Certes, bien que n’étant nullement opposé à la vaccination en soi, je critique en revanche ce que j’appelle l’idéologie vaccinale
qui, comme toute idéologie, divise stupidement le monde en amis en
ennemis (pro et anti). Certes encore, je critique ce laisser-passer
sanitaire incroyablement discriminatoire
(principe d’égalité entre les citoyens) en indiquant de surcroît qu’il
n’a aucun fondement épidémiologique puisque la vaccination ARNm ne
garantit pas de la contamination ni de la transmission du virus (ce qui
est juste un fait, que l’on connaît, ou pas). Certes enfin, je soutiens
que les quatre vaccins ARNm fabriqués en urgence par les industriels
pour profiter de l’aubaine financière ont des effets indésirables plus
nombreux et plus graves qu’aucun autre vaccin utilisé massivement ces
trente dernières années. Et j’en conclus que la moindre des précautions
serait donc de réserver ces vaccins aux personnes réellement menacées
par les formes graves de Covid et de décréter de toute urgence un
moratoire pour toutes les autres catégories de la population, dans
l’attente de données et d’analyses plus approfondies. Je l’ai écrit, je
le maintiens et je suis prêt à le défendre devant n’importe qui. Alors,
est-ce un crime, un sacrilège, qui justifie que l’on souhaite me brûler
en place publique ? Peut-être après tout, mais dans ce cas ces
sociologues me permettront de leur répondre qu’ils ne font à mes yeux
qu’incarner les mécanismes de domination idéologique des élites et les
pressions de conformité que je mets en lumière dans mon analyse, qu’ils
sont ainsi de bons petits soldats de la doxa, et qu’ils rejoignent la
liste de ces intellectuels (voire une précédente polémique)
prenant le risque d’être peut-être considérés dans le futur comme ayant
été en quelque sorte les idiots utiles d’une vaste opération
idéologico-commerciale.
Mais peut-être aussi y a-t-il autre chose qui permette de comprendre
cette haine ? A vrai dire, pour certains, je me doute de la réponse.
J’ai déjà eu l’occasion de dire ce que je pensais de la sociologie de
salon de l’un d’entre eux (voilà qu’il me fait à mon tour le coup du « danger sociologique » !). Certains sont probablement par ailleurs des soutiens politiques de l’actuel président de la République (je remarque que trois d’entre eux
étaient au fameux dîner de l’Élysée le 18 mars 2019, y servant de décor
ou de caution), ce qui est évidemment leur droit mais n’est pas mon
cas. Enfin, j’ai sans doute aussi le malheur de m’inspirer régulièrement
de Pierre Bourdieu pour analyser doxas et sociodicées dans cette
affaire. Or chacun sait combien au moins quatre autres de mes huit
accusateurs ne cessent de régler leurs comptes avec Bourdieu même
longtemps après sa mort. Et l’on devinera que je trouve cela pitoyable.
Je n’ai pas connu Bourdieu et je ne suis pas de votre génération. Je
tente simplement de faire mon métier de sociologue et mon devoir
d’intellectuel engagé sur la gestion politico-sanitaire de cette crise,
comme je l’avais fait auparavant à plusieurs reprises, par exemple sur
les émeutes de 2005 ou sur le mouvement des gilets jaunes de 2018-2019.
Comme plusieurs d’entre vous, je ne me suis jamais senti cantonné à
un micro-domaine de spécialité. Mais je ne pratique pas la sociologie de
salon. Au cours de mon enquête en cours, comme déjà dit, j’ai
interviewé une cinquantaine de médecins et de chercheurs, publié une
soixantaine d’articles et une bonne trentaine de collègues (tous «
complotistes » et « incompétents » aussi du coup ?), passé des semaines à
analyser des données statistiques. Bref, j’ai beaucoup travaillé sur la
gestion politico-sanitaire de cette crise. Pas vous que je sache (mais
j’attends avec grand intérêt vos publications sur le sujet). Alors la
moindre des honnêtetés intellectuelles et des civilités serait de
prendre au sérieux ce travail avant de prétendre porter sur lui un
jugement global, a fortiori aussi caricaturalement lapidaire. A
vrai dire, j’aimerais beaucoup pouvoir débattre davantage avec des
collègues sociologues, dans le cadre d’un séminaire de recherche par
exemple. Mais là, franchement, avec un langage aussi violent, des
sources aussi superficielles et une argumentation aussi faible,
croyez-vous être crédibles dans votre prétention à sauvegarder la «
réputation de notre discipline » ? Je crains fort, au contraire, que ce
genre de règlements de compte ne convainque que celles et ceux qui
partagent vos petites émotions hargneuses, et fasse en définitive plus
de tort que de bien à notre discipline.