Dans ce cas je me permettrais de recentrer ce qui nous distingue réellement, Mach’.
Vous, vous êtes convaincu que la communauté des âmes humaines est homogène à l’égard du pouvoir, que n’importe qui tombera sous son charme ravageur et finira tôt ou tard par substituer son bien particulier au bien propre qu’il s’était promis de faire advenir. La politique, selon vos vues est entièrement automatisée, ou au maximum du moins. C’est-à-dire que le facteur humain doit être réduit à sa plus simple expression sous peine d’avoir à en subir la plus vile : la résolution d’un certain type de problème par l’emploi d’un certain type de moyen. Dès que l’humain semble déroger, il est recadré.
Moi, j’assume davantage le côté organique de la politique, le risque de maladie. Je préfère que le corps exulte et chope une crise cardiaque en plein effort que de l’éviter au fond de mon lit. Je fais donc davantage de place à la confiance - ce que vous nommerez naïveté -, certes assortie de la prudence, mais confiance quand même. Je crois, je sais qu’il y a des gens qui ont initié un grand pouvoir de par le monde sans jamais avoir eu la moindre volonté d’asservir la planète avec (Socrate et Jésus en sont les deux plus fameux exemples). Je veux laisser du jeu pour le génie dans les actions humaines, ne pas faire de la politique un logiciel bardé d’anti-virus et bureaucratisé.
Je ne dis pas qu’il faille se garder des contre-pouvoirs, je dis que dans l’optique qui est la vôtre, les contre-pouvoirs sont la matière, et le pouvoir l’anti-matière. Cela me semble stérile et mesquin. À mes yeux, sans la confiance (en soi et en les autres), et les risques que cela implique, rien de grand n’est à la portée de l’humanité.