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Gaëtan

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    Gaëtan 16 avril 2014 00:14
    Invitation badine au métissage, en 1928. Extrait : « Le marron clair n’est-il pas un heureux intermédiaire qui équivaut à l’espéranto dans les relations internationales ? »


    « Sourires.
    Je voudrais essayer de convaincre Mme Lucie Delarue-Mardrus qui exhale, en une chronique très parisienne, quelques éloquentes lamentations au sujet des peaux bronzées à la mode, et dont le succès la scandalise … Les bains de soleil, les huiles répandues sur la chair nue ne lui disent rien qui vaille … Les femmes ont tort, explique-t-elle, de pasticher Joséphine Baker : la négrification de l’Europe se réalise suffisamment sur d’autres terrains qui ne sont pas des plages. 
    Vous avez tort, Madame, de dissuader nos sœurs en Ève de tourner au noir – sans accès de neurasthénie, il est vrai – comme si la saison de blanc devait durer douze mois sur douze ! … Cet amour des couleurs sombres peut fort bien se justifier, d’autant que la morale, ici, reçoit pleine satisfaction. Il n’y a pas, que je sache, incompatiblité entre le bien et le hâle ! …
    D’abord il est excellent, de nos jours, de faire assavoir aux amis et connaissances qu’on revient du bord de la mer, signe incomparable de santé et de prospérité ! … Mais lorsque la preuve est inscrite sur la peau, elle est irréfutable. Mesdames, hâlez-vous lentement ; ce travail produira, à coup sûr, son petit effet autour de vous … 
    Et puis les lois de l’hospitalité la plus large exigent que les Françaises accueillent les gens de couleur avec courtoisie en effaçant, autant que faire se peut, les différences trop choquantes. Le marron clair n’est-il pas un heureux intermédiaire qui équivaut à l’espéranto dans les relations internationales ? Un Locarno des races apaise donc les conflits fréquents dans les jeux de dames : blanches et noires se fondent en une peau commune agréable à la Société des Nations ! …
    D’ailleurs, si nous nous efforçons de ressembler aux nègres, les nègres, à leur tour, tenteront l’impossible pour nous imiter … Et aussi les jaunes et les rouges ! … La paix mondiale tient peut-être à cette confusion des couleurs. 
    C’est pourquoi je dis à Mme Lucie Delarue-Mardrus :
    – Laissez, laissez les femmes de chez nous se vouer au noir dès leur jeunesse … Pourvu que, par leurs intentions, elles restent blanches comme neige ! … Leur goût actuel n’exprime qu’un grand élan de fraternité, rien de plus … Silence aux rivalités épidermiques : le noir et le blanc se valent depuis que triomphe le jus de réglisse ! … »
    (Le Petit Gringoire [signature de l’article], « Sourires », dans “Ouest-Éclair” n° 9795 du 19 août 1928, page 1. — N.B. : L’article est reproduit intégralement.)

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