Jean, la phrase que tu cites de Dieudo
est sortie de son contexte. Même si ce n’est pas un personnage en
particulier, une caricature qui le dit dans le spectacle, mais le
narrateur lui-même, donc Dieudo – et on peut se demander si dans
ses spectacles le narrateur n’est pas aussi un rôle qu’il joue, la
phrase appartient à un contexte général. Ce contexte, que les
médias peinent à discerner, est celui où Dieudo se trouve en
opposition contre un lobby et contre la communauté juive, dans son travail et sa vie de tous les jours, du fait
que l’on considère qu’il est antisémite et du fait des procès à
répétition. Je suis allé à la Main d’Or après notre rencontre et
j’y ai vu le spectacle « La Bête Immonde ». Sans doute y
trouverais-tu des petites phrases comme celle que tu as cité, alors
pourquoi tous les spectateurs riaient à gorge déployée ?
Sommes-nous réellement des antisémites qui s’ignorent. Je ne le
crois pas. Ces phrases sont des provocations, des piques au derrière
d’une communauté qui prend mal la plaisanterie. C’est de l’ironie...
Le public de Dieudo est un paquet de crayons de couleurs. Dieudo y
réconcilie les français, les noirs et les arabes. Il participe à
l’amoindrissement du sentiment islamophobe français. Il y manque, je
te l’accorde, le juif. (Rappelons que Dieudo a fréquenté de
nombreux juifs : Elie Semoun, Jacob Cohen, les rabbins de
Neturai Karta et d’autres – cela me paraît beaucoup de proches
juifs pour un antisémite...) Le juif n’est pas tout à fait absent
des spectacles, puisqu’il se retrouve dans les paroles de Dieudo.
Comme si Dieudo se moquait de ce dernier qui continue de bouder dans
son coin, parce qu’il serait susceptible voire il manquerait
d’humour. Au fond, est-ce que la maxime « Qui aime bien châtie
bien » ne conviendrait pas aussi à Dieudo... Comme tu le
reconnais dans le débat, les organisations telles que le Crif ou la
Licra, qui se disent représentatives de la communauté juive française, alors
qu’elles ne le sont pas, avec la poignée d’intellectuels qui crient aux
loups dans les médias et qui font peur aux politiciens et aux français, participent
à la montée de l’antisémitisme. S’il n’y avait pas des Jakubowicz
et autre BHL, les juifs de France ne seraient pas tant outrés et
pourraient venir au spectacle pour y rire de leur caricature. S’il
n’y avait pas ces personnalités qui depuis le début mènent une drôle
de guerre, il n’y aurait pas Dieudo pour les contrer.
J’ai pensé à toi hier soir en
regardant le reportage linéaire, sans profondeur, de Morandini sur
Nrj12, lorsque son ancienne productrice explique qu’elle n’avait
trouvé rien à reprocher au spectacle Foxtrot et qu’elle acceptait
donc d’en faire la promotion.