Les discours de Machiavel et de la Vouivre me conduisent plutôt à déplorer la politisation outrancière du sport, tout particulièrement dans notre pays où le parti communiste a longtemps encadré la pratique sportive des jeunes via le ministère de la jeunesse et des sports.
Aujourd’hui, obsolescence du parti communiste oblige, c’est le libéralisme qui fournit le contenu de l’idéologie sportive : logiquement, ce sont les sports individuels et le thème du "dépassement de soi" qui priment à présent sur les saines valeurs grégaire transmises par le sport en version collectiviste ou néo-fasciste.
Pour ma part, j’ai été dégoûté du sport à l’école, les séances d’endurance, l’athlétisme absurde, la gymnastique ridicule, les parties de rugby (jamais de foot à l’époque) devant les filles pouffant de rire et assorties de rituels socialisant lourdingues voire traumatisants (les fameux "choix d’équipe" où les deux types les plus grands et les plus costauds choisis par le prof de sport se retrouvent à choisir un par un leurs équipiers, les gros, moches et binoclards finissant invariablement derniers contrairement à ce que raconte la Bible), tout cela m’a laissé un souvenir cruel et une image négative du groupe.
Si les choses n’ont pas changé, je ne vois nullement l’aspect vertueux de tout ça d’autant plus qu’on y fait en réalité très peu de sport au sens utile et concret du terme : c’est plus de la garderie et du pédagogisme par le sport. En outre on ne valorise pas tellement l’effort en France puisque l’on admet pas l’échec. L’effort sur soi, c’est d’abord et avant tout apprendre à revenir sur ses échecs. Or, on vit dans un pays où l’on cultive le mythe de la spontanéité géniale plutôt que le labeur patient et rigoureux : il faut être naturellement doué et réussir du premier coup, sinon le prof se désintéresse totalement de votre cas et vous colle un 9 ou un 10 histoire d’achever de vous démoraliser (oui, il y a du vécu, et j’assume) et de vous inscrire dans le schéma de la médiocrité générale. Cette mentalité se retrouve jusque dans notre histoire militaire (succession de victoires glorieuses et de défaites achevées) , sportive (résultat totalement irrégulier des équipes de France de foot ou de rugby quand l’Allemagne ou l’Angleterre tendent à rester à un niveau constant) et dans l’histoire inachevée de nos inventions (web...). Les Français sont également réputés pour être de très mauvais lobbyistes et j’y vois encore un déficit d’intelligence collective et communautaire. Un député anglais ironisait il y a quelques décennies sur le fait qu’il fallait toujours placer des Français à la tête des institutions internationales, car c’était les seuls à ne "jamais défendre les intérêts de leurs pays" : la situation n’a pas beaucoup évolué, avec des Français régulièrement nommés à la tête du FMI, de l’OMC, du Bilderberg, etc...
La pire des humiliations que j’ai eu à subir c’est quand je me suis retrouvé à devoir réaliser un programme de gymnastique au sol en fin d’année devant l’ensemble des classes, et à supporter les ricanements et les moqueries sous l’œil goguenard du prof d’EPS, un ancien sportif à moitié raté avec un bide de buveur de bière qui compensait sans doute sa vie de merde de prof d’EPS en se vengeant subtilement sur des ados mal dégrossis : quand on y pense, c’est incroyablement primitif et surtout totalement contre-productif puisque cela crée très tôt la défiance vis-à-vis du groupe.
Pour moi, le sport à l’école devrait d’abord se limiter à apprendre aux enfants à respecter leur corps et à l’entretenir - avec les capacités propres dont ils disposent - au lieu de servir à développer le terrain de futurs complexes et névroses tout en dégoûtant les gosses de l’effort sur soi, qui est un apprentissage essentiel dans la vie. L’insuffisance ce n’est pas d’être moins fort qu’un autre dans un domaine précis mais de renoncer à acquérir de la force par démotivation et découragement. Or, je trouve qu’en France cette démotivation a un caractère acquis et socialement chronique : elle est transmise en partie par les institutions et révèle des relations problématiques entre l’individu et le collectif. Nous sommes un des rares pays qui souffre à la fois d’un excès d’individualisme (le Français ne pense qu’à sa tronche, il suffit de voyager pour s’en rendre compte) et de collectivisme (et se retrouvant seul dans la difficulté, compte trop sur l’Etat...)
Ce n’est même pas que je n’aimais pas l’effort sportif, puisque je suis aujourd’hui un fervent adepte de la pratique sportive (gymnastique, musculation au poids de corps et cyclisme) et que j’ai découvert plus tardivement que j’excellais en volley-ball. Aujourd’hui, je ne pourrais pas passer trois jours sans faire de sport, et j’ai appris, mais beaucoup trop tard, que l’échec dans une activité n’avait rien de honteux ou de ridicule. Ce n’est pas à l’école que j’ai appris cela.