Tu réduis trop le christianisme à l’évangile.
Mais je te signale qu’il y a aussi la Torah.
Le Christ illustre l’esprit de charité avec lequel il faut appliquer la loi.
Mais cela ne signifie pas qu’il abolit la loi.
Quand le Christ fait la distinction entre ce qui appartient à César, et ce qui appartient à Dieu, il parle de l’argent dû pour l’impôt. Faut-il l’étendre à toute la politique ? Non, je ne crois pas.
As-tu des enfants ? J’en doute.
C’est pas crédible une seule seconde d’éduquer les enfants sans jamais les contraindre. Quand l’anarchiste dans la vidéo (vers 9’54’’) dit que l’éducation consiste à pousser les enfants vers ce qui leur plaît, c’est une erreur tragique. Si ce qui plaît à l’enfant c’est de se faire des shoots d’héroïne, il finira toxico. Si ses penchants sont mauvais pour lui ou pour les autres, il faut contraindre l’enfant. L’arbre tombe toujours du coté ou il penche. Pencher du coté plaisir fait opter toujours pour le plaisir et ce n’est pas bon pour l’homme, car il se fait ainsi esclave de son plaisir (les addictions : le péché est un esclavage).
C’est la même chose pour la société. Il y a des gens qui peuvent avoir des mauvais penchants. Donc il y a des lois qui contraignent la société.
[-C’est d’ailleurs tout-à-fait extraordinaire de commencer par affirmer
le refus de tout commandement, pour finir par accepter d’obéir de manière
inconditionnel au groupe.
Pourquoi obéir au groupe pour une personne qui ne le veut pas ?
Elle a le droit de quitter le groupe …]
Sauf qu’elle a pris l’engagement à priori, comme tu l’a dis, d’obéir inconditionnellement au groupe pour la tâche que le groupe lui a confiée, donc elle se trouve écartelée entre son engagement initial et sa volonté propre. Comment la personne va-t-elle arbitrer ce dilemme ?
C’est la raison pour laquelle, au final, ceux qui restent dans les groupes anarchistes sont-ils toujours paradoxalement les plus conformistes d’entre-tous.
[-Puisqu’il propose un Bien Commun, le christianisme est donc, comme
toute religion, un programme politique.
Ca c’ est un
travestissement des écritures comme les catholiques en font souvent ! Le Bien
, c’ est le royaume des cieux et non la terre des hommes qui est elle déjà condamné !]
Il n’y a aucun travestissement là-dedans. Oui, le Bien, le But est d’accéder au royaume de Dieu, mais la réalisation effective de ce But dépend de notre manière de nous comporter sur Terre. Une communauté politique chrétienne développera donc des lois (un dispositif contraignant), pour permettre à ses ouailles d’accéder au royaume de Dieu, ce qui peut impliquer des contraintes sur eux. N’est-ce pas le plus beau cadeau que l’on peut faire à celui qu’on aime que de lui permettre d’accéder à l’au-delà ? Qu’est-ce qu’une petite contrainte passagère face à une liberté pour l’éternité ?
Le royaume de Dieu, puisque Dieu est parfait, est le royaume parfait.
Or ce royaume n’est pas de ce monde.
Donc le royaume parfait n’est pas de ce monde.
Les royaumes du mondes sont imparfaits, et la contrainte est une figure de cette imperfection. Le monde ici-bas est une préparation à l’au-delà.
L’anarchisme, en revanche, comme dans l’extrait que tu as cité, recherche la perfection ici-bas, "[il croit] à une perfectibilité illimitée des formes sociales et des conditions de vie de l’homme". L’anarchisme croit qu’il est possible d’atteindre la perfection sur Terre : il voir la terre comme l’au-delà.
Tu as donc ici une illustration d’une différence majeure entre l’Anarchisme et le Christianisme. L’Anarchisme croit possible ici-bas ce que le christianisme ne croit possible que dans l’au-delà. Comment l’anarchisme chrétien est-il possible dans ce cas ? Relit Saint-Augustin sur la différence entre les deux cités.
[En fait, dans le christianisme, le chef a la puissance paternelle. Un
père n’obéit pas à ses enfants. Il les aime et il leur demande d’obéir parce
qu’il veut leur Bien.
Dans le catholicisme qui
est une perversion du christianisme, je veux bien te croire. Dans le christianisme on ne contraint pas,
une personne qui affirme le contraire n’a rien
compris aux enseignements du christ et des apôtres … et d’ ailleurs, c’est
ce genre de logique perverse qui a conduit à brûler des gens sur des bûchers à
les torturer etc., comment peut on croire que ces crimes découlent des enseignements du
christ ?]
Il faut déjà remettre un peu de mesure dans les prétentions de mauvaise foi sur l’Inquisition espagnole... Le nombre de mises à mort est peut-être, au maximum, de 3000 personnes entre 1480 et 1800, soit 1 000 personnes par siècle, qui furent remises au bras séculier, dans une zone qui comprenait l’Espagne, l’Amérique du Sud, les Pays-bas espagnols, le royaume de Naples et la Sicile. C’est très en-deçà des guerres de religions, des terreurs révolutionnaires en France sous la révolution ou des crimes du communisme et du nazisme. C’est même très en deçà des chasses aux sorcières qui eurent lieu dans l’Europe protestante. De plus, tout ceci était encadré par une loi civile initiale prise après la reconquista : la conversion ou la migration. Ceux qui se convertissaient faussement étaient susceptibles d’être condamnés. L’église enquêtait donc sur la réalité des conversions et remettait les faux convertis au bras séculier qui leur appliquait la peine destiné aux fausses conversion. Le but de l’église a toujours été la conversion, et c’est toujours le mensonge qui fut condamné par l’église, le coupable de mensonge sur sa conversion étant remis au bras séculier pour la peine décidée par le pouvoir civil.
Pourquoi dans le christianisme ne devrait-on pas contraindre ? Que le Christ soit venu pour porter par les meurtrissures de sa chair les péchés des hommes, n’implique-t-il pas justement d’éviter le péché des hommes qui serait autant de meurtrissures supplémentaires pour le Christ ? Ce ne serait pas aimer le Christ que de ne rien faire pour qu’il souffre toujours d’avantage en laissant s’étendre le péché parmi les hommes. Ce ne serait pas être chrétien.
Bien-sûr qu’il est permis de contraindre en Christianisme. Si le mieux est en effet la compréhension par l’homme des raisons qui expliquent les interdits, quand un homme persiste à franchir l’interdit malgré les rappels à l’ordre, du fait de ses mauvais penchants, alors il est légitime de le contraindre physiquement, pour éviter que ces mauvais penchants ne fassent tâche d’huile chez les autres.
Relit Isaïe chapitre 3.9
"L’aspect de leur visage a témoigné contre eux. Ils publient leurs pêchés
comme le fit Sodome, ils ne s’en cachent pas. Malheur à eux ! Car ils
préparent le malheur pour eux-mêmes."