Abauzit analyse très mal la psychologie des votants (on n’ose plus dire "électeurs").
Dans son esprit il y a les vrais Français qui rejettent les migrants et qui vont voter FN et les sales cons gauchistes adorateurs de la République des Lumières qui adorent les immigrés. En réalité ces deux catégories sont des extrêmes dans la population générale où les sentiments vis à vis des immigrés sont beaucoup plus nuancés voire ambigus.
Je suis sûr que dans le lot des "consciences" qui veulent secourir tous les migrants il y en a beaucoup qui ressentent ou ressentiraient un vague malaise en prenant un train de banlieue à 6h matin. Beaucoup de gens, sinon la plupart, éprouvent simultanément des tendances racistes et humanitaires dont le dosage et la polarité doivent varier en fonction d’un certain nombre de critères (éducation, sensibilité aux médias, niveau sociologique, etc.).
Tel raciste se sentant un peu merdeux car taraudé par sa mauvaise conscience chrétienne conviendra qu’il faut malgré tout accueillir des gens qui fuient "la misère et la guerre". Il suffit de pas grand-chose pour le retourner, une photo et un journaliste de gauche qui lui fait la morale le matin à la radio sur le "vrai message des Evangiles" en lui rappelant évidemment les trains et le tri des Juifs, et hop, celui qui pensait la veille "il y a quand même trop d’immigrés" pense désormais "il faut accueillir tout le monde". Et tel humaniste déclaré, comme le disait déjà Rousseau, "aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins." Tous ces artistes de gauche qui ont défilé en rang pour laver leur conscience dans la culpabilisation de celle de leurs concitoyens.
Voilà, il y a les sentiments profonds, viscéraux si on veut, les préjugés, et les impératifs catégoriques devenus médiatiques qui pèsent encore très lourds durant les élections et dont ne se défait pas aussi aisément après 40 années d’hégémonie culturelle de la gauche. C’est pourquoi j’estime que si l’antifascisme est effectivement moribond sur le plan politique, il va encore conserver longtemps sa force d’inertie et donc son caractère dominateur au plan électoral, dictant aux gens un vote de "conscience" qui peut aller à l’encontre de leurs sentiments profonds. Cela explique sans doute le paradoxe des sondages qui révèlent qu’une majorité de Français trouve Marine Le Pen à la fois utile dans le débat politique mais nuisible en tant que proposition politique. En gros, "je suis à peu près d’accord avec ce qu’elle dit mais je ne suis pas prêt à l’assumer sous cette forme".
La plupart des gens oscillent entre racisme passif et humanitarisme passif, c’est une disposition morale qui est caractéristique de notre époque. Les grands pervers que sont nos politiques le savent très bien, et ont donc développé des discours manipulateurs qui exploitent certaines constantes anthropologiques tout en se revendiquant des grands principes généraux : Sarkozy est un expert dans ce domaine.