Vous êtes vous-même esclave des combats de classe : ne parlez-vous pas en termes de domination, d’oligarchie, de "peuple", de "il y aura toujours un groupe pour..." ? Et d’abord, qu’est-ce que le "peuple" ? C’est toujours amusant de s’entendre dire que l’on dénigre le peuple... je suis quoi moi, extérieur au peuple ? Je n’en fais pas partie ? Parce que je me méfie des bons sentiments et d’une bonté infuse à la base de la société, j’en serais exclu ipso facto ?
Le peuple, c’est moi, c’est vous, c’est Machiavel1983, et nous sommes tous les trois aussi fondés les uns que les autres à le critiquer, à ne pas le ménager, ça lui rend service et ça nous rend service. C’est parce que je connais ma pente naturelle à la paresse, contre laquelle je lutte chaque jour, et qu’il n’y a aucune raison que je sois le seul à y être enclin que je me permets de bousculer mes semblables, d’autant plus qu’en "démocratie", on ne peut pas se permettre de faire l’impasse sur le travail de l’esprit, tous autant que nous sommes.
Vous me parlez de frilosité, mais qui est frileux dans cette histoire ? Celui qui critique le partage en classes au nom du bon "peuple", ou celui qui dit que la notion de "peuple" elle-même est un moyen bien commode de défendre une coterie plutôt qu’une autre et de s’en remettre aux conflits de classe pour excuser la paresse du bon "peuple" ? Il n’y a pas de "peuple", pas plus du moins qu’il n’y a de "classes". Ce qu’il y a en revanche, ce sont des individus, divers et variés qui, de ce fait même, se construisent socialement de manière différente, mêlant déterminisme et volontarisme, succès et échecs. En parlant de "peuple" à tout bout de champ, on infantilise les individus et on nie gravement la société telle qu’elle est.