Geoffroy
de Lagasnerie déconstruit très bien les formes mythologiques qui structurent le
champ de la pensée politique, là-dessus rien à dire.
Le
principal problème chez lui est qu’il croit en l’avènement d’une pratique
politique non mythologique. Déjà, on pourrait se demander en quoi une telle
pratique serait souhaitable. Mais surtout : est-elle seulement possible ?
Il aspire à ce qu’on se débarrasse de la
mythologie politique en s’appuyant sur la rationalité juridique et sur la
science. Mais il montre lui-même que le droit est bourré de fictions. Quant
à la science, son déploiement n’est pas exempt de mythologies. Son projet, c’est un peu le
serpent qui se mord la queue.
C’est
ça le truc avec les humains : ils peuvent envisager de construire des
systèmes sociaux en s’inspirant de la « nature », la « réalité »,
l’« objectivité » et concomitamment se construire d’extraordinaires
fictions sur la « nature », la « réalité » et « l’objectivité ».
Si on ne retrouve aucune communauté historique dénuée de mythes, c’est bien qu’ils
ont une fonction anthropologique : ce sont des supports indispensables à
la vie collective, ils servent à rassembler et animer un groupe en stimulant les sentiments les plus profonds de ses membres et, en même temps, à canaliser leurs énergies vers la quête de
solutions aux problèmes qu’ils rencontrent dans leur environnement. Le pouvoir
politique peut d’ailleurs se comprendre comme une relation d’englobement et
d’assimilation d’un collectif d’individus dont le mythe fondateur permet de
donner un sens à cet ensemble.
Oui,
la France en soi n’existe pas et n’a jamais existé. Comme aucun pays au monde n’a d’existence en lui-même. Ce sont les habitants qui leur donnent forme au
terme de processus historiques conflictuels très complexes s’étendant sur
plusieurs générations. Mais ces formes existent et possèdent des identités
propres qui rassemblent les habitants actuels. Et je ne vois pas où est le problème en fait … 