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Commentaire de LeZé

sur Étienne Chouard reconnaît son "erreur" sur Walter Hallstein


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LeZé 11 mars 2019 22:48

Le livre de Philippe de Villiers fournit aussi de nouvelles révélations sur la fascination de Walter Hallstein pour le nazisme, dont il enseigna la doctrine aux soldats de la Wehrmacht ; il précise aussi que les autorités américaines et allemandes d’après-guerre connaissaient parfaitement son passé et l’ont sciemment caché afin de mieux "tenir" celui qui allait piloter l’Europe et s’opposer à de Gaulle :

Extrait des pages 198-199 du livre de Ph. de Villiers :

" Au Bundesarchiv de Berlin, j’ai trouvé la carte, au nom de Walter Hallstein, datée de juillet 1934 et numérotée 310212. Les responsables des archives fédérales m’ont confirmé qu’il s’agit de sa carte de membre du NSLB (Nationalsozialistischen Lehrerbundes, la Ligue nationale-socialiste des professeurs).

Helmut Heiber, historien scientifiquement irrécusable, à qui fut confiée la mission de rassembler l’imposante documentation en vue des procès de Nuremberg, s’employa pendant des décennies à reconstituer des dossiers de la Chancellerie pour la période allant de 1940 à 1945 et du Parti national-socialiste. Dans sa longue étude documentée sur les enseignants pendant le IIIe Reich, Heiber classe les universitaires en deux chapitres aux titres éloquents : les « opposants ou indifférents » (chapitre II) et ceux qu’il appelle les « croyants » (chapitre III).

C’est ici, parmi les « croyants » du IIIe Reich, que le nom de Hallstein surgit en ces termes : « Après une enquête de la direction du corps professoral du Reich au début 1944, l’université de Francfort communiqua une liste, commençant par Walter Hallstein et se terminant par Wilhelm Ziegelmayer, composée de quinze hommes officiers qualifiés en national-socialisme ayant rang d’officier et vingt-six autres intervenus pour la “mobilisation complète de l’ensemble de la Wehrmacht dans des proportions inouïes” – eux aussi sont bien sûr des “activistes politiques” (à titre de comparaison, l’université technique de Darmstadt a signalé zéro officier dirigeant nazi et trois orateurs actifs) . »

Créé en 1943 sur ordre de Hitler, le corps des Nationalsozialistischen Führungsoffiziers – NSFO – avait en effet pour mission d’enseigner le national-socialisme aux soldats pour s’assurer de leur volonté de combattre jusqu’à la mort. Chargés de la surveillance politique des troupes, prédicateurs et mouchards, ils s’apparentaient aux commissaires de l’Armée rouge. On ne devenait pas commissaire national-socialiste sans être membre du parti nazi ou sans avoir été parrainé par deux de ses membres, ni sans avoir donné assez de gages idéologiques.

Comment Hallstein a-t-il pu se retrouver sur une telle liste parmi quinze officiers instructeurs en national-socialisme, proposée par l’université de Francfort ? Le professeur Hallstein entretenait dans son for intime une véritable fascination pour l’armée.

Sa carrière militaire un peu laborieuse avait en fait commencé bien plus tôt qu’il ne l’a indiqué lors de la dénazification. Il avait déployé mille efforts auprès des autorités, dès 1935, pour obtenir la Croix d’honneur du combattant pour son service militaire chez les « scouts en Belgique », puis pour être admis à un cours d’artillerie où il avait d’abord été jugé médicalement inapte, avant de réussir en février 1936 et, plus tard, de s’engager comme officier de réserve.

De Rostock et Francfort au Mississippi, en passant par la Wehrmacht, Hallstein n’a quasiment jamais cessé d’enseigner à des militaires, assouvissant ses deux passions : le droit et l’uniforme.

De l’enseignement du droit privé comparé à celui du droit anglo-américain de la concurrence, en passant par l’enseignement des objectifs du national-socialisme, le sobre et discret Walter Hallstein aura été toute sa vie un professeur au sens plein, un passeur des savoirs juridiques et politiques, adaptant ses cours aux nécessités de l’Histoire. Se réorientant au gré du soleil. Un vrai « tournesol ».

Comment ne pas être troublé par cette collection d’allégeances au régime national-socialiste par Walter Hallstein, là où bien d’autres personnalités d’un niveau de responsabilités comparable fuyaient, résistaient ou se terraient en attendant des jours meilleurs ?

Si ce « pionnier » de l’intégration supranationale européenne, inconnu du grand public, est l’un des rares dont on n’a pas donné le nom à l’un des bâtiments du quartier européen, c’est peut-être tout simplement parce qu’il est le père encombrant.

En vérité, la mise côte à côte des pièces d’archives officielles dégage une telle impression qu’elle se passe de tout commentaire. Les hiérarques de l’Europe ont feint de ne rien connaître de cette histoire. Or, les Américains, leurs mandants, eux, avaient en leur possession toutes les informations. Il y a donc, pour le moins, un mensonge par omission.

À Washington et à Bonn, on savait. Et ceux qui savaient le tenaient. On a dissimulé la vérité. On connaissait les pièces qui se trouvent aux Bundesarchiv de Berlin et Coblence, la photo sur microfiche où l’on reconnaît le lieutenant Hallstein, officier instructeur du national-socialisme, auprès de son colonel, en feldgrau.

Le négociateur allemand du traité instituant la CECA, le ministre signataire du traité de Rome, le président de la Commission européenne avait donc été une « personnalité du IIIe Reich » et, à ce titre, l’un des brillants esprits qui élaborèrent justement le cadre juridique supranational de la « grande Allemagne », c’est-à-dire d’un Reich européen.

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Bien d’autres révélations figurent dans cet ouvrage et dans l’enquête que l’UPR est en train de mener, non seulement sur Walter Hallstein mais plus généralement sur le rôle des autorités nazies dans la genèse de la construction européenne et sur la volonté des Américains d’après-guerre de "nettoyer les archives" afin de mieux "tenir" les dirigeants européistes.

FA
06 mars 2019


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