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Commentaire de Éric Guéguen

sur L'attentat démocratique et l'indispensable contamination positive des idées d'Étienne Chouard, Michel Houellebecq, Henri Guillemin, Paul Jorion, Cornelius Castoriadis, Jacques Brel, et Francis Dupuis-Deri


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Éric Guéguen Éric Guéguen 13 juin 2014 16:48

1. Je ne vais jamais sur E&R. Pas par allergie, je ne suis nullement sectaire, mais parce que je n’en ai jamais le réflexe.
 
2. Vous parlez du "conservateur" et je ne me sens pas le moins du monde visé. Celui-ci est aussi englué dans la marche du temps qui passe que son ennemi préféré. Il y en a un qui coupe les oignons, l’autre qui pleure.
 
3. Enfin, la graisse dont il s’agit est celle du conformisme, et il y a en effet un certain conformisme à suivre bêtement tout ce que la modernité nous vend comme géniale nouveauté ou progrès social (comme des femmes à barbe qui gagnent l’Eurovision, au hasard). On me reproche souvent, voyez-vous, de trop penser à ce qui devrait être et de ne pas me résigner platement à ce qui est. Tout ceci, bien sûr, sans avoir à rougir de trouver parfois plus de génie et de cohérence dans le passé que dans le présent.

 

4. Dans l’Athènes classique, les partisans d’une diffusion plus massive du pouvoir politique au sein du peuple étaient appelés péjorativement des « démocrates », c’est-à-dire de doux rêveurs. Ces « démocrates » ont fini par adopter eux-mêmes ce vocable et à s’en montrer fier. On sait la fortune qu’il aura.

Au moment de la Révolution française, les révolutionnaires les plus forts en gueule ont commencé à traquer tout ceux qui pouvaient, de près ou de loin, s’opposer à l’inéluctable et éternel mouvement révolutionnaire. Ils les ont appelés « réactionnaires ». Ces derniers, que leurs détracteurs assimilaient à de vulgaires peine-à-jouir, ennemis de l’humanité en fleur, ont, eux aussi, fini, à tort ou à raison, par adopter le terme péjoratif dont on les affublait, à le revendiquer même. Il serait néanmoins frauduleux d’en déduire que lorsque quelqu’un se dit « réactionnaire » par commodité de langage, il est astreint à la case qu’on lui a assigné sur l’échiquier idéologique du prêt-à-penser.

Je veux dire par là que lorsque je me prétends « réactionnaire », ce que je vise, ce que j’ai en abomination au-delà du progrès, c’est le progrès de commande, et précisément cette manie, héritée de la Révolution française, de placer des gens dans des cases en indexant leurs sentiments sur tel ou tel sujet à la marche incessante de l’humanité sur les chemins radieux de l’extase universelle. Je l’ai dit et le redis donc : se prétendre réactionnaire, c’est-à-dire adopter l’insulte que l’adversaire vous décerne, c’est faire preuve de beaucoup d’ironie sur la forme, et assumer une certaine liberté de pensée quant au fond.

 

Le progressiste refuse catégoriquement de voir que l’enfer est pavé de bonnes intentions, ne le niez pas. Et, comble de la mauvaise foi, le progressiste d’aujourd’hui condamnera comme affreux réactionnaire le progressiste d’hier si celui-ci s’est laissé déborder par le réel que lui-même néglige.


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