@Gollum "Il y a pas mal de naïveté chez Girard aussi quand il dit que le fait de prendre conscience de l’innocence de Jésus cela va arrêter la violence mimétique."
Ce que René Girard met en évidence, c’est la différence entre les mythes païens et la Bible, qui réside dans leur interprétation.
René Girard dit bien que la Crucifixion est le Sacrifice ultime, parce qu’elle met à jour ce que les sacrifices tribaux et archaïques ont toujours voulu cacher pendant des millénaires : l’innocence de la la victime sacrifiée.
Dans les mythes païens, la victime est toujours coupable, et justifie la violence mimétique contre elle pour apaiser les tensions de la communauté. (lire par exemple le sacrifice païen du mendiant aveugle démoniaque réalisé par Appolonius de Tyane, conté par Philostrate). C’est la glorification des persécuteurs et l’ignorance et l’abandon des victimes.
Exemples : pléthore de philosophes et d’historiens romains rendent compte dans leurs récits, des sacrifices rituels humains dans leur civilisation : Denis d`Halicarnasse, Suétone, Manéthon de Sebennytos, Sanchoniathon, Philon de Byblos, Hérodote, Platon, Pausanias, Josèphe, Philon le Juif, Diodore de Sicile, Denys d’Halicarnasse, Cicéron, César, Porphyre, Strabon, Macrobe, Plutarque, Quinte-Curce, Pline, Lactance, Arnobe, Minutius Félix, Prudence, Dion Cassius, Tertullien...
« A l’approche de la guerre des Gaulois, sous la conduite de Viridomare, les Romains se virent forcés d’obéir à certains oracles, contenus dans les livres des sibylles, et se portèrent à enterrer tout vivants dans le marché aux bœufs
deux Grecs, homme et femme, et deux Gaulois de même ; et à cause de ces oracles ils font encore aujourd’hui, dans le mois de novembre, des sacrifices secrets, que le peuple n’a pas la liberté de voir ».
Plutarque - "Comparaison de Pelopidas et Marcellus"
Il n’y a pas de compassion pour ces victimes données en pâture.
La Bible fait polémique et met tant mal à l’aise les athées et les païens, parce que Satan est dévoilé, les persécuteurs sont démasqués, la détresse et l’injustice des victimes sacrifiées sont affichées, ce qui n’est jamais le cas dans les mythologies (qu’elles soient égyptiennes, grecques, romaines ou indiennes). C’est cette violence qui est ici dévoilée, le diable est donné en spectacle contre des victimes innocentes. Parce que cette violence est dévoilée, le diable est vaincu, lui qui se cache d’habitude pour tromper les âmes et accomplir ses méfaits, et le Sacrifice ultime du Christ finalement dénoncé pour laver les péchés du Monde.
Nietzsche, philosophe antichrétien par excellence, l’avait aussi très bien démontré :
"L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains...La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce - elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’intitule christianisme, veut imposer que personne ne soit sacrifié."
Nietzsche - Oeuvres complètes - vol XIV p224-225 (1977) - Gallimard