous les individus étaient éternels, ne deviendrait-il pas impossible à la nature d’en créer de nouveaux ? Si l’éternité des êtres est impossible à la nature, leur destruction devient donc une de ses lois. Or, si les destructions lui sont tellement utiles qu’elle ne puisse absolument s’en passer, et si elle ne peut parvenir à ses créations sans puiser dans ces masses de destruction que lui prépare la mort, de ce moment l’idée d’anéantissement que nous attachons à la mort ne sera donc plus réelle ; il n’y aura

plus d’anéantissement constaté ; ce que nous appelons la fin de l’animal qui a vie ne sera plus une fin réelle, mais une simple transmutation, dont est la base le mouvement perpétuel, véritable essence de la matière et que tous les philosophes modernes admettent comme une de ses premières lois. La mort, d’après ces principes irréfutables, n’est donc plus qu’un changement de forme, qu’un passage imperceptible d’une existence à une autre, et voilà ce que Pythagore appelait la métempsycose.

Ces vérités une fois admises, je demande si l’on pourra jamais avancer que la destruction soit un crime. A dessein de conserver vos absurdes préjugés, oserez-vous me dire que la transmutation est une destruction ? Non, sans doute ; car il faudrait pour cela prouver un instant d’inaction dans la matière, un moment de repos. Or, vous ne découvrirez jamais ce moment. De petits animaux se forment à l’instant que le grand animal a perdu le souffle, et la vie de ces petits animaux n’est qu’un des effets nécessaires et déterminés par le sommeil momentané du grand. Oserez-vous dire à présent que l’un plaît mieux à la nature que l’autre ? Il faudrait prouver pour cela une chose impossible : c’est que la forme 1ongue ou carrée est plus utile, plus agréable à la nature que la forme oblongue ou triangulaire ; il faudrait prouver que, eu égard aux plans sublimes de la nature, un fainéant qui s’engraisse dans l’inaction et dans l’indolence est plus utile que le cheval, dont le service est si essentiel, ou que le boeuf, dont le corps est si précieux qu’il n’en est aucune partie qui ne serve ; il faudrait dire que le serpent venimeux est plus nécessaire que le chien fidèle.

 

Or, comme tous ces systèmes sont insoutenables, il faut donc absolument consentir à admettre l’impossibilité où nous sommes d’anéantir les ouvrages de la nature, attendu que la seule chose que nous faisons, en nous livrant à la destruction, n’est que d’opérer une variation dans les formes, mais qui ne peut éteindre la vie, et il devient alors au-dessus des forces humaines de prouver qu’i1 puisse exister aucun crime dans la prétendue destruction d’une créature, de quelque âge, de quelque sexe,

de quelque espèce que vous la supposiez. Conduits plus avant encore par la série de nos conséquences, qui naissent toutes les unes des autres, il faudra convenir enfin que, loin de nuire, à la nature, l’action que vous commettez, en variant les formes de ses différents ouvrages, est avantageuse pour elle puisque vous lui fournissez par cette action la matière première de ses reconstructions, dont le travail lui deviendrait impraticable si vous n’anéantissiez pas. Eh ! laissez-la faire, vous dit-on.

Assurément, il faut la laisser faire, mais ce sont ses impulsions que suit l’homme quand il se livre à l’homicide ; c’est la nature qui le lui conseille, et l’homme qui détruit son semblable est à la nature ce que lui est la peste ou la famine, également envoyées par sa main, laquelle se sert de tous les moyens possibles pour obtenir plus tôt cette matière première de destruction, absolument essentielle à ses ouvrages.

 
Daignons éclairer un instant notre âme du saint flambeau de la philosophie : quelle autre voix que celle de la nature nous suggère les haines personnelles, les vengeances, les guerres, en un mot tous ces motifs de meurtres perpétuels ? Or, si elle nous les conseille, elle en a donc besoin. Comment donc pouvons-nous, d’après cela, nous supposer coupables envers elle, dès que nous ne faisons que suivre ses vues ?

 

Mais en voilà plus qu’il ne faut pour convaincre tout lecteur éclairé qu’il est impossible que le meurtre puisse jamais outrager la nature.

 

Est-il un crime en politique ? Osons avouer, au contraire, qu’il n’est malheureusement qu’un des plus grands ressorts de la politique. N’est-ce pas à force de meurtres que Rome est devenue la maîtresse du monde ? N’est-ce pas à force de meurtres que la France est libre aujourd’hui ? Il est inutile d’avertir ici qu’on ne parle que des meurtres occasionnés par la guerre, et non des atrocités commises par les factieux et les désorganisateurs ; ceux-là voués à l’exécration publique, n’ont

besoin que d’être rappelés pour exciter à jamais l’horreur et l’indignation générales. Quelle science humaine a plus besoin de se soutenir par le meurtre que celle qui ne tend qu’à tromper, qui n’a pour but que l’accroissement d’une nation aux dépens d’une autre ? Les guerres, uniques fruits de cette barbare politique, sont-elles autre chose que les moyens dont elle se nourrit, dont elle se fortifie, dont elle s’étaie ? et qu’est-ce que la guerre, sinon la science de détruire ? Étrange aveuglement de

l’homme, qui enseigne publiquement l’art de tuer, qui récompense celui qui y réussit le mieux et qui punit celui qui, pour une cause particulière, s’est défait de son ennemi ! N’est-il pas temps de revenir sur des erreurs si barbares ?

 

Enfin, le meurtre est-il un crime contre la société ? Qui put jamais l’imaginer raisonnablement ? Ah ! qu’importe à cette nombreuse société qu’il y ait parmi elle un membre de plus ou de moins ? Ses lois, ses moeurs, ses coutumes en seront-elles viciées ? Jamais la mort d’un individu influa-t-elle sur la masse générale ? Et après la perte de la plus grande bataille, que dis-je ? après l’extinction de la moitié du monde, de sa totalité, si l’on veut, le petit nombre d’êtres qui pourrait survivre éprouverait-il la moindre altération matérielle ? Hélas ! non. La nature entière n’en éprouverait pas davantage, et le sot orgueil de l’homme, qui croit que tout est fait pour lui, serait bien étonné, après la destruction totale de l’espèce humaine, s’il voyait que rien ne varie dans la nature et que le cours des astres n’en est seulement pas retardé. Poursuivons.
 

Comment le meurtre doit-il être vu dans un État guerrier et républicain ?

 

Il serait assurément du plus grand danger, ou de jeter de la défaveur sur cette action, ou de la punir. La fierté du républicain demande un peu de férocité ; s’il s’amollit, si son énergie se perd, il sera bientôt subjugué. Une très singulière réflexion se présente ici, mais, comme elle est vraie malgré sa hardiesse, je la dirai. Une nation qui commence à se gouverner en république ne se soutiendra que par des vertus, parce que, pour arriver au plus, il faut toujours débuter par le moins ; mais une nation déjà vieille et corrompue qui, courageusement, secouera le joug de son gouvernement monarchique pour en adopter un républicain, ne se maintiendra que par beaucoup de crimes ; car elle est déjà dans le crime, et si elle voulait passer du crime à la vertu, c’est-à-dire d’un état violent dans un état doux, elle tomberait dans une inertie dont sa ruine certaine serait bientôt le résultat. Que deviendrait l’arbre que vous transplanteriez d’un terrain plein de vigueur dans une plaine sablonneuse et sèche ? Toutes les idées intellectuelles sont tellement subordonnées à la physique de la nature que les comparaisons fournies par l’agriculture ne nous tromperont jamais en morale.

 

Les plus indépendants des hommes, les plus rapprochés de la nature, les sauvages se livrent avec impunité journellement au meurtre. A Sparte, à Lacédémone, on allait à la chasse des ilotes comme nous allons en France à celle des perdrix. Les peuples les plus libres sont ceux qui l’accueillent davantage. A Mindanao, celui qui veut commettre un meurtre est élevé au rang des braves : on le décore aussitôt d’un turban ; chez les Caraguos, il faut avoir tué sept hommes pour obtenir les honneurs de cette coiffure ; les habitants de Bornéo croient que tous ceux qu’ils mettent à mort

les serviront quand ils ne seront plus ; les dévots espagnols même faisaient voeu à Saint-Jacques de Galice de tuer douze Américains par jour ; dans le royaume de Tangut, on choisit un jeune homme fort et vigoureux auquel il est permis, dans certains jours de l’année, de tuer tout ce qu’il rencontre. Était-il un peuple plus ami du meurtre que les Juifs ? On le voit sous toutes les formes, à toutes les pages de leur histoire.

 

L’empereur et les mandarins de la Chine prennent de temps en temps des mesures pour faire révolter le peuple, afin d’obtenir de ces manoeuvres le droit d’en faire un horrible carnage. Que ce peuple mou et efféminé s’affranchisse du joug de ses tyrans, il les assommera à son tour avec beaucoup plus de raison, et le meurtre, toujours adopté, toujours nécessaire, n’aura fait que changer de victimes ; il était le bonheur des uns, il deviendra la félicité des autres.

 

Une infinité de nations tolèrent les assassinats publics : ils sont entièrement permis à Gênes, à Venise, à Naples et dans toute l’Albanie ; à Kacha, sur la rivière de San Domino, les meurtriers, sous un costume connu et avoué, égorgent à vos ordres et sous vos yeux l’individu que vous leur indiquez ; les Indiens prennent de l’opium pour s’encourager au meurtre ; se précipitant ensuite au milieu des rues, ils massacrent tout ce qu’ils rencontrent ; des voyageurs anglais ont retrouvé cette manie à Batavia.

 

Quel peuple fut à la fois plus grand et plus cruel que les Romains, et quelle nation conserva plus longtemps sa splendeur et sa liberté ? Le spectacle des gladiateurs soutint son courage ; elle devenait guerrière par l’habitude de se faire un jeu du meurtre. Douze ou quinze cents victimes journalières remplissaient l’arène du cirque, et là, les femmes, plus cruelles que les hommes, osaient exiger que les mourants tombassent avec grâce et se dessinassent encore sous les convulsions de la mort. Les Romains passèrent de là au plaisir de voir des nains s’égorger devant eux ; et quand le culte chrétien, en infectant la terre, vint persuader aux hommes qu’il y avait du mal à se tuer, des tyrans aussitôt enchaînèrent ce peuple, et les héros du monde en devinrent bientôt les jouets.

 

Partout enfin on crut avec raison que le meurtrier, c’est-à-dire l’homme qui étouffait sa sensibilité au point de tuer son semblable et de braver la vengeance publique ou particulière, partout, dis-je, on crut qu’un tel homme ne pouvait être que très courageux, et par conséquent très précieux dans un gouvernement guerrier ou républicain. Parcourrons-nous des nations qui, plus féroces encore, ne se satisfirent qu’en immolant des enfants, et bien souvent les leurs, nous verrons ces actions, universellement adoptées, faire même quelquefois partie des lois. Plusieurs peuplades sauvages tuent leurs enfants aussitôt qu’ils naissent. Les mères, sur les bords du fleuve Orénoque, dans la persuasion où elles étaient que leurs filles ne naissaient que pour être malheureuses, puisque leur destination était de devenir les épouses des sauvages de cette contrée, qui ne pouvaient souffrir les femmes, les immolaient aussitôt qu’elles leur avaient donné le jour. Dans la Trapobane et dans le
royaume de Sopit, tous les enfants difformes étaient immolés par les parents mêmes. Les femmes de Madagascar exposaient aux bêtes sauvages ceux de leurs enfants nés certains jours de la semaine. Dans les républiques de la Grèce, on examinait soigneusement tous les enfants qui arrivaient au monde, et si l’on ne les trouvait pas conformés de manière à pouvoir défendre un jour la république, ils étaient aussitôt immolés : là l’on ne jugeait pas qu’il fût essentiel d’ériger des maisons richement

dotées pour conserver cette vile écume de la nature humaine13. Jusqu’à la translation du siège de l’empire, tous les Romains qui ne voulaient pas nourrir leurs enfants les jetaient à la voirie. Les anciens législateurs n’avaient aucun scrupule de dévouer les enfants à la mort, et jamais aucun de leurs codes ne réprima les droits qu’un père se crut toujours sur sa famille. Aristote conseillait l’avortement ; et ces antiques républicains, remplis d’enthousiasme, d’ardeur pour la patrie, méconnaissaient cette commisération individuelle qu’on retrouve parmi les nations modernes ; on aimait moins ses enfants, mais on aimait mieux son pays. Dans toutes les villes de la Chine, on trouve chaque matin une incroyable quantité d’enfants abandonnés dans les rues ; un tombereau les enlève à la pointe du jour, et on les jette dans une fosse ; souvent les accoucheuses elles-mêmes en débarrassent les mères, en étouffant aussitôt leurs fruits dans des cuves d’eau bouillante ou en les jetant dans la rivière. A Pékin, on les met dans de petites corbeilles de jonc que l’on abandonne sur les canaux ; on écume chaque jour ces canaux, et le célèbre voyageur Duhalde évalue à plus de trente mille le nombre journalier qui s’enlève à chaque recherche. On ne peut nier qu’il ne soit

extraordinairement nécessaire, extrêmement politique de mettre une digue à la population dans un gouvernement républicain ; par des vues absolument contraires, il faut l’encourager dans une monarchie ; là, les tyrans n’étant riches qu’en raison du nombre de leurs esclaves, assurément il leur faut des hommes ; mais l’abondance de cette population, n’en doutons, pas, est un vice réel dans un gouvernement républicain. Il ne faut pourtant pas l’égorger pour l’amoindrir, comme le disaient nos

modernes décemvirs : il ne s’agit que de ne pas lui laisser les moyens de s’étendre au-delà des bernes que sa félicité lui prescrit. Gardez-vous de multiplier trop un peuple dont chaque être est souverain et soyez bien sûrs que les révolutions ne sont jamais les effets que d’une population trop nombreuse. Si pour la splendeur de l’État vous accordez à vos guerriers le droit de détruire des hommes, pour la conservation de ce même État, accordez de même à chaque individu de se livrer tant qu’il le voudra, puisqu’il le peut sans outrager la nature, au droit de se défaire des enfants

qu’il ne peut nourrir ou desquels le gouvernement ne peut tirer aucun secours ; accordez-lui de même de se défaire, à ses risques et périls, de tous les ennemis qui peuvent lui nuire, parce que le résultat de toutes ces actions, absolument nulles en elles-mêmes, sera de tenir votre population dans un état modéré, et jamais assez nombreuse pour, bouleverser votre gouvernement. Laissez dire aux monarchistes qu’un État n’est grand qu’en raison de son extrême population : cet État sera

toujours pauvre si sa population excède ses moyens de vivre, et il sera toujours florissant si, contenu dans de justes bornes, il peut trafiquer de son superflu.
N’élaguez-vous pas l’arbre quand il a trop de branches ? et, pour conserver le tronc, ne taillez-vous pas les rameaux ?  »
 

Extrait de : "Français, encore un effort si vous voulez être républicains"

 













Michel Onfray à propos de Sade :
https://www.youtube.com/watch?v=EhRYFDntNZU
https://www.youtube.com/watch?v=ncUF82WG7FY

Le Marquis de Sade, un autre Franc-Maçon célèbre ?
"

L’analyse de van Win pourrait se résumer simplement : compte tenu de l’esprit de la Franc-Maçonnerie de l’époque, Sade (1740-) n’aurait pas pu être admis dans une Loge maçonnique et le seul document qui prouverait son appartenance a été mal interprété comme cela été reconnu.

Tout est dit mais il est tout de même très intéressant de lire la démonstration de Jean van Win. D’autant plus que l’écriture est intelligente et que l’auteur n’a pas trop succombé à sa manie de balancer des piques Par contre, il ne fait pas preuve de la même retenue quand il s’agit d’insérer ça et là de nombreuses expressions latines. Face à ce maniérisme, nous dirons : Uti, non abuti !
 


Aldonse face à la recherche de la vertu


Pour en revenir à Donatien Alphonse François de Sade, on apprendra d’abord que DAF signait Donatien Aldonse (prénom mal retranscrit lors de son baptême à Paris) Louis. Puis van Win nous amènera à découvrir la Franc-Maçonnerie catholique du 18e siècle en décrivant ainsi les occupations conviviales des Loges maçonniques : Du rituel, certes, des discours édifiants, oui, des fêtes, voire des bals, et des banquets fraternels assortis de chansons d’une mièvrerie charmante, voici les activités de la plupart des loges de France, de Navarre, d’Europe, des colonies et du Nouveau Monde. Ce que Helvétius (Schweitzer de son vrai nom) appelait d’"augustes fadaises". Contrairement donc à ce que prétendent des antimaçons (et des Maçons !), les Loges du 18e siècle n’ont pas connu la politique, le débat, la discussion religieuse ou philosophique, on n’y donnait pas de conférences ; on n’y a jamais comploté contre l’Etat, et jamais ni Danton ni Robespierre ne furent maçons."
 
 
 

 




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7 réactions à cet article    


  • 6 votes
    QaviQeQuarQo QaviQeQuarQo 3 mai 2014 17:25

    j avais lu a l époque un reccueil de nouvelle de sade :


    violence, viol, pédophilie.... y a bien que les élites dégénérées pour etre fans

    • 3 votes
      juluch juluch 4 mai 2014 17:02

      Si tu lis les 11000 verges d’Apollinaire..... t’aurais une attaque.


      Un hit dans la saloperie !

    • 2 votes
      Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit (le vrai) 4 mai 2014 09:55

      Que c’est pénible ces présentateurs télé (seconde vidéo) qui vocifèrent comme des marchands de poissons à la criée ! Ils ne peuvent pas poser des questions calmement, comme on le fait dans un moment culturel et non commercial ?


      Sur le fond du sujet, Sade est d’abord un magnifique ciseleur de la langue française. Ensuite, c’est un philosophe qui fait tenir à ses personnages des positions extrémistes pour montrer ce qui advient quand on "pousse au bout" une idéologie. La question se pose : est-ce que le Marquis était lui-même partisan de l’idéologie "sadienne" qu’il met en scène ? On peut en douter, car le sophisme de ses cruels et criminels libertins saute au yeux. Seconde question : était-il "sadique" ? Il est difficile d’en douter. Mais il l’était sans doute comme la plupart des êtres humains le sont, peut-être pas beaucoup plus, avec cette différence que lui nous a décrit ses enfers intérieurs avec minutie et sans pudeur. 

      Certains de ces livres décrivent des choses épouvantables, mais pas tous. Il ne faut pas en avoir peur : vous ne deviendrez pas sadique en lisant ses livres. Vous risquez même de vous ennuyer fortement à la lecture des scènes abominables, qui sont à mon goût, les parties les moins intéressantes de son oeuvre. 

      • 1 vote
        QaviQeQuarQo QaviQeQuarQo 4 mai 2014 19:08

        il faut arreter de vouloir cacher des milliers de pages de saloperies derriere des personnages pour le seul gout du romancé, avec une suposée arriere pensée vertueuse, ou derriere un style litéraire hors du commun ;



        on aurait tendance a l excuser parcequ il serait entré dans l histoire de la philosophie, et a déshumaniser les actes contés parceque d une autre époque ;
        mais ca ne vaut pas mieux que les bouquins de polac, f miterrand...

      • 2 votes
        Qaspard Delanuit Qaspard Delanuit (le vrai) 5 mai 2014 02:03

        Sade avait probablement un truc qui ne tournait pas rond dans sa tête. 


        Cependant, soyons équitable : il a écrit dans toute sa triste vie de prisonnier bien moins d’horreurs gratuites qu’il n’en est actuellement filmées et présentées au public chaque année sous prétexte d’art cinématographique : viol, écorchements, désossements, éviscérations, électrification, cannibalisme, etc. C’est au cinéaste qui inventera la nouvelle scène la plus abominable !


        Et le pire, c’est que les horreurs réelles commises par les êtres humains sont encore plus nombreuses chaque année que toutes celles qui sont mises en scène dans des fictions (il y a assez de guerres pour cela, sans compter les actes plus isolés et discrets). 

      • 5 votes
        Guit’z 4 mai 2014 23:44

        Sade est le point final des Lumières. En les poussant superbement jusqu’à leurs conséquences les plus ultimes - soit le libéralisme appliqué à la libido -, il les réfute ab absurdo.

        Que les enfantillages des Lumières - en comparaison de la noire lucidité des penseurs du Grand-Siècle - aient été pris au sérieux et le demeurent, cela en dit long sur la bourgeoisie à travers les âges, et révèle non seulement la perversité mais l’inintelligence des élites depuis deux siècles, pour qui Voltaire est un génie et presque un saint.

        " Les Lumières, ce siècle qui éclaire tout et ne voit rien " Julien Gracq


        • 2 votes
          Guit’z 5 mai 2014 00:13

          Assez d’accord avec ce que dit Qaspard, quand il évoque l’ennui que suscitent à la longue ces orgies et ces tortures rituelles à n’en plus finir.

          Au fond, rien de plus cucul la praline, après quelques chapitres, que ce théâtre de la cruauté graduelle : ce sont les cercles de l’Enfer de Dante - mais sans l’intercession infiniment dissimulée du Malin. Dans le théâtre des Anciens, comme dans celui de Racine, le destin fatal est d’un seul tenant, le Mal est engrené depuis la nuit des temps, il ne se pense ni ne s’élabore au fil de la narration, les péripéties que traversent les personnage sont la substance de l’intrigue, non ses prétextes décoratifs. Au contraire, chez Sade, le Mal se théorise lui-même tandis qu’il s’accomplit, comme s’il s’expérimentait, s’éprouvait dans son propre commentaire. L’Enfer de Sade est celui que peint un philosophe ; son procédé est didactique, ce pourquoi il s’évente au fur et à mesure. C’est le vice d’un enfant qui découvre le vaste monde au cours de quelque voyage initiatique - c’est Candide à l’envers, aussi est-ce si surfait.

          Cela dit Sade est un poète et un moraliste. A mon avis, le moraliste est même un des plus grands.

          A lire : Sade, d’Annie Lebrun. D’ailleurs, tous les essais d’Annie Lebrun sont admirables...

           smiley



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