@maQiavel
Le Bon ne décrit pas une mécanique : il affirme que les foules auraient une psychologie, ce qui est pour le moins une affirmation péremptoire, et, à l’analyse, de la pensée magique.
Les peuples, le climat. Là encore, il s’agit d’une affirmation péremptoire, de Montesquieu il me semble à l’origine, qui fut répétée en boucle par tous ses suiveurs, dont Rousseau, mais qu’aucun n’a jamais pris la peine de vérifier un tant soit peu sérieusement.
Quant à ton système de déduction, c’est de l’essentialisme tout bête, qui peut toujours être plaqué en général. Tout le monde voit bien que les scandinaves ne sont pas des bantous. Cependant, je ne sache pas que ce système de déduction essentialiste n’ait jamais pu parvenir à expliquer ni comment, ni pourquoi les bantous et les scandinaves sont différents.
Cela pourrait paraître paradoxal, puisqu’un raisonnement déduction est un raisonnement rigoureux, on devrait pouvoir en tirer quelques vérités...
Cependant, cela ne l’est pas : dans la réalité, personne n’est jamais confronté à une essence en général, mais toujours à une existence en particulier. La définition de l’essence est une abstraction formée par comparaison de ce qui existe, par conséquent sa définition conclut toujours un raisonnement de type soit inductif soit abductif. Or, ces raisonnements ne sont pas rigoureux. Donc l’essence, si jamais elle existe, ne peut jamais être déterminée exactement.
Le raisonnement de déduction n’étant pas plus fiable que ses prémisses, puisqu’ici les prémisses sont floues, alors la déduction l’est aussi.
C’est pourquoi, en suivant cette voie, tu ne peux formuler que des généralités, mais sans jamais rien déterminer précisément, c’est-à-dire affirmer, après très longue réflexion, soit des évidences que tout le monde voit sans avoir besoin de la moindre théorie, soit des contres-vérités, contraire au bon sens le plus élémentaire, sans t’en apercevoir... C’est la limite de ces grands systèmes déductifs, dont les conclusion sont tellement certaines, qu’il faut persister dans l’erreur, même quand les faits la démontre... Ce sont les écoles du déni, la libérale, la communiste,... C’est que toute l’erreur est déjà dans les prémisses.
Au moins, quand Aristote définit le politique, tu sais Aristote, le fondateur de ce modèle essentialiste dont tu te sers, il part d’abord des faits élémentaires. Il n’a même pas la prétention de déterminer l’essence de l’humanité en général, il la détermine seulement par rapport aux animaux. L’homme n’est pas trop équipé par rapport à ceux-ci. Déjà, pour se défendre : il n’a pas de griffes, mais des ongles cassants ; il n’a pas de crocs, mais des dents. Ensuite, pour survivre : il n’a pas de pelage, il lui faut des vêtements. Pire, le petit homme est le plus lent de tous les animaux à devenir autonome : il lui faut déjà beaucoup de temps pour marcher (alors que le poulain se met à quatre patte juste après la naissance), et pour savoir courir, c’est pire (alors que le petit lièvre de 15 jours file déjà comme le vent) ; de plus il est incapable de trouver sa nourriture sans aide de ses parents (un petit homme met tout dans sa bouche)... De là, Aristote en tire que les hommes doivent vivre en groupe et que la cellule familiale est fondamentale, ce qui est très raisonnable comme conclusion. Ensuite, il affirme que les familles se regroupent en villages, puis que les villages se regroupent en cités, en vue d’atteindre l’auto-suffisance : et c’est en cela qu’il définit le politique. Cette dernière affirmation est peut-être un peu trop spécifique à l’histoire de la Grèce antique, il y a peut-être diverses modalité du politique, mais la démarche est déjà très correcte. Il y a la notion d’alliance en vue d’un but commun.
En revanche, prêter une psychologie à une foule c’est juste de la pensée magique, ça ne permet pas de comprendre ce "système", ça le fait comprendre de travers. Toutes ces conceptions erronées ont fait les beaux jours du fascisme, c’est formidable ! le peuple a une âme, donc les liens politiques sont indissolubles, ceci pour l’éternité ! Hum, hum... Non, les liens politiques sont fragiles, il serait temps de s’en rendre compte... Va falloir revenir un peu à la réalité, les gars. 200 ans de délires, ça suffit.