Bonjour à vous Machiavel,
C’est donc entre gens courtois et polis que nous allons continuer à échanger

Je reviens maintenant sur vos interpellations :
"1. Vous dites que Marx est un prophète de l’ horizontalisation et je vous demande des explications."
---> Ah ! Je sens qu’elle vous a bien plu, cette formule ! Je crois que je vais déposer des droits d’auteur
. Plus sérieusement, comme vous le savez, j’ai écrit un article à ce sujet où je tentais de définir les différences entre gauche et droite, en articulant mon raisonnement autour de la verticalité que j’associe à la "droite" et de l’horizontalité (ou de l’égalité) que j’associe à la gauche. (J’ai d’ailleurs cru comprendre que vous étiez à peu près d’accord avec moi. Jusqu’à ce qu’on dévie sur la discussion du ’national-socialisme’...).
Par conséquent, l’horizontalité (selon moi) est un processus progressif qui place de plus en plus l’individu au centre de la société. Cela se traduit, d’une part par un individualisme de plus en plus marqué et inversement proportionnel à la défense du Bien Commun en tant que priorité, et d’autre part par un égalitarisme de plus en plus poussé. Mais j’ajouterais un autre point fondamental : l’horizontalité se traduit aussi par une approche purement matérialiste, en opposition à l’approche verticale que je qualifierais de "spiritualiste", c’est à dire, à l’instar de nos Anciens, la prise en compte d’une dimension transcendantale qui "relie" l’individu à un ordre cosmique (ordre cosmique que l’on appelle "Dieu" ou la Nature).Vous avez, je pense, bien compris que mon raisonnement est très "Tocquevillien" en ce sens que j’associe l’individualisme et l’égalitarisme en tant que phénomènes concomitants, procédant l’un de l’autre (et vice-versa). (J’avoue que mes échanges avec Eric Guéguen, à ce sujet, m’ont également beaucoup influencé. Il pourrait d’ailleurs vous expliquer tout cela bien mieux que moi). En conséquences, cette horizontalité aboutit en contrepoint à un abandon de toute forme de vision verticale, que certains appellent "l’ordre naturel des choses". C’est à dire à la croyance en un ordre social de type pyramidal qui considère que, les hommes n’étant pas égaux entre eux, certains ont une vocation naturelle à diriger une société. (= ordre ancien si cher à Platon) et d’autres à "être des esclaves" (vision toute aussi totalitaire que l’autre, j’en suis parfaitement d’accord)
Donc en résumé, l’horizontalité se caractérise par ces 3 termes : individualisme, égalitarisme et matérialisme. (vous êtes évidemment en droit de contester cette vision, mais c’est ainsi que je vois les choses, pour répondre à votre question).
Maintenant, si on veut faire un peu d’histoire, on peut dater cet abandon progressif de toute forme de verticalité, soit à partir du christianisme (A De Benoist estime que le christianisme a été la cause racine de l’individualisme. Je crois d’ailleurs que c’est vous qui avez posté une vidéo là-dessus très intéressante), soit, de manière bien plus prononcée et évidente, à partir de l’humanisme et du XVIIè siècle avec Hobbes, Locke, Kant,... puis Rousseau ensuite. Exit la Nature !
Et donc on en arrive ensuite à Marx ! Marx qui, selon moi, parachève, en quelque sorte cette vision horizontale, par le prisme de la lutte des classes, et donc remettant en cause une certaine vision pyramidale de la société. Voilà pourquoi je qualifie Marx de "prophète de l’horizontalité" : il répond selon moi parfaitement aux 3 critères, sus-cités (je sais que vous n’êtes pas forcément d’accord). Mais notez bien que je ne prétends pas qu’il est le seul ! Simplement, il finalise, en quelque sorte, ce qu’ont amorcé les humanistes !
Enfin, Je redis ici que le qualificatif de "prophète" n’est absolument pas ironique de ma part : j’estime, en toute sincérité que Marx est réellement un visionnaire ! L’approche matérialiste est indispensable à une compréhension du monde ! Seulement si c’est une condition nécessaire à la pensée, elle n’est pas suffisante et lorsqu’elle devient unique, en balayant la vision verticale (naturelle ou spiritualiste), alors elle devient totalitaire !
Comprenez-moi bien : je n’ai jamais dit que la vision de Marx était fausse ! Je dis qu’elle est incomplète, car amputée de son contrepoint vertical ! Mon approche est purement dialectique : je crois à un certain équilibre par confrontation des ’contraires’ et à partir du moment où cet équilibre est rompu, c’est alors qu’on sombre dans le totalitarisme (dans un sens comme dans l’autre)
J’espère que mes explications, à défaut de vous convaincre, vous semblent désormais plus claires, maintenant. Après cette (longue) explication sur le premier point, j’aborde maintenant vos autres questions .
(suite à venir)