La vie intérieure est une évidence en particulier pour les gens - dont je fais partie - qui croient en l’existence de l’âme, ou du moins de la possibilité de considérer une vie comme une œuvre singulière. Cette vision des choses, salutaire s’il en est, est loin d’être partagée par la majorité de l’espèce, bien plus occupée à capitaliser extérieurement, ce que la société actuelle les incite d’ailleurs à faire.
Quand vous vous dites philosophe en public, vous passez pour un rigolo, un excentrique, un original. De là mon appel plus haut à bien prendre en compte la pluralité des dispositions des individus : dans une société qui fait de l’égalité un pilier et qui accorde toujours plus de poids à ce qui a la faveur d’une majorité, si ladite majorité décrète que la vie intérieure est illusoire, elle emporte la discussion. C’est elle qui fait la pluie et le beau temps. Donc soit on l’amène à se creuser un peu plus les méninges, soit on en finit avec le principe de suffrage dans n’importe quel domaine ; il est des choses qui se discutent difficilement, et je ferais remarquer que depuis le début, en parlant de vie intérieure, on émet un jugement de valeur entre vie de l’esprit et vie matérielle. Qui dit jugement de valeur dit, à terme, remise en question du règne de l’opinion et du "tout se vaut" qui sied tant au marché.