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Accueil du site > Tribune Libre > Frederic Mompou i Dencausse : La pureté dans la composition

Frederic Mompou i Dencausse : La pureté dans la composition

« J'ai ressenti dans mon enfance un désir de rester enfant. J'ai ressenti une grande peur de pénétrer dans la vie . Je me sentais assez incapable de lutter pour mon existence parce que je ressentais en moi un homme fait pour la vie contemplative. Dans mon cas, quelqu'un d'autre aurait tout de suite envisagé l'entrée dans des ordres... mais je ne sentais pas du tout cette vocation.

Il arrive un moment où, il faut choisir, les parents te demandent « alors qu'est-ce que tu veux faire dans la vie, qu'est-ce que tu veux... », alors voilà... c'était un drame pour moi. Je vois bien maintenant ce qui dominait en moi : c'était la liberté d'esprit, avoir conservé dans la vie une liberté de penser. J'ai eu une grande chance, parce que ma famille, ma mère surtout, voyait en moi, un être infime. Ils sentaient que j'étais malade, ce n'était pas vrai du tout mais je ressemblais beaucoup à mon grand-mère qui était mort tuberculeux, alors elle se disait « si nous le laissons étudier, faire sa carrière de musicien... ». Elle a vu la garantie que je n'aurais pas beaucoup de travail à faire... »

 

 

Après Gabriel Fauré, cet article propose de faire la connaissance d'un grand compositeur resté assez méconnu pour le grand public malgré son grand intérêt : Federico Mompou. Le lien avec Fauré est que Mompou (1893-1987, né et mort à Barcelone) décida de devenir compositeur à l'âge de 16 ans lorsqu'il écouta un concert donné par Fauré. Il étudia le piano dans un premier temps à Barcelone puis reçu une lettre de recommandation de son maître pour venir étudier à Paris (où il restera jusque dans les années 40) au conservatoire alors dirigé par... Fauré. Il fut néanmoins pris de timidité et s'en alla avant même d'être auditionné. Cette même timidité le poussa à fuir une interview avec un célèbre critique lorsqu'il composa sa toute première œuvre. Cet effacement de lui-même, l'introspection et l'expression de l'intime marqueront profondément la composition de Mompou.

Il étudia essentiellement en France et fut inspiré dans les années 20-30 par de nombreux compositeurs français (Satie, Fauré, Ravel, Debussy) mais également russes (dont Scriabine qui le fascinait), mais cette étude musicale fut assez chaotique, trouvant ses professeurs d'harmonie, de composition et de piano parfois trop rigides. Voilà qui était avant tout Mompou : un esprit libre, un musicien visuel qui avait besoin de cette liberté pour exprimer ce qui lui tenait le plus à cœur : la beauté. Pour illustrer cela, rien de mieux que la Cancion y Danza n°6 :

 

 

 

Cette prière vidéo d'une œuvre datant de 1942 et dédicacée à Arthur Rubinstein est teintée de rythmes antillais et illustre bien le style épuré, l'expression du primitivisme très présente chez lui. Mompou se décrivait lui-même comme un « primitif ».

Mompou voua son œuvre (pour piano principalement) à cet esprit, privilégiant la résonance, la légèreté, s'affranchissant des conventions d'écriture de la musique (absence fréquente de barres de mesure, d'armature...). L'héritage chopinien (Mompou composera ces 12 variations sur un thème de Chopin entre 1938 et 1957) se ressent dans cette même expression de l'intime.

 

 

 

Continuons avec une des Fêtes Lointaines (n°4) :

 

 

 

Ces pièces étant très courtes, je vous propose l'intense n°3 (Courtoisie) qui transporte en une minute :

 

 

 

La Catalogne (on en parle beaucoup en ce moment), terre d'enfance du compositeur reviendra souvent dans son travail. Elle est au cœur de ce Prelude n°5 :

 

 

 

Il y aurait beaucoup d'autres œuvres à présenter de celui qui a cultivé l'idée « d’une musique qui serait la voix même du silence » mais on ne peut pas passer à côté de Suburbis qui évoque les faubourgs de Barcelone, deux amies d'enfance gitanes de Mompou et autres souvenirs d'enfance. Un petit découpage du temps ci-dessous :

 

Suburbis :

0:29 - El carrer, el guitarrista i el vell cavall (La rue, le guitariste et vieux cheval)

4:28 - Gitanes I

6:09 - Gitanes II

8:04 - La cegueta (La petite aveugle)

10:14 - L'home de l'aristó (L'homme à l'ariston)

 

 

 

On termine avec Mompou, en chair et en os. On découvre dans cette entrevue un homme d'une délicatesse d'un autre temps (désolé c'est en espagnol et il n'y pas de sous-titres, fallait pas prendre allemand en seconde langue vivante ! Pas de panique... il y a un autre lien et c'est en français). Il parle de son parcours, de ses difficultés au conservatoire, de sa rencontre avec Fauré, ses influences... Elle se termine (vers la 34ième minute de cette entrevue) par une œuvre qui résume bien l'univers de cet artiste : « Las niñas en el jardín » (Jeunes filles au jardin, 1917 ou 18), une œuvre de ses débuts. Elle est inspirée par un souvenir personnel, celui d'une balade en montagne dans le lit d'un torrent. En haut du ravin, un mur, derrière lequel il imaginait l'existence du jardin et des jeunes filles. 

 

 

 

Dans les années 70 un documentaire sur Mompou est disponible en plusieurs parties : il revient sur sa vie, son parcours, son scepticisme face à l'atonalisme naissant, sa nécessaire fuite de l'impressionnisme, etc. :

 

 

Tags : Musique Culture



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1 réactions à cet article    


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    bob14 bob14 8 octobre 09:44

    A l’école j’en ai eu plusieurs.. !..mais je préfère Ravel ou Debussy...



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