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Orwell Orwell 29 mars 15:56

C à cause de discriminations et d’oppressions réelles que les gens s’organisent parfois en non-mixité. Il ne faut pas inverser les causalités.

Témoignage de Marie-Noëlle Thibault, ancienne militante à la CFDT, qui évoque ses souvenirs de réunions « non mixtes », qui suscitaient déjà, dans les années 1970, les critiques des syndicalistes, ces derniers accusant les femmes de briser l’unité de la classe ouvrière  :

"Dans les années 1970-1980, le Mouvement de libération des femmes (MLF), organisation non mixte, est apparu dans la foulée de Mai 68, et a secoué fortement toutes les structures de partis politiques, extrême gauche comprise, très machiste, dans la tradition française – la politique est une affaire d’hommes. J’étais alors à la CFDT, et la Centrale a été fortement secouée par la lutte des femmes. Notre combat principal a été de créer dans l’organisation des lieux où la parole des femmes travailleuses pourrait s’exprimer librement. Nous avons mis en place une commission « travailleuses » au niveau confédéral, et des sessions de formation et d’échange non mixtes. Cela n’a pas été facile. Nous étions accusées de briser l’unité de la classe ouvrière, sans doute censée être incarnée dans l’organisation syndicale. C’était la version 1970 de l’actuelle accusation de séparatisme.

Notre première session de formation non mixte me laisse un souvenir tragique et indélébile. Nous étions une trentaine de femmes. Trois d’entre elles avaient été envoyées par leurs structures hostiles à la « non-mixité » pour nous «  ramener à la raison ». Les travailleuses ont commencé à raconter leurs conditions de travail comme elles ne l’avaient encore jamais fait. Je raconte une seule expérience, celle des ouvrières d’une usine textile dans le Nord, à proximité d’un bassin minier.

Quand une nouvelle ouvrière arrivait de la région minière, les contremaîtres jouaient à celui qui arriverait le premier à lever sa jupe pour vérifier si elle portait une culotte. En avaient-elles déjà parlé au syndicat ? Non, jamais. Pourquoi ? Parce qu’au syndicat ce sont des hommes, on n’oserait pas, ils ne comprendraient pas. Et puis, les contremaîtres sont syndiqués.

Des anecdotes comme celle-là, il y en a eu des dizaines en quelques jours. La parole libérée, pour la première fois, entre femmes. Et puis le quatrième jour, une des trois « envoyées spéciales contre la non-mixité » a pris la parole, elle a fondu en larmes, et a raconté les gestes et les paroles sexistes des responsables syndicaux eux-mêmes, très majoritairement hommes dans cette branche où domine la main-d’œuvre féminine. Les mœurs dominantes dans la profession se retrouvaient à l’identique dans la structure syndicale. Nous étions toutes bouleversées de vivre ce moment, et j’y repense souvent.

Ces groupes de parole avaient-ils vocation à dorloter des victimes, à les conforter dans leur « victimisation » ? Absolument pas. Leur seul rôle était de permettre un passage à l’action ajusté à la réalité des rapports sociaux vécus. Alors, ne pas diviser la classe ouvrière ? Oui, mais comment ? En faisant taire ces femmes ? L’universalisme oui, mais lequel ? Celui qui consiste à faire taire les plus exploités, les plus écrasés, ou celui que l’on construit lentement, difficilement, à travers la confrontation des expériences pour trouver des avancées communes ?"




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