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Commentaire de ffi sur Eric Zemmour : sur l'affaire Dieudonné "On ouvre le pas à une dictature" - Agoravox TV

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Commentaire de ffi

sur Eric Zemmour : sur l'affaire Dieudonné "On ouvre le pas à une dictature"


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ffi 18 janvier 2014 15:13

Le totalitarisme marchand (comme vous dites) est précisément voué à "attenter à la dignité humaine", puisqu’il confine à considérer l’homme comme une marchandise : machine à produire pour le producteur, machine à payer pour le consommateur.
 
Vous confondez un peu toutes les notions, je trouve.
- Totalitaire est "ce qui se réfère à la totalité" : d’un point de vue politique, c’est un pouvoir qui aspire à régenter tous les aspects de la vie de ses habitants, jusqu’à l’intimité de leur pensée.
- Autoritaire est "ce qui se réfère à l’autorité" ; l’autorité légitime sur une chose étant celle de l’auteur de cette chose. Celui qui s’empare de l’autorité sur une chose sans être l’auteur de cette chose sera dit "autoritariste" : il dispose d’une fausse autorité.
- Arbitraire est "ce qui se réfère à l’arbitre" : avant la centralisation monarchique, les juridictions étaient nombreuses (voire elles se superposaient), et un même délit pouvait être puni de manière très diverses selon le juge qui statuait. Ce juge étant l’arbitre des conflits sociaux, l’absence de loi générale menait à des décisions arbitraires, c’est-à-dire à des décisions dont les raisons appartenaient complètement à l’arbitre du jugement.
 
Il convient de ne pas confondre Totalitaire et Autoritaire. l’Autoritarisme se réfère au fait qu’il existe une autorité en capacité de prendre des décisions politiques. Cependant, un pouvoir autoritaire peut très bien savoir se limiter et ne pas tout vouloir tout régenter. Un pouvoir autoritaire n’est pas nécessairement totalitaire.
 
Quant à l’arbitraire, il est en pratique résolu par l’adoption de lois universelles que les juges sont chargés d’appliquer. Cependant, cette résolution reste partielle, puisqu’il y a toujours des "angles morts" dans la loi (elle ne peut prévoir tous les cas) mais aussi que la loi générale doit être ajustée aux cas particuliers. Par conséquent, l’arbitre du jugement a toujours une certaine marge de manoeuvre dans l’application, marge que le juge résout selon ses raisons propres, d’où une irréductible dose d’arbitraire. On réduit encore cette dose d’arbitraire en suivant la règle qu’une décision inédite (c’est-à-dire arbitraire suite à résolution d’un vide juridique) fait jurisprudence.
 
On voit bien que l’arbitraire en matière de droit se montre comme un accident de droit (ou une exception) et que sa résolution principale (qui ne peut être que partielle) se montre comme une généralité de droit (ou une norme). Paradoxalement, la crainte de l’arbitraire, de l’accident, de l’exception, peut faire surestimer la vertu de la généralité, de la norme, pour tenter d’en faire une totalité en droit. En cela, le refus d’une dose irréductible d’arbitraire propose un chemin vers une loi totalitaire.
 
Mieux vaut donc admettre une part d’arbitraire : la loi ne peut pas tout prédéterminer. Il faut conserver une marge de manoeuvre aux décisions politiques. L’exceptionnel, l’imprévu ne peut être prévu à priori. Poutine a-t-il été arbitraire ? Oui, en effet. La loi Russe n’avait pas prévu de peine pour des aparatchiks s’emparant des entreprises d’État soviétiques pour leur propre compte : De fait, les lois soviétiques n’avaient ni prévu l’effondrement de l’URSS, ni à fortiori les modalité de la transition. Face au vide juridique, Poutine a rendu des arbitrages politiques, il a été arbitraire, certes, mais ces arbitrages ne furent pas nécessairement mauvais (sauf pour les oligarchies anglo-saxonne peut-être...). Poutine est donc l’auteur politique de la société Russe moderne, et en ce sens, il ne fait pas de l’autoritarisme, mais dispose de l’autorité.
 
Quand le juge du conseil d’état s’appuie sur une jurisprudence, il ne s’appuie pas sur une norme, mais sur un jugement exceptionnel lié à la pratique du "lancé de nains".
 
Était-il écrit dans le droit quelque part que "lancer du nain" était interdit ? Non.
Les juges ont donc dû réfléchir, puis introduit en droit cette notion "d’atteinte à la dignité humaine", qui consiste à "objectifier" un sujet de droit. C’est une notion très bien fondée de mon point de vue.
 
Donc, oui des arbitrages sont nécessaires, tant au plan juridique que politique. Si la liberté est la norme, le totalitarisme libertaire n’est pas souhaitable.
 
Et c’est là que cela devient intéressant. En effet, le totalitarisme libertaire a "un mur". Et "le mur" a été montré par la réaction politique qui fut donnée aux outrances irrévérencieuses de Dieudonné via l’usage de l’exception arbitraire au totalitarisme libertaire.
 
Nulle société ne peut souscrire à sa propre destruction. Par conséquent, aucune liberté ne peut être admise pour les discours qui s’en prennent à ses fondements. Donc la démonstration de l’affaire Dieudonné est que, pour le pouvoir en place, et j’ai lu cela récemment, la sempiternelle remémoration affligée de la Shoah qui serait le fondement de la société Française moderne.
 
Or, de mon point de vue, je ne crois pas que la remémoration de la Shoah puisse être tenu comme fondement de notre société pour l’avenir. Les fondements d’une société sont plutôt ses moeurs (notion d’atteinte aux bonnes moeurs) ou son organisation politique et économique par exemple.
 
Par conséquent, on voit bien que l’usage de l’exception arbitraire au totalitarisme libertaire fut dans ce cas faite dans un sens très particulier qui ne me semble pas légitime à l’égard de la société française. En effet, la Shoah n’est pas "l’auteur" de la société française. La Shoah n’est pas le fondement de la société française. C’est le catholicisme qui est l’auteur de la société française, de ses moeurs, de ses usages. L’autorité légitime est donc le catholicisme. L’usage de l’exception arbitraire au totalitarisme libertaire devrait donc être réservée au catholicisme.
 
Ainsi Dieudonné a-t-il montré le dévoiement actuel de l’autorité, la source de l’autoritarisme en France.


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