@ Gaspard :
Vous me demandez de témoigner de la façon dont je vois, personnellement, mon âme à ses débuts, je vous répondrais - puisque j’ai enfin compris votre question - que je la perçois comme une entité créée à partir d’une intelligence supérieure, et enfermée dans ses premières années dans un corps chrysalide, afin de lui donner les premières impulsions dans le concret d’une expérience vécue. Je ne suis pas sûr du tout d’être steinerien pour le coup, mais vis-à-vis de ce genre de choses, abstraites au possible, il faut, me semble-t-il, que Steiner soit sacrément convainquant pour amener ses lecteurs à se figurer autre chose que ce qu’ils ont à l’esprit (je ne parle pas des esprits vierges de toute représentation).
Ceci rejoint un peu ce que vous disiez plus haut en répondant à ma question sur le besoin que pourrait avoir une âme de s’incarner.
Votre tripartition me fait penser à Platon : peut-être l’avez-vous lu, ou alors devriez-vous le lire. Noûs, Thumos et Épithumia, le cocher et ses deux chevaux. De fait, il n’est pas exclu que Steiner lui-même s’en soit quelque peu... "inspiré", non ?
Au sujet du progrès moral, civilisationnel ou individuel, nous en étions à ceci (de ma part) :
"Ce que je veux dire en parlant de la médecine (ce que vous reprenez avec
l’exemple de l’aéronautique) est que nous sommes là en présence de
savoirs dont chaque nouvel être sera amené à bénéficier sans avoir à en
maîtriser les ressorts.
Ceci est rigoureusement différent en ce qui
concerne la morale : chaque nouvel être, en tant que membre d’une
communauté politique qui l’a vu naître et est appelée à lui survivre
doit intégrer, adopter un comportement éthique. Pour reprendre
concrètement le parallèle médecine/morale : en venant au monde, je peux
bénéficier de la carte Vitale de mon père sans que celui-ci soit
médecin. En revanche, et même s’il est profitable d’avoir un père ayant
un fort sens de l’éthique, rien ne me garantit que je serai un individu
moral et qu’il saura me l’inculquer où que je serai suffisamment
réceptif à son exemple (peut-être sera-t-il mauvais professeur en la
matière, peut-être n’aurai-je pas autant de dispositions naturelles que
lui, peut-être que la vie aura été plus dure avec moi qu’avec lui,
etc.).
En clair : les Marc-Aurèle peuvent engendrer les Commode.
Par conséquent, je dirais que l’homme qui vit au siècle
de la bombe atomique se voit reçu, sans rien faire, au sein de la
communauté de ses semblables bénéficiant du progrès scientifique. Mais
pour ce qui est de la morale, rien de comparable. Dans un cas il y a une
capitalisation, dans l’autre nous sommes soumis aux aléas des
comportements individuels et à la responsabilité de chacun, assumée ou non. C’est la raison pour laquelle nous pourrions
nous passer d’une instruction en science nucléaire, mais jamais nous ne
nous passerons d’une éducation à l’éthique, seuil de toute vie en
société. Et accessoirement, sur un plan personnel, c’est aussi la raison
pour laquelle j’ai délaissé les sciences dures pour me tourner vers les
sciences humaines, les plus fondamentales, mais aussi les plus négligées à notre époque."