Il faut savoir raison garder. Je peux comprendre que vous soyez déçu du résultat après tout ce que nous promettaient les Lumières. On nous disait "bientôt les lendemains qui chantent" et nous voilà assujettis tous comme des cons à l’indice de satisfaction des ménages et aux notes de bonne conduite économique de fumistes agences. La note est salée !
Néanmoins, pensez-vous vraiment que nous aurions pu tenir la même discussion en régime totalitaire ? Un peu de sérieux, je ne porte pas non plus le système actuel dans mon cœur, mais je sais encore reconnaître ce que je lui dois.
Le totalitarisme nie l’individu qu’il écrase ; le démocratisme actuel exacerbe au contraire les individualités au point de les voir s’écraser entre elles. Ainsi négligez-vous la volonté des Modernes dans le malheur qui les accable. C’est en effet pour avoir fait des anciens sujets du Roi que nous étions de parfaits petits producteurs-consommateurs, avec notre consentement bien sûr, que l’oligarchie s’est peu à peu rendue indispensable, au point de ne plus pouvoir, à de rares exceptions près, penser la démocratie autrement qu’au travers du couple infernal professionnalisation/suffrage universel. Tant qu’on refusera de décortiquer la démocratie actuelle pour en cerner les failles et tenter d’y remédier, rien ne sera possible. C’est un objet de fétichisme qui nous aliène à nous-mêmes.