Re-bonjour micnet :) et ceci sera probablement ma dernière intervention. J’écris trop et trop long et ça me fait bobo ma tête !
« Donc quand je lis que cette Europe est de tendance libérale : je me marre !! »
Ça
me fait aussi marrer... ou pleurer, ça dépend. Surtout quand les gens
marchent à fond dans la combine. Je préfère le terme de "néo-libéral"
car la concurrence n’est ni libre, ni non-faussée. Je pense que le
système est analogue au fascisme — la violence en moins... pour
l’instant — dans la mesure où l’État fait le jeu des corporations au
lieu de jouer son rôle de régulateur. Il en résulte un "faisceau" de
pouvoirs économiques, politiques et médiatiques sans plus aucun
contre-pouvoir réel et efficace, qui aboutit au deuxième point sur
lequel je vous réponds.
« Savez-vous que M. Thatcher a toujours été opposée à
cette union européenne qui a été mise en place et qu’elle a été une des
seules, sinon LA seule parmi les chefs d’état d’alors à s’opposer de
front à Jacques Delors ? Savez-vous qu’elle a toujours plaidé pour une
Europe des états-nations indépendants ? »
Je
laisse le cours d’histoire de côté, mais simplement : je faisais
allusion à Maggie — paix à son âme — pour illustrer cette idée,
prégnante aujourd’hui, qu’il n’y aurait aucune alternative au système en
place. L’acronyme TINA
nous vient bel et bien de Mme Thatcher et résume tout à fait cet état
d’esprit. Je vous renvoie au post d’Éric qui me demande si je préfère
perdre les transports, la police, l’armée, ou bien la santé ? Il part du
principe qu’on n’a pas d’autre choix que celui de perdre quelque chose,
fort bien, c’est un point de vue. Mais je ne le partage pas.
« De nouveau, avez-vous lu le lien de l’article ci-dessus ? Il est notamment fait mention d’une dette de 26 milliards en
2003. Certes cela fait 10 ans maintenant mais est-on sûr que c’est
mieux aujourd’hui ? Pensez-vous sérieusement qu’une entreprise privée
accusant une dette pareille serait viable ? »
Je
répondrais que non, après tout dépend des soutiens dont elle bénéficie,
de ses perspectives en termes de recettes etc. — et je ne suis pas non
plus trader hein, je précise :) donc je n’ai pas réponse à tout mais
essaie simplement d’exercer mon esprit critique et ma logique.
Simplement et pour en revenir à votre propos : vous partez une fois de
plus de l’idée selon laquelle "parce que la SNCF est endettée, la seule
solution" consisterait à privatiser. Il n’y a pas d’autre choix, on en
revient toujours au même. De mon point de vue l’on pourrait aussi
renflouer les caisses de la SNCF — comme celles de l’État — si nous en
avions les moyens. Et je pense que nous aurions davantage de moyens si
au lieu de nous laisser constamment piller par des fortunes privées
(pardon mais encore une fois : les milliardaires sont assez rarement
fonctionnaires !) auxquelles on redemande ensuite de nous prêter des
sous avec des intérêts donc de la dette et ainsi de suite — on disait
"stop" et fin de l’orgie capitaliste. C’est schématique, OK — c’est de
l’idéologie aussi. Mon point est simplement de vous dire, et ce, dans le
respect de votre opinion, que celle-ci relève d’un choix et que
d’autres sont possibles ou à tout le moins envisageables. Certains n’ont
plus d’argent parce que d’autres en ont trop, et je ne pense pas qu’on
résolve le problème en leur donnant le peu qu’il nous reste càd notre
patrimoine.
« ---> Entre idéologues, on devrait s’entendre
(je plaisante). Plus sérieusement, comprenez-moi bien : lorsque je dis
qu’une privatisation OBLIGERAIT le nouvel actionnaire à plus de
précautions, j’espère que vous avez bien compris que cette obligation ne
vient pas d’une quelconque ’vertu’ dudit actionnaire mais bien du fait
qu’il n’aurait pas d’autres choix, sous peine d’en subir de lourdes
conséquences financières ! [...] Et donc lorsque je dis
qu’une entreprise privée serait obligée de tout mettre en oeuvre pour
que ce service fonctionne, pensez-vous sérieusement que je fasse de
l’idéologie ? Moi j’ai l’impression d’avoir une approche plutôt
pragmatique mais sans doute ai-je tort... »
Il y a
toujours une part d’idéologie dès lors qu’on "choisit" une solution
plutôt qu’une autre. Je ne vous en tiens donc pas rigueur et
inversement, j’espère que vous non plus. Plus jeune, ado en particulier,
j’étais idéologue : sensibilité de "gauche" jusqu’à ce que je me rende
compte que ça ne veut plus rien dire. Puis j’ai été contre le
"libéralisme" jusqu’à ce qu’en débattant ainsi que nous le faisons, je
réalise — magie de la contradiction ! — que le système en place n’a de
libéral que le nom et le sacro-saint principe de liberté de s’enrichir
démesurément au fond du fond. La liberté s’arrête pour vous et moi dès
lors que nous nous penchons pour cueillir une fleur dont le brevet est
détenu par Monsanto, si vous voyez ce que je veux dire. Mon analyse sur
ce fil se veut pragmatique, il y a sans doute une part d’idéologie mais
vraiment et très sincèrement, je ne défends aucun parti ni rien de ce
genre. Je suis juste convaincu par le cheminement logique que je vous
livre, que privatiser ne fera que nous emmener dans le mur encore plus
vite. Non par le jeu de la libre concurrence mais par celui du fruit
pourri qui gâte le panier. Je crois sans idéologie aucune que l’État,
pragmatiquement doit jouer un rôle de contre-pouvoir et réguler un
minimum l’économie. Je ne sais plus quel économiste, pourtant pas de
gauche, disait qu’au fond c’est un peu comme un match de boxe : un
combat mais sur un ring avec des règles et un arbitre qui veille au
respect de ces règles. Il définissait le système en place partant de là
en disant : on a supprimé le ring (= mondialisation), les règles (= jeu
de la soi-disant concurrence "libre et non faussée"), l’arbitre (=
l’État qui renonce à son rôle), et ça devient une rixe ou quelque chose
de ce genre. C’est une analyse très pragmatique à laquelle je souscris
et elle fait partie des éléments qui guident mon "choix" sur un plan
plus idéologique. Sachant aussi que je crois surtout à l’équilibre entre
pouvoirs et contre-pouvoirs : si l’État avait a contrario "trop" de
pouvoirs et qu’il écrasait l’économie par exemple, je plaiderais pour un
peu plus de libéralisme. En l’occurrence ce que je constate chaque
jour, c’est des réformes "courageuses" qui vont TOUJOURS dans le sens de
libérer — encore un peu plus — l’économie, d’alléger les charges
sociales, de repousser l’âge de départ à la retraite et d’autre part :
des articles expliquant qu’il y a eu plus de milliardaires cette année
et que les ventes de voitures neuves ont chuté sauf haut-de-gamme et 4x4
de ville. La paupérisation est un danger et le social, une composante
aussi
de l’équilibre précaire. Si "vous" continuez dans l’extrême libéral en
négligeant la base du social càd le nombre, les masses, les 99,9999% —
alors je vous garantis que la lutte des classes deviendra à terme telle
que le police et l’armée n’y pourront plus rien faire. Ordo ab chaos,
c’est en tout cas ma conviction.
Un grand merci pour vos réponses, votre patience, et votre ouverture d’esprit.
Bien cordialement.