@Eric et MaQ
Bonjour à vous deux,
Alors, qui du capitalisme, de l’individualisme ou de l’égalitarisme est cause racine des 2 autres ? Voilà, je crois résumé notre problématique

Pour ma part, entre l’individualisme et l’égalitarisme, j’avoue, cher Eric, que cette question de la primauté de l’un sur l’autre m’apparaît comme secondaire dans la mesure où ces 2 critères me semblent liés l’un à l’autre de manière indéfectible et sont les caractéristiques de ce qui fonde la démocratie (et là, je suis persuadé d’être dans la droite ligne de ce qu’énonçait Tocqueville). Je comprends d’ailleurs fort bien votre explication (somme toute logique) qui consiste à partir du principe que seule une déliaison préalable due à un individualisme entraîne par la suite une volonté de nivellement égalitariste.
Concernant le capitalisme maintenant, cher MaQ, nous en avons largement discuté la dernière fois. Comme vous le savez, j’avais choisi la définition basique du capitalisme que l’on trouve sur wikipedia et avec laquelle vous sembliez d’accord, soit :
"un système s’appuyant sur la propriété privée des moyens de production et permettant l’accumulation de capital ". Autrement dit, il ne s’agit pour moi pour QUE d’un mécanisme et non d’un système social à part entière (même si il est vrai que celui-ci, à l’instar des religions, peut phagocyter les sociétés. Je dis bien "peux"). Or pour vous, il s’agit bel et bien d’un système social à part entière, justement !
Ensuite, MaQ, vous nous dites :
"Soit on considère que l’homme est autre chose qu’un estomac sur patte, et dans ce cas, l’égalité économique n’ homogénéise en rien l’ être humain et elle ne brise pas la verticalité et il faut savoir que pour certains traditionalistes , elle est une condition nécessaire à l’ émergence d’ une vraie verticalité ( il n’ y a pas que la gauche ou les socialistes qui sont pour l’ égalité économique , il faut le savoir )."
---> Pour ma part, je confirme que l’homme, au départ, n’est pas qu’un homo oeconomus ou un estomac dur pattes mais c’est la démocratie qui a fait des hommes des homo oeconomus en brisant toute forme de verticalité inhérente à l’homo politicus ou l’homo culturalis.
Ainsi, la prédominance de cet "estomac sur pattes" n’est que la résultante de la destruction progressive de toute verticalité et Marx en est un formidable accompagnateur.
Marx, si je devais résumer, n’est au fond que le prophète de l’horizontalité absolue ! Et j’avoue que je doute de changer d’avis une fois que j’aurais lu Le Capital en entier. Sauf si vous êtes en mesure de me démontrer que je fais fausse route (ce qui est, après tout possible)
"Par ailleurs, si on considère l’égalité économique comme un égalitarisme, c’est qu’on pense que l’être humain est un estomac sur pattes, c’est logique !"
----> Non, c’est un ensemble ! La démocratie n’est pas SEULEMENT un égalitarisme économique, c’est un appel à un égalitarisme intégral : économique, culturel, politique et naturel. Vous vous opposez à la théorie du genre, MaQ ? Elle n’est pourtant que la conséquence logique d’une société démocratique
"Donc je terminerai ainsi : la pensée de Tocqueville ne s’oppose pas à individualisme, elle en est son parachèvement !"
---> Copieur, va
. Je vais vous démontrer que Tocqueville s’opposait à l’individualisme démocratique en lui préférant l’aristocratie, qui, selon lui, permettait la conservation des "liens" dont nous avons parlé plus haut :
" Les institutions aristocratiques ont pour effet de lier étroitement chaque homme à plusieurs de ses concitoyens. Les classes étant fort distinctes et immobiles dans le sein d’un peuple aristocratique, chacune d’elles devient pour celui qui en fait partie une sorte de petite patrie plus visible et plus chère que la grande. Comme dans les sociétés aristocratiques, tous les citoyens sont placés à poste fixe, les uns au-dessus des autres, il en résulte encore que chacun d’entre eux aperçoit toujours plus haut que lui un homme dont la protection lui est nécessaire, et plus bas il en découvre un autre dont il peut réclamer le concours. Dans les siècles démocratiques, au contraire, où les devoirs de chaque individu envers l’espèce sont bien plus clairs, le dévouement envers un homme devient plus rare : le lien des affections humaines s’étend et se desserre...L’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part"