@yoananda2
tu seras quand même d’accord pour dire que la peur de la mort pour un être isolé, qui n’a plus comme finalité de faire perdurer ses gènes, sa famille, son clan, sa nation, ou son entreprise, il ne va pas se rassurer des masses en achetant des babioles à l’infini. Justement, il va lui falloir un truc immatériel à quoi se raccrocher, ça peut être la cause des femmes, ça peut être la paix dans le monde, ça peut être croire en Dieu, ça peut être croire en la réincarnation, ou bien les extra-terrestres, peu importe, mais ça sera une croyance en une idée. Il va donc être tenté par une forme ou une autre de spiritualisme.
Ok, je crois comprendre pourquoi tu estimes qu’on vit une époque "spiritualiste". En fait, je te ferai la même remarque que Gaspard en faisant le distinguo entre les différents exemples que tu prends ici. Si je considère "la cause des femmes" ou "la paix dans le monde", pour moi ça relève de "l’intellectualisme" (ou de l’idéologie si tu préfères) et non pas du spiritualisme qui pour moi est supra (ou meta) humain. En gros, tout ce qui dépasse l’Homme et qui ne dépend pas de l’action des hommes relève du spirituel. Croire en des idées politiques, pour moi en tout cas, relève bien sûr d’un idéal au départ mais la réalisation concrète de ces idées dépend exclusivement de l’action des hommes. Tandis que la croyance en Dieu, que tu cites également en exemple, ou en une entité quelconque implique que cette entité, quelque soit son nom, agisse d’une manière ou d’une autre pour le croyant. Bref, en résumé, la spiritualité implique que l’être humain n’agit pas seul. Or, notre société libérale prône au contraire que, hormis les catastrophes naturelles, TOUT repose sur l’être humain d’où son matérialisme.
Mais pour toi, si je comprends bien, tout ce qui relève des idées constitue déjà une forme de spiritualité en soi, c’est bien ça ?
C’est un symptôme de notre époque spiritualiste. Dans le monde des idées, les choses sont toujours faciles et tranchées. C’est dans la matière qu’on apprends la mesure et que c’est toujours plus compliqué que prévu. Donc les gens qui s’excitent sur le racisme sont justement ces individus déconnectés (la race est une connexion) qui ont peur de la mort, qui refusent le transcendant et qui doivent se trouver une religion de substitution et qui deviennent spiritualistes, déséquilibrés vers l’esprit.
En fait, j’ai l’impression qu’on fait globalement le même constat de notre société mais qu’on n’y met pas les mêmes mots. Je suis complètement d’accord pour dire que dans les monde des idées, tout devient facile mais pour moi ça relève d’un problème d’intellectualisme qui n’a rien à voir avec le spiritualisme tel que je viens de le définir ci-dessus. D’ailleurs, tu noteras que la plupart des intellectuels qui partent dans les hautes sphères du débat et qui sont souvent déconnectés du réel se déclarent quasiment tous athées-matérialistes (avec Gaspard, vous évoquiez plus haut les Foucaut, Deleuze,... qui s’inscrivent tous dans le courant des penseurs marxistes-matérialistes). D’ailleurs à propos de Marx et des idées, celui-ci s’est justement opposé à Hegel précisément sur son "idéalisme" (Hegel était croyant) en prétendant que "ce ne sont pas les idées qui mènent le monde mais la lutte permanente des classes (dominants VS dominés) qui font l’Histoire". Les penseurs libéraux ne contredisent d’ailleurs pas vraiment Marx dans la mesure où ils estiment que c’est le pognon (donc les puissants) qui mène le monde.