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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > "L’atonalisme. Et après ?", une conférence de Jérôme Ducros

"L’atonalisme. Et après ?", une conférence de Jérôme Ducros

Voici une vidéo atypique et étrange sur le mouvement musical de l'atonalisme.

 

Qu'est-ce que l'atonalisme ?

 

La musique atonale résulte de l'emploi de l'atonalité comme élément de composition. L'atonalité (ou atonalisme) est un terme qui décrit à la fois une technique de composition et l'état harmonique qui en résulte. C'est un système d'écriture qui remet en cause en profondeur les habitudes de composition traditionnelles et la théorie de la musique occidentale. Ce système eut un impact important dans l'évolution musicale au cours du xxe siècle et engendra le large courant de musique savante avant-gardiste qu'on appelle « Musique contemporaine ». Cette technique se caractérise par l'émancipation des dissonances et le rejet de toute hiérarchie tonale - hiérarchie qui est, à la base, le fondement de la grammaire musicale sur laquelle repose la musique classique et la quasi-totalité des musiques occidentales : le système tonal. L'atonalité constitue donc une remise en cause importante de la conception de l'écriture musicale envisagée jusqu'alors. L'atonalité a été associée tout particulièrement à la phase expressionniste de la Seconde école de Vienne. Au niveau expressif elle est souvent associée à des atmosphères angoissées et torturées qui sied à l'esthétique expressionniste. Ce type d'écriture fut introduit par Arnold Schönberg et ses élèves Anton Webern et Alban Berg.

 

Description générale

 

Pour comprendre le phénomène que constitue l’atonalité, il est nécessaire de considérer le style d'écriture musicale qu'elle remet en cause : la musique tonale. La musique occidentale dans son ensemble s'appuie, depuis le xviiie siècle, sur un « vocabulaire » et une « grammaire » musicale généralisée : la gamme tempérée et le système tonal, que résument les théories de l'harmonie. Un système qui s'est, durant deux siècles, installé dans les habitudes musicales, au point d'en paraître parfaitement naturel pour des auditeurs peu habitués aux recherches contemporaines. Ce système est celui par lequel on compose la majorité de la musique occidentale classique, variété, pop, rock,... C'est ce système qui permet de générer des mélodies et des harmonies simples à base d'accords classés. Pour comprendre la révolution que constitue l’emploi du langage atonal, il faut d’abord saisir certains aspects du langage tonal qu’il remet en cause. L’un des fondements de l'harmonie tonale est de s’appuyer sur une hiérarchisation des degrés, dont l’un, la tonique (premier degré d'une gamme considérée), constitue le point d'équilibre, ou « centre tonal » ; autour de celle-ci gravitent la dominante, créatrice de tension, et les autres degrés, hiérarchisés d'après les deux pôles d'attraction précédents. Par ailleurs le système tonal s’appuie généralement sur l’emploi de gammes et d’accords classifiés durant deux siècles par une suite de théoriciens, qui permettent la résolution des « dissonances » (septième, neuvième…) en « consonances » (de la tierce ou la sixte, à l'« accord parfait ») ce qui engendre les « tensions » et « détentes » qui en constituent le moteur. Tous les systèmes modaux sont, de la même façon, hiérarchisés autour d'une « teneur » centrale, qui régit les relations entre les degrés du « mode » considéré et ce depuis des temps anciens (musiques traditionnelles oralement transmises).

 

La musique atonale remet en cause l'harmonie tonale en rejetant les principe de « tonique » et de « dominante » et garantit l’égalité de toutes les notes entre elles ; pour ce faire, elle utilise des techniques contrapuntiques, qui fondent sa démarche, aussi bien horizontalement que verticalement, d'où les « accords non classifiés » qui prévalent, et jusqu'aux « clusters » (agrégats plus larges). Le terme d’« atonalité » signifie donc absence de ton et de mode. Le compositeur atonal considère la gamme chromatique dans son ensemble, et, plus tard dans l'évolution de l'atonalité, il recréera d'autres hiérarchies à partir de la notion de « série » (qui privilégieront des éléments de cette gamme). La musique atonale par ailleurs permet une extension de la consonance à des intervalles habituellement dissonants, puisqu'elle fonde ses « consonances » sur les intervalles de seconde, septième et neuvième, pour éviter justement les consonances et les « accords classés » qui rappelleraient une organisation tonale. La musique atonale exige donc de l'auditeur une oreille éduquée et avertie.

 

Source : Wikipédia.

 

Globalement, tout ce qu'explique Jérôme Ducros est cohérent, et très argumenté. Les exemples qu'ils donne sont bien pertinents, que ceux-ci concernent la musique ou le langage, et rendent sa prestation encore plus intéressante et vivante.

 

Cela dit, je parviens à une conclusion différente de la sienne, en ce sens que même dans la musique atone, il y a un sens, une sorte d'harmonie, et une logique. Ce qui la différencie de la musique tonale, c'est son spectre d'expression qui est beaucoup plus réduit. C'est comme pour la plongée : en surface, et jusqu'à 10 mètres, les couleurs sont vives, et on voit bien leur différence, et plus on s'enfonce, plus le spectre se rétrécit, pour devenir vers 40 mètres un paysage de tons bleus, puis plus l'on s'enfonce encore, qui tendent vers le noir. La musique atone se comporte donc à l'identique : il est plus difficile de détecter les fausses notes, mais si on écoute bien, on peut les entendre. Cela dit, la musique contemporaine ne présente pas beaucoup d'intérêt, et elle n'est même pas populaire, mais le sujet abordé par Jérôme Ducros est captivant.

 

Une conférence étonnante qui ravira les mélomanes et tous les curieux ayant soif d'apprendre.

 

Une vidéo tout à fait passionnante durant les premiers 3/4 de la conférence, la fin devenant, à mon avis, plus mentale et un peu ennuyeuse. Dommage, on est passé pas loin d'une prestation sans fausses notes. ;)

 

Tags : Musique Culture




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10 réactions à cet article    


  • 3 votes
    Giordano-Bruno 24 juillet 2013 12:05

    Excellente conférence. Merci !


    • vote
      Lisa Sion Lisa Sion 24 juillet 2013 15:20

      Bienvenue dans l’ultralibéralisme musical. La liberté d’expression tolère ce genre 
      de n’importequotisme extrémiste en l’absence de rythme, de mélodie, d’accord et
      d’harmonie. La musique est quelque chose de si précieux qu’il ne faut surtout pas
      la confier aux DJ’s, plombiers ni politgichiens. et encore moins aux banquiers financiers !


      • 3 votes
        Unghmar Unghmar 24 juillet 2013 16:20

        Excellente conférence.
        .
        A mettre en parallèle avec celles de David Coste et Isabelle Orbach sur l’architecture.


        • 1 vote
          Unghmar Unghmar 24 juillet 2013 16:22

          David Orbach et Isabelle Coste, au temps pour moi.


        • 1 vote
          ffi 24 juillet 2013 18:35

          Une révolution à l’endroit, plutôt qu’une évolution à l’envers !
           
          Super vidéo. J’ai passé un très bon moment.
          J’adhère complètement à l’analyse du conférencier.
          Vive le rythme et l’harmonie !
          (Je suis pour ma part amateur de baroque)


          • vote
            La mouche du coche la mouche du coche 5 août 2013 10:07

            conférence extraordinairement puissante.


          • 2 votes
            Qaspard Delanuit Gaspard Delanuit 25 juillet 2013 08:13

            Tout ce qui est dit ici est une évidence pour moi, mais c’est toujours agréable de l’entendre dire avec une si grande clarté et dans une si belle langue.


            Le dernier quart n’est pas ennuyeux du tout, il est au contraire passionnant !

            Excellente conférence, heureusement filmée, car il y a trop peu de public dans la salle pour une prestation de cette qualité. 

            • 1 vote
              La mouche du coche la mouche du coche 5 août 2013 10:08

              La fin est au contraire l’apothéose. il explose la tête a tous les tenants de la musique contemporaine.


            • 1 vote
              sam telam 2 août 2013 23:40

              Bonjour

              En visionnant la video de la conference de Jerome Ducros, et pour parler du "savant aveugle", il est dommage pour le conferencier de ne pas mentionner une troisième possibilité qui est le "savant (t’) aveugle". qui pourrait bien être ce que tente de faire Ducros dans son exposé.

              En effet, si nous revenons aux sources de la musique, c ’est à dire à Pythagore et la résonnance des corps, et il n’ est pas inutile de rappeler que la Musique fut considérée comme une science au moins jusqu’ au Moyen Age, nous constatons que le modèle mathématique de Pythagore pour définir les intervalles, tierces, quartes, quintes,etc... est un modèle trés complexe dans lequel il met en evidence les harmoniques qui resonnent à partir d’ un son de base.... pour prendre un exemple si vous faites resonner un Do suffisamment grave, vous pouvez entendre ces sons qui se superposent. La premiere harmonique (ou partiel) est la repetition du do à l’ octave superieure, la deuxieme est la quinte Sol,etc....jusqu’ à la septième qui se trouve être MATHEMATIQUEMENT inférieure de quelques comas à celle que nous avons l’ habitude d’ entendre depuis que Rameau de son côté https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_l%27harmonie_r%C3%A9duite_%C3%A0_ses_principes_naturels
              et Bach du sien avec le "clavier bien tempéré" en arrivent à prôner l’ égalité de tous les demi-tons de la gamme de 12 demi-tons...Car la 7eme harmonique, le SI b dans notre exemple est REHAUSSEE de quelques comas à cette occasion et permet donc la transcription d’ un morceau dans n’ importe laquelle des 12 tonalités.Bach nomme même cette note particulière H, faisant suite à A=La, B=SI, C=Do, D=Ré, E=Mi, F=Fa, G=sol......

              C ’est d’ ailleurs ce que fait l’ accordeur de piano qui vient "tempérer" cette harmonique "dissonante" (le SIb=H) en la rehaussant, mais vous pouvez l’ entendre notamment dans les travaux de Redolfi à base d’ ordinateur qui lui respecte la théorie Pythagoricienne mathématique de la résonnance des corps... 
              nous ENTENDONS FAUX du moins mathématiquement parlant...

              Nous sommes acculturés sauf dans le blues qui utilisent cette septième en la faisant varier en tirant sur la corde de guitare par exemple. Et ceci pose un problème dans la demonstration de Ducros car, en en faisant l’ économie il ne démontre que notre acculturation à un systeme dominant. Ce dont tenterent de se libérer les dodécaphonistes par l’ atonalisme et les séries.
              Les bluesman ont ils une meilleure oreille que les Ducros virtuoses qui multiplient les erreurs pour nous embrouiller ? En tout cas leurs musiques sont porteuses de sens et d’ émotions...Quant au dodécaphonisme il est une description fidele du chaos organisé dans lequel voudrait nous faire vivre les tenants de l’ "Ordre hiérarchisé", les capitalistes pour les nommer sous couvert de virtuosité et de spectacle, avec la pretention du TINA (there is no alternative). J’ ajoute que la démo est deloyale car Ducros dispose de la partoche et il serait facile pour un lecteur qui en dispose de lui dire quand il se trompe...Attitude donc entierement fausse sous couvert de complicité avec le public, qui bade devant la virtuosité du pianiste et surtout qui n’ a pas droit à la parole...

              J’ espère avoir été clair...jouer tonal ou atonal, c ’est respecter ou non un systeme faux MATHEMATIQUEMENT et surtout ne pas en parler car ça poserait bien trop de questions.... 

              En musique comme en tout la Vérité est PLURIELLE, mais le spectacle c ’est fait pour les badauds qui croient que leurs perceptions sont UNIVERSELLES....rien n’ est moins sûr !!!

              Quant à être APODICTIQUES, c ’est évident on peut en faire l’ économie.

              Sam T 


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