@Gaspard Delanuit
"Savoir qu’on ne sait pas tout" n’est pas si courant car
la pensée a tendance à remplir tout l’espace de la conscience sans laisser de
vide,
Là-dessus, on est d’accord, c’est pourquoi j’insistais
sur la notion d’inconnu essentielle à nos schémas de pensées. Il reste des
territoires physiques et mentaux inexplorés. Et le scientisme dans lequel on
nous fait baigner vise à nier l’inconnu : ce qu’on ne comprend pas, ça n’existe
donc pas. C’est même suspect, maintenant, de s’y intéresser : ça fabrique
des Thomas Durand. Sans compter l’arrogance sous-jacente à tout s’approprier,
à détruire l’altérité : la nature, ce n’est quand même pas la même chose que l’environnement.
D’ailleurs les EELV n’aiment pas le mot "nature", alors qu’ils
devraient en être les premiers gardiens en tant qu’écolos. Tandis que les
gougnafiers des multinationales ne s’emmerdent pas à faire des publicités
permanentes avec de la nature en veux tu en voilà. Bref, il ne reste plus grand
chose pour notre mental.
Je retiens quand même le vide. Il n’y a pas de
plein sans vide. Si tout n’est que plein, ça pète ou ça se détruit. Le vide
nourrit autant que le plein. On devrait apprendre autant du vide que du plein.
La première fois qu’un enfant voit de la neige,
il est confronté à l’inconnu, il est dans le moment présent.
Oui, ça c’est la magie de la première fois :
la première fois la mer, la première fois la plage et le sable, la première
fois la montagne, la première fois la soirée dansante, la première fois les
vacances sans les parents, etc… Par définition, cette magie ne marche pas deux
fois. L’enchantement est un aspect de l’inconnu. C’est aussi la vigilance :
on prend des risques, on les calcule car on ne maîtrise pas ce qui se passe. Après,
il reste les réminiscences, la contemplation, l’observation instinctive et le développement
des intuitions : des apprentissages progressifs en schémas de pensées qui
restent toujours ouverts, ou inépuisables.
Le concept n’a rien de mauvais en soi. Un humain
sans concepts, c’est un bébé de quelques semaines, qui vit dans un chaos qui
alterne juste entre l’excitation et le calme. Le concept,
cela dépend de ce qu’on en fait, c’est l’outil de pensée. Ce n’est pas la même
chose de dire qu’un marteau, il faut planter les clous bien droits avec, qu’il
ne faut pas laisser les doigts à coté, que ça ne sert pas à taper sur les gens,
et dire qu’un marteau, ça ne veut rien dire, c’est stupide, c’est vain.