@TchakTchak
Non, la raison, ni la laïcité ne sont pas des spiritualités. Penser ainsi, c’est fabriquer de la pathologie.
J’ai trois manières de répondre à ça.
La première manière c’est de vous demander à vous 3 ainsi qu’à plusieurs autres personnes de définir ce qu’est la spiritualité.
Je vous épargne le résultat : personne ou presque ne sera d’accord.
Les scientos, pour des raisons médicales (comment aider une personne mourrante ? ben ça dépends de sa spiritualité, donc "c’est quoi la spiritualité") se sont penché sur cette question en profondeur.
Ce qui en ressort, la définition actuelle consensuelle c’est : cultiver le lien à soi, ou autres, ou à un Dieu ou autre chose.
Tu peux avoir une spiritualité tournée vers la nature. Pas de transcendant, pas de Dieu. Ou alors si tu veux, ton "dieu", ton transcendant, c’est la nature. C’est d’ailleurs le cas des animistes : la nature, c’est eux + le monde des esprits. Ce monde des esprits est juste immatériel mais pas transcendant, pas plus que le monde matériel, pas moins. Les relations (cf Descola) entre les esprits et eux va dépendre de la forme d’animisme mais dans la forme la plus "archaïque" (chez les chasseurs ceuilleurs) ce sont des liens de prédation, comme ceux qu’ils entretiennent avec les animaux. Pas de Dieux, pas de transcendant, pas d’immanent ou de concept occidentaux. Mais pourtant, c’est bel et bien une spiritualité.
La 2ème manière de répondre, c’est de parler de la spiritualité naturaliste (sans surnaturel) qui se développe actuellement. Il n’y a pas de "transcendant" mais une auto-transcendance. Et c’est bel et bien une spiritualité ne vous en déplaise, sans transcendant, sans surnaturel. C’est une spiritualité parce qu’elle est vécue en tant que tellle et nommée en tant que telle.
La spiritualité naturaliste est fondée sur la raison. Mais ça n’est pas tout à fait la même "raison" que celle qu’on utilise pour faire des calculs, ça c’est sûr ...
Si ma spiritualité c’est d’aider les pauvres, sans que je ne crois en Dieu ou transcendant, juste parce que c’est raisonnable et que ça me grandit itnérieurement, je vois pas au nom de quoi toi ou moi on irait dire au gus "non, c’est pas ma spiritualité, donc c’est pas de la spiritualité".
Troisième réponse, très personnelle : selon moi, ce n’est la raison ou la laïcité qui fait la pathologie, mais l’équilibre avec le matériel. Pour le dire simplement, et Guénon est un parfait exemple, ta spiritualité sera malade si tu n’as pas un équilibre réel avec des pratiques corporelles et non pas parce qu’elle serait intrinsèquement saine.
Tu peux avoir toute la transcendance que tu veux (c’est le cas de Guénon), ou bien te baser uniquement sur la raison. Ce qui fait que ta spiritualité ne part pas en couille, c’est l’équilibre que tu entretiens avec la matière.
Les spiritualistes, transcendant ou pas, peuvent s’égarer du coup.
Je sais que VOUS TOUS ne serez pas d’accord, car pour vous la spiritualité c’EST l’équilibre en question. Moi aussi j’avais cette idée en tête comme tout le monde il y a quelques mois à peine encore. Mais, j’ai changé car ce n’est pas tenable comme position intellectuelle selon moi. La spiritualité peut merder sévère ... et ça s’appelle le spiritualisme. Il y a des degrés bien sûr. Entre le gus qui pète un boulon et se suicide, entre le gus qui part dans une secte, entre le gus qui s’enfonce dans un système intellectualiste, et d’autres formes, y a de la marge de manoeuvre et pour tous les goûts. Le point commun c’est ce mépris de la matière.