@nono le simplet ( Jean Desmaison )
Pour finir,
tu dis « je cherche le machiavélisme dans tout ça ... »
Moi je suis
machiavélien, je ne sais pas ce que signifie le machiavélisme. Cependant il y’a
bien de la stratégie dans tout ça. Le piège Afghan tu connais ? C’est le
concepteur de ce plan Zbigniew Brzeziński, qui en parle le mieux : « Le
jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j’ai écrit au
président Carter, en substance : « Nous avons maintenant l’occasion
de donner à l’URSS sa guerre du Vietnam. Nous n’avons pas poussé les
Russes à intervenir, mais nous avons sciemment augmenté la probabilité qu’ils
le fassent (...). »
Revenons à l’Ukraine.
Le scénario de travail de forces russes sur l’opération spéciale en Ukraine était celui d’une offensive à
grande vitesse, avec une conquête très rapide du territoire et une chute de
Kiev facilitée par un coup d’État pour y installer un pouvoir pro-russe. Le
Kremlin s’attendait en effet à ce que l’armée ukrainienne se retourne contre
son propre gouvernement. Pourquoi ? Parce que les services russes étaient
en contact avec une partie de la hiérarchie militaire ukrainienne qui l’avait
assuré de sa trahison. Mais il s’agissait d’une intoxication : les
attentes que Moscou avait vis-à-vis de la hiérarchie militaire ukrainienne se
sont avérée illusoires, les troupes russes se sont retrouvées face à une armée
Ukrainienne bien préparée.
Face à ce
niveau de résistance totalement imprévu et à l’usure de ses forces, la Russie
s’est retrouvée dans une situation nettement plus complexe qu’elle ne l’avait
anticipée et a été contrainte de réviser ses objectifs, d’où l’évacuation de
ses troupes de Kiev et du nord en général pour se concentrer sur l’est. La
victoire rapide espérée par Poutine n’a pas eu lieu. La guerre devait durer.
Avant même l’invasion
Burns le disait lui-même : « ce sera la guerre terrestre de plus grande
ampleur qu’on ait connue en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale ». Quelques
mois avant l’invasion russe, les Américains se sont désengagée de l’Afghanistan
comme pour se détacher au plus vite des conflits secondaires quitte à adopter
des procédures d’urgence et des sorties de crise précipitées pour se concentrer
sur la guerre à venir.
Tu comprendras que l’existence de la proposition d’exfiltration du président ukrainien au début de la guerre ne contredit absolument pas tout ces éléments.
Tout
fonctionne comme si on assistait à une réédition du piège afghan en Ukraine et
Poutine a mordu à l’hameçon.