Le seul point contentieux pour moi est le maintien d’un niveau astronomique de chômage pendant une décennie. Ni Hoover ni Roosevelt n’ont passé des lois bloquant les salaires (ce qui aurait à cour sûr empêché le salaire de se résorber en période de déflation). Néanmoins, Hoover a convoqué les grands chefs d’entreprises et les a sommés de ne pas baisser les salaires. Il a lancé une politique interventionniste importante (cf. le livre de Hautcoeur ci-dessous), à tel point que Roosevelt a fait sa campagne sur le thème "Hoover est un président dépensier qui gère mal les affaires de l’Etat". Ce n’est pas l’image qu’on a habituellement. Une fois au pouvoir, Roosevelt a passé le Wagner Act, donnant aux syndicats des privilèges qui ont certainement contribué à maintenir les chômeurs hors du marché de l’emploi.
Roosevelt a volontairement pris des mesures pour empêcher les prix de baisser (cf. le numerus clausus sur les taxis qui date de cette époque, dans tous les pays) et cartellisé plusieurs industries. La NIRA a dépêché des inspecteurs pour sanctionner les producteurs qui baissaient leurs prix (!), comme la célèbre affaire Schechter vs. US. Les travaux économétriques montrent ainsi que le pouvoir d’achat de ceux qui avaient un emploi a augmenté pendant la grande dépression (!) tandis que les autres restaient de plus en plus longtemps au chômage. En période de déflation de crédit, ces mesures ont semé une pagaille sans nom dans l’économie. Des récoltes, du lait et des porcs étaient achetés avec de l’argent public puis détruits pour soutenir les prix pendant que des Américains n’arrivaient pas à se nourrir à côté. L’image d’un Hoover passif et d’un Roosevelt activiste de nos manuels est donc simplement fausse. Malgré cela, il est très difficile d’expliquer un événement historique, en particulier le drame qu’a constitué le chômage des années 30 (malgré le "New Deal"...).
Quant à la deuxième guerre mondiale, elle n’a pas contribué à la "croissance des Etats-Unis" mais à celle du complexe militaro-industriel. Plus d’un tiers du PIB ! Ce n’est évidemment pas l’Europe qui payait pour tout ça, alors qu’elle était en pleine déconfiture. La production de biens de consommation s’est effondrée et la consommation des ménages américains a baissé pendant la guerre. Le chômage s’est résorbé parce qu’on a réquisitionné 11 millions (! !!) d’hommes en âge de travailler, provoquant une pénurie de main d’oeuvre. C’est comme si on envoyait 20 % des Français mâles dans une usine fabriquer des portes-avions pour les couler ensuite au milieu de l’Atlantique. Le PIB (cet indicateur ridicule) augmenterait peut-être, mais pas la croissance économique, celle qui contribue au bien-être des ménages français.
Pierre-Cyrille Hautcoeur a sorti récemment un excellent petit livre intitulé "La crise de 1929" qui présente les différentes interprétations de la crise (en gros : kéynesienne, classique, marxiste).
Pour la vision classique et libérale des causes de la crise, puis de la grande dépression qui l’a suivie, voir Rothbard AGD et Robert Murphy "The PIG guide to the great depression and the new deal" :