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Commentaire de Éric Guéguen

sur Finkielkraut met en doute la thèse de Michéa


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Éric Guéguen Éric Guéguen 16 novembre 2013 17:26

Je vais devoir faire plus court à présent, car j’ai moins de temps devant moi, mais pour aller à l’essentiel :
Il y a un possible malentendu que je dois lever. Il ne s’agit pas de ma part de nier que l’appât matériel, l’intérêt pour la possession soit propre aux Modernes, c’est bien sûr valable de tous temps, c’est même consubstantiel à notre nature. Sommes-nous bien d’accord là-dessus ?
Mais ce qui est propre à l’époque moderne, et que nous exploitons et amplifions indéfiniment depuis, c’est l’absence de toute retenue. Et je reviens ici sur le concept de common decency, tant vanté par Michéa ou Finkielkraut, qui, l’un comme l’autre, ont trop tendance à faire comme si le monde prenait naissance aux XVI et XVIIe siècles. (au passage j’ai consulté quelques extraits de leurs deux livres à la FNAC ce matin et... c’est vraiment pauvre, très pauvre pour des "philosophes" Au moins est-ce vite lu...). Ce concept trouve ses racines les plus profondes dans le constant souci de l’Antiquité pour la construction et le maintien de soi en société (aussi bien du point de vue de Platon ou d’Aristote, que des épicuriens et des stoïciens ; seuls les cyniques dérogeaient, mais au nom d’une spontanéité naturelle, rien à voir avec nos comportements "anti-naturalistes" contemporains). Au Moyen Âge, moyennant certes quelques postures hypocrites qui ont pu irriter Machiavel au point de déterminer sa pensée politique, cette décence commune était placée sous l’égide d’une Église qui a abusér de sa position de dépositaire.
 
Et en définitive, le manque de retenue, les instincts, les passions prosaïques débridées, c’est assez récent, tout ceci au nom de l’individu. C’est daté, cohérent, et cela permettra enfin d’être instrumentalisé par le marché, toujours dans l’optique de noyer les crispations religieuses et l’arbitraire politique dans une gouvernance horizontale ne reconnaissant que les intérêts exponentiels des individus. Là peut ensuite se produire ce que vomit Michéa, le libéral-libertaire qui, sous couvert de lutte pour les libertés individuelles, sert la soupe au marché le plus cynique.
À bientôt,
EG
PS : lisez un jour La grande transformation, de Polanyi (Karl, pas son frère), c’est passionnant. Lui aussi était socialiste non marxiste. Michéa a dû le lire. Sinon, il devrait le lire. Polanyi explique très bien le désenchassement proprement moderne (donc occidental) de l’économie vis-à-vis de la place que lui avait toujours allouée la politique.


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