Mais comme
Marx ( qui n’ était marxiste , ceci dit en passant ) ou Machiavel , je constate
que des luttes existent et qu’ on ne peut pas organiser les rapports sociaux
sans en tenir compte.
Ici, c’est bien plus qu’en tenir compte... Mais en faire un système...
D’ailleurs je me demande comment vous pouvez concilier Machiavel,
qui affirme que la vertu politique dépend des circonstances,
avec Marx, ou tout au moins ses continuateurs,
qui affirment que la lutte des classes serait systématiquement une vertu politique.
Cela ne revient-il pas à penser, d’un coté, que la vertu n’aurait pas de règles bien précises, et, simultanément, de l’autre, que cette vertu politique obéirait à une règle systématique ?
Si ce n’est une contradiction, comment concilier ce paradoxe ?
Entre Machiavel et Marx, il y a eu une révolution scientifique, et l’on voit que les idées philosophiques et politiques se sont mises peu à peu prendre la forme des sciences naturelles : les philosophes mis en avant furent ceux qui ont cherché à tout reformuler par la seule nécessité, qui est une causalité systématique et reproductible à l’infini. Il suffit de voir le prestige immense acquis par Newton au XVIIIème et XIXème. Tous les socialistes utopiques (ex : Fourrier, Saint-Simon, Auguste Comte) se sont réclamés de Newton, donc d’une théorie politique qui singe les formes de la physique mathématique.
Pour ce qui est de Marx, cette tendance est aussi très clair :
La société passe par étapes successives au gré de rapports de force.
C’est du pur Newtonisme, transposé à la politique :
l’accélération du progrès est égale à la somme des forces...
Du coup, comme ce genre de théorie prend les formes de la physique mathématique, sa tendance générale est de penser les rapports de cause à effet des évolutions sociales comme guidées par des nécessités, d’où la prétention à affirmer que l’on pourrait en découvrir les règles exactes. D’où aussi que leurs applications pratiques sont toujours technocratiques (puisque l’on suit une règle systémique)
Hélas, la politique, science puis art des rapports entre sujets animés, est le royaume du contingent, et la forme de la physique mathématique, science des rapports entre objets inertes, y est évidemment totalement incongrue de ce fait.
De ce point de vue, Machiavel reste de l’ancienne école,
il tient que la vertu dépend des contingences,
tandis que Marx est de la nouvelle,
il tient que la vertu découle de nécessités.
Mais revenons sur un plan plus basique :
Celui qui conseille aux plus faibles de rechercher le rapport de force avec les plus forts, celui-là est un faux ami des faibles, puisque les plus faibles sont sûrs de perdre à ce jeu-là...[je mets de coté l’éventualité d’un miracle]
Le libéralisme, c’est prôner la liberté du renard dans le poulailler.
Le marxisme, c’est prôner aux poules d’attaquer frontalement les renards.
Y aurait-il un meilleur moyen de s’assurer que les poules soient mangées toutes crues que de les convaincre de s’exposer d’elles-mêmes aux appétits de leurs prédateurs ?